Talleyrand et le chateau de Valençay

Daniel Chartre


 
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Le printemps de 1816 apporta au roi louis XVIII, au milieu des turbulences qui agitaient en permanence  le milieu  politique, une satisfaction : celle de voir Talleyrand s’éloigner de Paris.

Louis XVIII n’a jamais aimé et estimé Talleyrand. C’est contraint et forcé qu’il avait dû lui confier la direction des affaires et c’est  par ruse qu’il avait réussi à  le chasser de son poste de président du conseil, réussissant l’exploit de battre Talleyrand avec ses propres armes. Il l’avait  éloigné du pouvoir, mais il n’avait pu s’en débarrasser complètement  en le chassant de la cour comme il l’aurait souhaité, voire même en l’exilant. Le tollé qu’aurait provoqué  à l’étranger  cette ingratitude à l’égard d’un homme  à qui par deux fois il devait son trône, lui aurait mis la plus grande partie de l’Europe à dos.

A regret il en avait fait son grand chambellan. Cette charge essentiellement honorifique  apportait à son bénéficiaire une rente de cent mille francs, C’était  une récompense ; mais qui, en y regardant bien, elle était dérisoire par rapport aux immenses services que Talleyrand lui avait rendus. Elle avait l’avantage de calmer les reproches d’ingratitude formulés  hautement et publiquement  par Talleyrand  et de calmer l’irritation de Londres et de Vienne.

Mais comme toute médaille a son revers, elle occasionna au roi le désagrément de côtoyer assez souvent un homme pour qui il n’avait aucune sympathie. Le privilège et le devoir du grand chambellan  sont d’assister aux cérémonies  officielles et protocolaires, notamment aux repas faits en cérémonie en se tenant  debout derrière le siège du souverain. S’il avait la satisfaction mesquine de savoir que,  du fait de son infirmité, Talleyrand devait supporter difficilement la station debout, Louis XVIII avait le désagrément de sentir peser sur lui son regard froid et impassible  qui l’observait.

Même si Talleyrand à toujours observé  strictement les règles  de la cour et a toujours  prodigué au souverain les marques du plus profond respect, les échanges verbaux étaient, sous les apparences de la plus parfaite courtoisie et dans le respect des rangs et des formes, souvent railleurs et d’une ironie mordante  ce qui, sans lui  déplaire, devait lasser le  souverain dont l’esprit vif et caustique  affrontait  celui d’ un adversaire redoutable avec qui il devait toujours se tenir sur ses gardes.  

C’est donc avec plaisir qu’il donna congé à son grand chambellan pour que celui puisse se rendre dans le lieu qu’il aimait plus que tout : Valençay !

"Je veux que vous achetiez une belle terre, que vus y receviez brillamment le corps diplomatique et les étrangers marquants, qu’on ait envie d’aller chez vous et que d’y être prié soit une récompense pour les ambassadeurs des souverains dont je serai content."

C’est en ces termes que  Bonaparte donna en 1803  l’ordre à Talleyrand d’acquérir une résidence à des fins de représentation diplomatique. Les châteaux et autres demeures seigneuriales à vendre étaient nombreuses, beaucoup de nobles ayant été ruinés par la révolution.

Talleyrand n’avait que l’embarras du choix. Il rechercha une demeure dont l’architecture imposante et majestueuse soit digne du nom illustre qu’il portait. Son choix se porta sur le  château de Valençay, une  demeure aux allures de palais dont la splendeur n’a rien à envier  à celle des châteaux de la vallée de la Loire et des rives du Cher. Ce domaine prestigieux répondant à ses attentes, il s’en rendit acquéreur le 17 floréal an XI  ( 7 mai1803).

Le domaine de valençay était très important. La surface réelle du domaine dont Talleyrand s’est rendu acquéreur est en 1803 serait  d’environ  neuf mille hectares  je dis ‘’serait’’ car d’après M Beau la contenance de la terre de Valençay n’avait pas été établie de manière exacte. Toujours d’après M Beau, par le jeu des acquisitions échanges ou ventes intervenues au fil des ans cette superficie serait passée à 11834 hectares 33 ans plus tard.

Même si on est loin du chiffre colossal de dix-neuf mille cinq cents hectares s’étendant sur vingt-trois communes indiqué par M Bordonove comme superficie du domaine au jour de l’acquisition, le domaine d’origine est considérable. Parlant de Valençay  M Dufort de Cheverny   dit "Cette Terre princière était une province" (source A Beau)

La première, visite de Valençay, le 1er septembre 1803  par Talleyrand et  son épouse qui, revenant de Bourbon L’Archambault, avaient fait un détour pour visiter le château, fut brève. Après sa visite, Talleyrand chargea Jean-Augustin Renard de restaurer et d’embellir sa nouvelle propriété; un pavillon de chasse fut alors aménagé et le parc transformé en parc à l’anglaise; le château est remeublé dans ce style  simple, sévère mais très beau dont l’antiquité est la source d’inspiration. Les travaux, d’aménagement et d’embellissement  furent menés bon train pour que dès l’été 1804 Talleyrand puisse recevoir dignement des invités. Ils continuèrent en 1805 et 1806.

Les informations concernant la durée des séjours de Talleyrand et de son épouse entre 1804 et 1807 sont peu abondantes Ils ne furent pas très longs. Il faut dire que la situation était tumultueuse et fertile en évènements.  Les énumérer ici  est chose impossible tant  ils sont nombreux. Contentons-nous de rappeler  très succinctement que c’est entre ces dates qu’à la faveur de par toute une série de victoires majeures : Ulm et Austerlitz en 1805, Iéna en 1806, Friedland en 1807, pour ne citer que les plus célèbres, Napoléon a atteint le sommet de la gloire et de la puissance.

En 1804, après avoir fait arrêter et exécuter le duc d’Enghien, Napoléon Bonaparte fut  sacré Empereur par le Pape pie VII,. La  situation tendue qui régnait en Europe offrait peu d’occasions aux personnages importants de participer à des mondanités diplomatiques telles des séjours dans un château relativement éloigné des lieux  ou se jouait et se décidait l’avenir du continent. Les travaux entrepris ne permettaient pas de recevoir de nombreux invités de marque dans des conditions idéales.

On sait seulement que Talleyrand et son épouse séjournèrent à Valençay du  7 au 18 août1804 où ils reçurent, conformément aux instructions de Napoléon : l’ambassadeur du roi de Prusse, le marquis Jérôme de Lucchesini et son épouse, ainsi que Mastrilli, marquis de Gallo Marzio, l’ambassadeur du Royaume des deux Siciles.

En 1805, année des éclatantes  victoires  d’Ulm  et d’Austerlitz, les Talleyrand séjournèrent en leur château dans la deuxième quinzaine de juillet et  le prince Guillaume de Wurtemberg allié de Napoléon contre l’Autriche  qui  récompensa son allié  à la paix de Presbourg en le faisant roi de Wurtemberg, semble être le seul dignitaire étranger dont l’empereur fut  ‘’content’’ donc digne d’être reçu à Valençay.

En 1806  alors que Napoléon bat les armées prussiennes  à Iéna  et entre en vainqueur à Berlin, Talleyrand retenu par les affaires de l’empire ne séjourna pas à Valençay. On sait que son épouse y vint puisqu’elle signa  l’acte de mariage de l'une de ses jeunes pupilles, la princesse Anna Santa Croce, avec Amédée Godeau d'Entraigues résidant au château de la Moustière  situé à quelques kilomètres de Valençay sur la commune de Vic sur Nahon.

En 1807, année d’Eylau,  de  Friedland et de  Tilsitt,  Talleyrand, qui a quitté le ministère des relations extérieures le 9 août  séjourne avec son épouse  en septembre à Valençay, l’identité des visiteurs de marque, s’il y en eût cette année-là, n’est pas connue.

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 En 1808 un évènement de première importance va affecter  la vie du château   pour plusieurs  années : A l ‘issue de l’entrevue de Bayonne entre  Napoléon et le roi d’Espagne, Charles IV, l’Empereur fait arrêter toute la famille royale et assigne à résidence le fils du vieux souverain espagnol, l’infant Ferdinand et sa suite à Valençay, faisant de ce  château une prison d’état  et de son propriétaire en geôlier-aubergiste de luxe.

Je reproduis  ci-dessous, dans son intégralité les instructions, que dis-je, les ordres, que Napoléon donna à Talleyrand pour recevoir ses ‘’invités’’ :

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice-grand Électeur

Le prince des Asturies, l'infant don Antonio son oncle, l'infant don Carlos son frère, partent mercredi d'ici, restent vendredi, et samedi à Bordeaux, et seront mardi à Valençay.

Soyez-y rendu lundi au soir. Mon chambellan Tournon s'y rend en poste pour tout préparer pour les recevoir. Faites en sorte qu’ils aient là du linge de table et de lit et de la batterie de cuisine. Ils auront huit ou dix personnes de service d'honneur, et autant ou le double de domestiques.

Je donne l'ordre au général qui fait les fonctions de premier inspecteur de la gendarmerie à Paris de s'y rendre et d'organiser le service de la gendarmerie. Je désire que ces princes soient reçus sans éclat extérieur, mais honnêtement et avec intérêt, et que vous fassiez tout ce qui sera possible pour les amuser. Si vous avez à Valençay un théâtre, et que vous fassiez venir quelques comédiens, il n'y aura pas de mal. Vous pourriez y faire venir Mme Talleyrand avec quatre ou cinq femmes. Si le prince des Asturies s'attachait à quelque jolie femme, et qu'on en fût sûr, cela n'aurait aucun inconvénient, puisqu'on aurait un moyen de plus de le surveiller. J'ai le plus grand intérêt à ce que le prince des Asturies ne fasse aucune fausse démarche ; je désire donc qu'il soit amusé et occupé.

La farouche politique voudrait qu'on le mît à Bitche ou dans quelque château fort ; mais, comme il s'est jeté dans mes bras, qu'il m'a promis qu'il ne ferait rien sans mon ordre, que tout va en Espagne comme je le désire, j'ai pris le parti de l'envoyer dans une campagne, en l'environnant de plaisirs et de surveillance. Que ceci dure le mois de mai et une partie de juin, alors les affaires d'Espagne auront pris une tournure, et je verrai le parti que je prendrai.

Quant à vous, votre mission est assez honorable : recevoir trois illustres personnages pour les amuser est tout à fait dans le caractère de la nation et dans celui de votre rang. Huit ou dix jours que vous passerez là avec eux vous mettront au fait de ce qu'ils pensent et m'aideront à décider ce que je dois faire.

Les brigades de gendarmerie seront renforcées, de manière qu'il y ait 40 gendarmes, pour être certain qu'on ne l'enlève pas, et mettre obstacle à sa fuite. Vous causerez avec Fouché, qui enverra des agents dans les environs et parmi ses domestiques. Car ce serait un grand malheur que, de manière ou d'autre, ce prince fît quelque fausse démarche.

Il faudrait une garde au château. J'ai pensé que la compagnie départementale pourrait fournir un poste.

Par le traité que j'ai fait avec le roi Charles, je me suis engagé à donner à ces princes 400,000 francs par an. Ils ont plus que cela de leurs commanderies ; ils auront donc à eux trois 3 millions. Si vous pensez, pour leur faire honneur et pour toutes sortes de raisons, avoir besoin d'une compagnie de grenadiers ou de chasseurs de ma garde, vous en causerez avec le général Walther, et vous la ferez partir en poste. Ci-joint un ordre pour le général Walther
.
Les termes de ce message sont en disent long sur les sentiments de l’empereur à l’égard de Talleyrand. Ils sont même blessants  lorsqu’il  parle du rôle que doit jouer l’épouse de celui-ci. Vu le mépris  profond que nourris l’empereur vis-à-vis de l’épouse de son ancien ministre des Relations extérieurs et le caractère infamant  du rôle qu’il lui attribue, on se demande pourquoi, en 1803, il a voulu que Talleyrand en fasse sa femme. A cette époque il estimait hautement son ministre ; et, plutôt que de voir celui sur qui il comptait pour donner  de l’éclat et de la respectabilité à son gouvernement et à sa cour ternir son image et sa réputation en se mariant avec une aventurière,  il aurait dû user de toute son autorité pour qu’il rompe avec elle. Mais,  il est probable que Talleyrand qui  était en 1803 passionnément amoureux de Catherine Worlée  a, avec tout le talent qu’il possédait déjà, su convaincre  Napoléon de le laisser épouser celle qu’il aimait éperdument  plutôt que de la chasser.

Talleyrand obtempéra et prit le chemin de Valençay pour et accueillir ses prisonniers de luxe et veiller à la bonne installation de ceux-ci dans son château.

Son séjour à Valençay fut assez long (114 jours). Hormis un bref voyage à Nantes où Napoléon l’avait convoqué et de là à Paris  Il cohabita avec les princes jusqu’au 30 août,  date de son départ pour Paris avant de prendre le chemin d’Erfurt ou Napoléon exigea qu’il fut présent bien qu’il ne soit plus ministre des relations extérieures.

Le choix Napoléon  s’était porté sur Valençay en raison de sa situation relativement isolée avec des accès peux nombreux et aisément contrôlables pour empêcher ses ‘’invités’’ de communiquer trop facilement avec l’extérieur. Cela mit un terme définitif à la réception  par Talleyrand de souverains ou ambassadeurs étrangers, qui n’auraient certainement  pas apprécié d’être reçus dans un lieu, aussi prestigieux soit-il, devenu une prison et qui auraient pu voir dans cette invitation une menace voilée sur ce qui risquait de leur arriver en cas d’infidélité à l’Empereur. 

Bien que les princes espagnols occupassent une grande partie du château,  l’intendance de la maison de Talleyrand était indépendante de celle des espagnols, ce qui  lui permit de recevoir, à défaut de dignitaires étrangers,  quelques amis et financiers.

Lorsqu’il quitta Valençay le 30 août  Talleyrand ne devait certainement pas imaginer qu’il n’y reviendrait que sept ans et huit mois plus tard.  Il était le propriétaire de Valençay et la personne que Napoléon avait désignée pour s’occuper des conditions de détention des espagnols. Ce rôle peu enviable de geôlier Talleyrand n’eût pas à le remplir et il en fut bien aise.

Il ne tenait nullement à exercer officiellement cette fonction que l’empereur lui avait assignée, avec l’évidente intention de le discréditer aux yeux de tous. Il préférait demeurer à Paris à mener une vie mondaine active pour marquer aux yeux de l’opinion publique  par sa présence dans la capitale, que son château était devenu une prison contre son gré.

Il faut dire à la décharge du prince de Bénévent  que Napoléon ne fit rien pour contraindre le vice grand électeur à remplir sa charge. Le sang royal coulait dans les veines des hôtes de Valençay, ce qui aux yeux d’un personnage de la haute et ancienne noblesse tel que Talleyrand  méritait qu’on  leur accorde les plus  grands égards et les marques extérieures du plus grand respect. Il se comporta en parfait courtisan. Il se montra si prodigue  en attentions, en égards de toute sorte, leur disant "qu’ils seraient là chez eux, à leur convenance entière et maîtres de disposer   de toutes choses"( source F Loliée), que Napoléon, à qui avaient été rapportés ces propos et ce comportement par le réseau d’espions qu’il avait mis en place, s’en irrita profondément.

Il devait sans doute estimer  que de tels égard ne devaient dus qu’à sa personne et non pas à des souverains déchus. Il  prit surtout  conscience du danger de laisser auprès de prisonniers de si haut rang une personne qui s’était ouvertement prononcée contre les affaires d’Espagne et affichait de plus en plus  ouvertement son opposition et lui  interdit de remettre les pieds à Valençay.

La princesse de Bénévent, demeura sur place. Elle adorait fréquenter des personnes de haute naissance, raffolait des mondanités, des fêtes, bals, représentations théâtrales, chasses et autres réjouissances  qui étaient organisées pour désennuyer et occuper l’esprit des prisonniers royaux. Elle prit tellement à cœur son rôle de dame de compagnie que de maitresse des lieux  elle devint la maîtresse  du duc de San Carlos un proche de l’infant don Antonio.

Ce qui sous l’ancien régime n’eût pas trop porté à conséquences eut des effets néfastes pour beaucoup de personnes et bénéfiques par ricochet pour d’autres.

Pour la princesse elle-même : Les faits et gestes ainsi que les propos tenus par les  membres de la famille royale espagnoles étaient promptement et fidèlement rapportés à Napoléon. Il faisait exercer sur eux  une très étroite surveillance par l’intermédiaire des domestiques qui informaient la gendarmerie de Valençay, dont les effectifs avaient été renforcés dans ce but. Les informations récoltées par les domestiques et les pandores remontaient à Paris via le  préfet de l’Indre.

Son inconduite fut une des causes majeures du naufrage de son couple car Talleyrand, même s’il adopta l’attitude très britannique du ‘’no complain, no explain’’  et affecta l’indifférence, en fut profondément mortifié. Napoléon la bannit de sa cour et lorsque Talleyrandl partit  en septembre 1814 pour le congrès de Vienne elle fut privée du rôle de maitresse de maison qui lui revenait de droit et qui, le malheur des uns faisant parfois le bonheur des autres, fut rempli par la comtesse  Dorothée épouse du neveu du prince. Cette répudiation officieuse de l’épouse favorisa  l’ascension de cet astre brillant des milles feux de la beauté et de l’intelligence qui subjugua tant de personnes, surtout les hommes, servit de conseillère et de confidente à Talleyrand, et lui permit de jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale à Vienne puis plus tard à Londres.

L’infidélité de la princesse de Bénévent fut aussi néfaste pour l’empereur. Car elle lui aliéna définitivement la seule personne avec laquelle il n’aurait jamais dû se brouiller : Talleyrand :

En 1809 les affaires d’Espagne  s’enlisaient dans la guerre. Napoléon qui avait pris la direction des opérations pouvait très bien perdre la vie ou être fait prisonnier, laissant le trône vacant et sans héritier pour prendre sa suite. Cette vacance du pouvoir, si elle advenait, pouvait générer de graves désordres, voire même de faire s’écrouler tout l’édifice impérial.

Ce risque, Talleyrand l’avait déjà redouté en 1807 au moment de la bataille d’Eylau mais fort heureusement il n’en avait rien été. Il était aggravé par le fait qu’il ne jugeait aucun des frères de l’empereur capable de reprendre les rênes du pouvoir. Il fallait trouver ailleurs un personnage capable d’en imposer au peuple et aux législateurs. 

Mais avant toute chose  Il fallait d’abord savoir quelle serait l’attitude du plus redoutable personnage de l’empire : Joseph  Fouché le ministre de la police, cet ancien révolutionnaire dont la violence et la cruauté pendant la terreur avaient même choquées Robespierre. Curieusement ce sinistre personnage avait fait la même analyse de la situation et tout en gérant remarquablement  les affaires de l’empire en l’absence du souverain, ce qui lui valut le titre de Duc d’Otrante, cherchait une solution à apporter au problème.

Des contacts discrets furent noués et progressivement les deux personnages qui ne s’aimaient ni ne s’estimaient  en virent à se rencontrer d’abord en privé puis ouvertement. Ils échangèrent leurs points de vue et conclure que dans une telle situation, seul Murat, le  flamboyant  Maréchal que Napoléon avait fait grand-duc de Berg puis  roi de Naples, pouvait maitriser la situation.

Fouché ayant une grande influence sur ce personnage pensait le manipuler et gouverner à travers lui. Talleyrand, lui ne misait pas sur la durée. Il envisageait l’accession au  pouvoir par Murat comme une situation transitoire. Le baron Pasquier dit dans ses mémoires que Talleyrand "le tenait pour plus facile encore à renverser qu’à élever" (source : ‘’Talleyrand’’ par  Georges Lacour-Gayet aux  éditions Payot).

Toujours est-il que cette connivence publiquement affichée par deux personnages dont tout le monde savait qu’ils se détestaient cordialement ne laissa pas de surprendre et d’étonner. Laetitia Bonaparte, la mère de Napoléon, surprit,  un jour ou elle se trouvait invitée chez la princesse de Vaudémont en même temps que les deux conspirateurs, des paroles qui ne laissaient aucun doute sur ce qu’ils manigançaient.

Elle en fit avertir son fils et réussit aussi à faire intercepter la lettre qu’ils avaient adressée à Murat pour lui dire de se préparer à cette éventualité et la  lui fit communiquer. L’empereur, ivre de rage, revint à bride abattue à Paris.

Après avoir reçu la confirmation des faits par ses services secrets, il convoqua  les  trois grands dignitaires de l’empire : Cambacérès, Lebrun et Talleyrand ainsi que deux ministres : l’amiral Decrès, ministre de la marine et bien entendu Fouché le ministre de la police.

Se déroula alors la célèbre scène du 28 janvier 1809 ou après avoir vertement rappelé son auditoire que de par les fonctions qu’ils occupaient ils "cessaient d’être libres dans  leurs pensées et dans leurs opinions ...il fonça droit sur le vice- grand électeur -  et – pendant près d’une heure il vomit sur lui un torrent d’invectives" ( Lacour-Gayet) et prononça cette phrase célèbre "vous êtes de la m….dans un bas de soie".

Puis emporté par la colère, ne se contenant plus, exaspéré par l’impassibilité de sa victime et voulant l’humilier publiquement il lui dit : "vous ne m’aviez pas dit que le duc de San Carlos était l’amant de votre femme"  à quoi Talleyrand faisant preuve d’un flegme superbe lui répondit "En effet, sire, je n’avais pas pensé que ce rapport put intéresser la gloire de Votre Majesté et la mienne".  Cette grossière et méchante attaque de l’empereur fit de celui qui la reçut un ennemi à tout jamais.

 Napoléon réalisa plus tard qu’il s’était fait un ennemi dangereux et implacable. Il chercha à se concilier les bonnes grâces de Talleyrand en le consultant sur diverses questions, notamment sur le choix d’une nouvelle épouse après qu’il eût répudié l’impératrice Joséphine, et lui proposa en vain de reprendre son portefeuille de ministre des relations extérieures quand les choses commencèrent à se gâter pour lui, en le nommant au conseil de régence et, pour finir, en lui offrant à nouveau son ancien ministère pendant les cent jours. Mais c’était trop tard !  Le mal était fait. Talleyrand ne fit plus rien qui puisse arranger les affaires de l’Empereur et il participa activement à son éviction. Voilà comment à cause d’un adultère qui se commit à Valençay et d’une injure publique Napoléon perdit irrémédiablement toute chance de sauver son trône.
 
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Lorsque les princes  espagnols partirent le  13 mars 1814,  ils laissèrent le château en piteux état. Parmi les dégâts occasionné par le séjour prolongé de personnes qui avaient usé des lieux avec fort peu de délicatesse soulignons les dégradations de l’infant  qui avait fort abimé sa chambre dont il avait orné les murs de pièges à loups et dans laquelle il s’était amusé à cultiver des légumes et avais créé un système d’irrigation qui avait fort dégradé les planchers.

Mais malgré les dégâts occasionnés par des occupants qui avaient abusé de la permission du propriétaire d’user des lieux comme s’ils leurs appartenaient Valençay restait un des joyaux de la vallée de la Loire.

Les travaux de remise en état commencèrent dès avant l’arrivée de Talleyrand (le 27 avril 1816) et continuèrent durant son séjour car il fallut nettoyer et rééquiper le château qui en plus de ses occupants peu soigneux avait subis les désordres et les vols occasionnés par l’inventaire qui fut établi lorsque Napoléon fit mettre sous séquestre les biens appartement à Talleyrand suite au refus de ce dernier de se rallier à sa cause pendant les cent jours.

 "On nettoie à force à Valençay. Votre chambre se rapproprie" écrit-il à la duchesse de Courlande qui était à Lobichaü. Il  fallut rénover les appartements dont M Vivent nous dit dans son livre qu’il y en avait   vingt-cinq appartements de maître, "spacieux sans excès, tous lumineux et gais malgré la sévère noblesse de l’extérieur ". En outre,  toujours d’après M Vivent il possédait une bibliothèque de 15 000 volumes dans laquelle, dès son arrivée,  Talleyrand s’employa à remettre de l’ordre.

Depuis qu’il en était devenu le propriétaire, Talleyrand n’a jamais cessé de l’embellir et d’en accroître le confort, même durant  le séjour espagnol pendant lequel il fit bâtir un ravissant théâtre), d’aménager  le parc  et d’étendre le domaine.

Talleyrand n’a jamais manqué de séjourner chaque année en son château. Il s’y rendait dès que ses obligations protocolaires (de Grand Chambellan), politiques (Il était membre de la Chambre des pairs),  et diplomatiques  pendant l’ambassade de Londres le permettaient. Après son départ de Londres qui marqua la fin de sa carrière politique, ses séjours dans le Berry se firent de plus en plus longs. Il ne quittait son château qu’à la fin de l’automne.

Comme avant l’intermède espagnol, les hôtes de marque se succédèrent à Valençay  où, être reçu par le prince de Talleyrand était un honneur très prisé et très recherché. Le point d’orgue de la gloire de Valençay fut la venue en 1834 du duc d’Orléans, le  fils aîné du roi Louis-Philippe.

 En dehors des visiteurs importants les parents, neveux et amis du prince se succédaient pour des séjours plus ou moins longs. La duchesse de Dino qui faisait office de maîtresse de maison éprouvait parfois une profonde lassitude devant ce défilé quasi ininterrompu de personnes à qui, par bienséance  ou par obligation on ne pouvait refuser le couvert et souvent le gîte et qui parfois abusaient de la  situation.

Ce fut probablement  lors d’un de ces moments ou Talleyrand et sa nièce aspiraient à un peu de calme, qu’en rentrant de promenade  ils trouvèrent le château envahi par un groupe de visiteurs qui ne s’étaient pas faits annoncer, à la tête duquel se trouvait  Amantine Aurore Lucile Dupin de Franceuil, Baronne Dudevant, plus connue sous son nom littéraire de Georges Sand. Il faut croire que la qualité de l’accueil que reçurent ces visiteurs non désirés ne fut pas à la hauteur de celles qu’ils s’attendaient à recevoir  car  Georges Sand  publia dans  la Revue des Deux Mondes qui parut le 15 octobre 1834, sous le titre ‘’Le Prince’’ un article  vengeur  qui fâcha fort Talleyrand, lui qui pourtant avait le cuir épais tant il avait subi sans répondre des propos insultants et diffamatoires.

Dans cet article où elle décrit Talleyrand sous des traits peu flatteurs, elle se disait révoltée par la prétendue liaison amoureuse entre Talleyrand et sa nièce. Elle maltraitait fort  la duchesse de Dino disant à, son propos.  "Si la débauche rampante ou la sordide avarice habite des êtres si séduisants, et se cachent sous des formes aussi pures, laisse-moi l’ignorer ". Quelle sévérité de la part d’une femme  dont le liste des amants était bien plus fournie que celle de Dorothée et dont M Gonzague Saint Bris dit si justement qu’elle fut ‘’ une cougar avant l’heure”.

En  relisant cette perfide allusion, je suis convaincu qu’à à travers cette phrase assassine Georges Sand visait plus Dorothée que Talleyrand. D’après ce que nous savons de cette visite impromptue de la dame de Nohant à Valençay, le maître des lieux ne se montra pas. C’est Dorothée qui leur fit, seule, les honneurs de la maison.

 Talleyrand était un personnage très connu et il est certain que l’auteur de « la mare au diable » souhaitait rencontrer le prince et converser avec lui. Elle en fut certainement très déçue  et profondément vexée.  Il faut reconnaitre que ce manque d’égard  de la part d’un grand seigneur  dont il était notoirement connu qu’il recevait avec la plus  parfaite courtoisie les visiteurs de passage, fussent-ils importuns, tel le préfet de l’Indre en mission d’espionnage, a de quoi surprendre. 

Georges Sand a très bien compris qu’elle devait cet affront à la duchesse de Dino. Dorothée devait se méfier profondément de cette femme écrivain de surcroit, ce qui était assez mal vu à l’époque, dont les mœurs libres, la tenue vestimentaire masculine et la vie amoureuse tumultueuse choquaient profondément ce milieu d’anciens émigrés ou la Congrégation, nom sous lequel se dissimulait les jésuites qui exerçaient sur le roi Charles X  et l’ensemble de la cour, une  très grande et très néfaste influence morale.

Elle  se moquait éperdument du ‘’qu’en dira-t-on’’.  Ses écrits devenus rapidement des succès littéraires, qui magnifient la révolte des femmes heurtent  profondément les conventions sociales   l'opinion publique. Il n’en fallait pas tant pour que Dorothée très jalouse de l’influence qu’elle exerçait sur l’esprit de Talleyrand,  ne souhaite pas qu’il rencontrât cette créature.
 
La duchesse de Dino veillait à ce que ne soient admise chez son oncle que des personnes qui lui plaisaient. Elle ne supportait  pas qu’on  accorde plus d’importance à son oncle qu’à sa personne. Elle ne pardonnait pas à Casimir de Montrond qui, fort  de sa vieille amitié qui le liait  à Talleyrand se montrait impertinent, la considère comme une personne de moindre importance.

Elle arriva à brouiller les deux amis. Montrond qui avait sous-estimé l’importance de l’influence de Dorothée sur son vieux complice essaya de rentrer en grâce par son intermédiaire. En vain. Mais cette ne fut que temporaire et la vieille complicité qui l’unissait à Talleyrand eut raison de cette fâcherie.

 Il en fût de même pour Honoré de Balzac qui résidant en Touraine au château de Saché proche de Rochecotte fut à, sa demande, reçu par Talleyrand. Fasciné par le personnage il n’accorda vraisemblablement pas tout l’intérêt et l’attention que la maîtresse des lieux attendait de la part de tout visiteur. Etant de surcroit un  écrivain célèbre, catégorie de personne vis-à-vis desquelles Dorothée depuis le passage à Valençay de Georges Sand  nourrissait la  plus vive méfiance, il ne fut pas très bien reçu. Voici ce qu’en disent Balzac et Dorothée

Balzac :

"Je vous parlerai une autre fois de la visite que j’ai faite à Mme de Dino et à M. de Talleyrand il y a 6 jours, à Rochecotte, en Touraine. M. de Talleyrand est étonnant. Il a eu deux ou trois jets d’idées prodigieuses. Il m’a fort invité à le venir voir à Valencay, et, s’il vit, je n’y manquerai pas."

Pas un mot sur La duchesse !! Son attention étant totalement absorbée par, l’étude  attentive  de Talleyrand,  il ne s’est pas aperçu de la froideur de la maîtresse de maison. 

Dorothée :

M. de Balzac qui est Tourangeau est venu dans la contrée pour y acheter une petite propriété. Il s’est fait amener ici par un de mes voisins. Malheureusement il faisait un temps horrible ce qui m’a obligé à le garder à dîner. J’ai été polie, mais très réservée. Je crains horriblement les publicistes, gens de lettres, faiseurs d’articles ; j’ai tourné ma langue sept fois dans ma bouche avant de proférer un mot, j’ai été ravie quand il est parti. Il est vulgaire de figure, de ton, et, je crois de sentiments ; sans doute il a de l’esprit, mais il est sans verve ni facilité dans la conversation. Il y est même très lourd, il nous a tous examinés et observés de la manière la plus minutieuse. M. de Talleyrand surtout. Je me serais bien passée de cette visite et, si j’avais pu l’éviter, je l’aurais fait. Il vise à l’extraordinaire et raconte de lui-même mille choses auxquelles je ne crois nullement.

La férocité du texte  montre clairement à quel point elle a été vexée par le manque de tact du visiteur !

Toutes les personnes, hormis les vieilles amies du ‘’sérail’’ dont, la princesse Tyszkiewicz, pour lesquelles elle ne pouvait, en raison de l’ancienneté de leurs relations avec Talleyrand empêcher qu’ils les reçoivent, qui ont gravité dans l’entourage de Talleyrand devaient être agréées par la duchesse de Dino.

Ceci était surtout vrai pour Valençay et encore plus pour Rochecotte. N’étaient admises que les personnes sur qui elle pouvait exercer son charme ou qui pouvaient avoir une influence favorable sur l’activité politique du prince. Ces personnes qui entretenaient des relations  avec Talleyrand et étaient  reçues à Valençay devaient obligatoirement entretenir une correspondance suivie  avec la duchesse de Dino. Cette nécessité  s’imposa de plus en plus car en  vieillissant Talleyrand,  chargeait de plus en plus souvent Dorothée sa correspondance.

Talleyrand, demeurait un personnage  important et redoutable et,  à ce titre, faisait  l’objet d’une étroite surveillance. Il recevait  beaucoup rue Saint Florentin. Bien qu’il ne soit plus le chef du gouvernement ou le ministre des relations extérieures en titre, tout le corps diplomatique défilait dans ses salons. Tout ce s’y disait était  fidèlement rapporté au Roi. Il en était de même pour les propos qu’il tenait dans les lieux où il était reçu. Les rapports devaient être copieux car le prince n’épargnait pas ses successeurs  de ses sarcasmes et critiquait ouvertement leur  politique.

A Valençay cette surveillance ne se relâchait pas, le préfet de l’Indre était informé  de tous ses dires, ses gestes, ses déplacements, de l’identité des personnes qui arrivaient au château où en partaient, du nom  des expéditeurs et du point de départ du courrier qui arrivait au château et du nom du destinataire et du lieu où était adressé le courrier qui en partait. Toutes ces informations que le préfet collecte via  un informateur qui est dans la place et aussi  par le receveur des postes,  étaient transmises  au ministre de la police et  atterrissaient sur le bureau du roi.

Ainsi, le  8 mai 1816, peu de jour après son arrivée, Talleyrand reçut la visite du préfet de l’Indre et du procureur du roi,  qui passant par Valençay vinrent le saluer. Talleyrand ne fut pas dupe des motifs réels de la ‘’visite de courtoisie’’ de ces importants personnages. Il n’en montra  aucune humeur et les reçut fort gracieusement, poussant même la politesse (je dirais l’ironie) jusqu’à les retenir à dîner et leur offrir l’hospitalité pour la nuit.

Signalons au passage que, même si dans le passé il avait  fait du tort à la religion  notamment en étant l’instigateur  du  décret de l'Assemblée constituante du 2 novembre 1789  portant sur   la mise à la disposition de la nation des biens du clergé et en étant un interlocuteur  très intransigeant lors de  la négociation du concordat,  Talleyrand  a toujours  entretenu des relations très courtoises avec le clergé local.

Ses relations avec la religion s’étaient apaisées,  probablement sous l’influence de la duchesse de Dino. C’est sans doute  pour être agréable à sa nièce qui depuis sa conversion à la religion catholique romaine  était une pratiquante fervente,  qu’il renoua des liens avec l’église et qu’il conviait  fréquemment à sa table les curés de Valençay et des alentours. L’évêque du diocèse lors d‘une tournée pastorale fut même reçu et hébergé au château.


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Talleyrand a beaucoup  aimé son château de Valençay. Il était également  très attaché à ce petit bourg du Berry. Les habitants n’eurent qu’à se louer de son administration lorsqu’il en fut le maire de 1826 à 1831 et ensuite le conseiller général. Grâce à lui il créa un service de poste aux chevaux, qui facilita les communications  avec l’extérieur qui jusque-là étaient malaisées et difficiles, dota  l’église d’un très beau clocher, créa une école de filles, fonda une maison de charité. Et  si le grand seigneur qu’il était  recevait avec faste des personnages importants venant de toute l’Europe,  il restait d’un abord simple avec les habitants.

A partir de Valençay, il allait prendre régulièrement les eaux à Bourbon l’Archambault en été Il voyagea dans le sud de la France, Pyrénées, midi (Marseille, Nice,  Toulon, Hyères surtout  ou il séjourna plusieurs fois pour profiter de la douceur de la saison hivernale  plus favorable pour ses vieilles douleurs que le rude climat du Berry et le froid  de Paris. Il ne délaissait le château que lorsque le froid rendait glaciale cette immense bâtisse difficile à chauffer. Pour autant il ne passait pas forcément  tout l’hiver la capitale il allait séjourner  au château de Rochecotte appartenant à la duchesse de Dino.

Dorothée l’avait  acheté sur ses propres deniers dans le but d’’avoir  un chez soi ou elle pourrait se reposer de la vie mondaine intense de Paris et de Valençay, de recevoir qui elle voulait. Cet adorable petit château, très confortable, pas trop loin de Valençay, est bien orienté et abrité des vents dominants.

L’influence bénéfique du climat océanique  qui règne dans la région  fait que les hivers y sont doux et le printemps précoce. Les invités qui y séjournaient étaient peu nombreux et  choisis avec soin. Ce lieu avait pour Talleyrand  l’avantage de pouvoir y recevoir discrètement des opposants à la politique menée par les ministres de Charles X.

C’est à Rochecotte que Talleyrand forgea l’instrument qui provoqua la révolution de 1830 et la chute de Charles X. C’est chez sa nièce que Talleyrand rencontra Thiers, Mignet et Armand Carel et accepta de financer avec le financier Lafitte la création d’un journal s’intitulant ‘’Le National ‘’ dont le premier numéro parut le 3 janvier 1830.Le National fut un brûlot politique dont la virulence poussa les autres journaux à entrer en lice et à venir polémiquer, créant un climat favorable à l’insurrection connue sous le nom des ‘’Trois Glorieuses’’ qui provoquèrent la chute du gouvernement Polignac et de la maison de Bourbon.

Le château de Valençay, contemporain de ceux de Chambord et de Chenonceau  n’a rien à envier à ces demeures prestigieuses des bords de la Loire et du Cher. Lorsqu’en remontant la vallée du Nahon on le  découvre sur le promontoire ou est perché la charmante petite ville dont il est le fleuron, on est impressionné par la splendeur de son architecture majestueuse. La solennité qui s’en dégage n’est ni intimidante comme à Versailles ou Fontainebleau, ni pompeuse comme à Chambord. Elle est rassurante et bienveillante.

Talleyrand y avait trouvé une résidence digne de son rang et de son nom illustre. Valençay n’a pas eu l’honneur d’être une résidence royale et est resté à l’écart des évènements qui ont marqué l’histoire de France jusqu’à ce que Talleyrand en face sa demeure, l’embellisse et attire  sur lui l’attention de L’Europe. 

Pendant longtemps il est resté un peu à l’écart des grands circuits touristiques car c’était une résidence privée .Mais depuis qu’il est devenu la propriété  du département de l’Indre de la ville de Valençay, grâce à l’impulsion de son maire  M Claude Doucet,  la ville  a fait des efforts considérables pour l’entretenir et l’embellir.

Les ouvrages écrits par M André Beau  ont également beaucoup contribué à attirer l’attention du public sur ce château et l’illustre personnage qui en fit la splendide demeure que nous connaissons aujourd’hui. Grâce aussi au dynamisme de l’équipe qui en assure la gestion et notamment de sa directrice  actuelle Mme Sylvie Giroux, le château de Valençay a attiré  l’attention  des médias et du public et nous venons d’apprendre par Claude Beauthéac qu’il arrive en première position sur les 200 sites de loisirs préférés des Français.

Je quitte toujours avec regret  Valençay. Je comprends alors la tristesse de Talleyrand lorsqu’il devait partir pour les  longs  mois d’hiver loin de ce lieu qu’il aimait tant et la joie qu’il avait de le revoir  au printemps. Cette joie je l’éprouve  aussi chaque fois que j’y reviens et que j’ai à nouveau le bonheur de   me promener dans le parc et dans les pièces du château meublées avec goût  où  on sent toujours planer  la présence du Prince et de sa nièce. Sans Talleyrand Valençay ne serait qu’un magnifique château mais  sans passé, sans histoire. Il en a fait  sa demeure favorite et  a sorti  le château et la ville de l’anonymat. La mairie de Valençay l’a bien compris puis qu’elle lui rend hommage en l’entretenant magnifiquement  faisant de la Petite chapelle  St Maurice sa dernière demeure  un lieu à la hauteur de la renommée  de celui que Mme Françoise Hellmann appelle à juste titre  ‘’le premier Européen’’.

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Bibliographie :
André Beau : ‘’Talleyrand, chronique indiscrète de la vie d’un prince’’  Editions Royer 1992
Frédéric Loliée ‘’Talleyrand et la société Européenne’’ Emile-Paul, éditeur  Paris 1911
Jacques Vivent :’’ La vie privée de TALLEYRAND’’ Collection les vies privées Hachette 1940
Georges Bordonove ‘’Talleyrand prince des diplomates’’ Editions Pygmalion/Gérard Watelet Paris 1999.
  Illustrations : Photos de Joëlle & Etienne CHARTRE 2009-2012