De Nohant à Valençay

André Beau – Août 2011

« Le Courrier du Prince N° 4 janvier 2012 pp21 à 27 »

Dans sa livraison du 15 octobre 1834, la Revue des Deux-Mondes offrait à ses lecteurs, la primeur d’un article de la jeune romancière George Sand, intitulé « Le Prince »,comme étant la 8ème Lettre d’un Voyageur. C’est du moins sous ce titre qu’on le retrouve dans la somme des œuvres autobiographiques de la « Bonne Dame de Nohant » publiée dans les éditions de La Pléiade – N.R.F. pp 851 à 869. C’est sans doute là l’article le plus noir, jamais écrit sur Talleyrand de son vivant . Sa lecture est on ne peut plus instructive sur les sentiments de franche hostilité que la romancière vouait au diplomate.

Nous sommes en septembre 1834 , et depuis un certain temps, George Sand aspirait à rencontrer ,si possible, le châtelain de Valençay. Déjà, le 20 août 1832 , elle écrivait à l’un de ses meilleurs amis, François Rollinat le père du poète « Dans deux jours j’aurai fini Valentine ou je serai morte. Veux-tu que j’aille te voir la semaine prochaine ? Fixe le jour parce que de là (Châteauroux) nous irons à Valençay Cela t’arrange-t-il ? Moi, j’ai tout le mois pour courir , mais le froid viendra…)* .Le 21 août, elle disait à un autre ami, le docteur Gustave Papet : « … qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il tonne, nous partons jeudi (23). Rollinat nous attend pour dîner. C’est mon dernier mot. Etes-vous prêt ? Votre père peut-il nous octroyer sa patache ? Pour peu que cela le gêne, ne la lui demandez pas, nous aurons toujours des moyens de transport… Jeudi, à midi, soyez à Nohant, et si vous ne pouvez pas, répondez-moi tout de suite un mot…)**.

Que se passa-t-il ? Toujours est-il que, manifestement irritée, George Sand mande quatre lignes à François Rollinat, dès le 22 août : « Je n’irai point à Valançay (sic). Je n’irai point à Châteauroux J’irai peut-être au cimetière. Si vous pouvez me consacrer ces trois ou quatre jours que nous aurions passés en patache, venez ».*** Et à Gustave Papet, elle dit plus longuement : « Ce voyage de Valançay (resic) est encore manqué. Je vous demande pardon de vous promener ainsi en espérance et vous arrêter au moment au moment où vous prenez le fouet et les rênes. Je suis malade et malheureuse. Ne venez pas me voir … Dans ce moment, je voudrais fermer l’accès de ma chambre au jour et à l’air… »**** L’origine de ce revirement, supposé d’origine conjugale, n’a jamais été éclairci.

D’ailleurs, en août 1832, Talleyrand est à Paris, loin de Valençay. Il ne quittera la rue Saint-Florentin pour Rochecotte, en Touraine, que le 2 septembre.
Mais voici que le projet qui semble tant tenir à cœur à George Sand se concrétise.

 

Buste Talleyrand:

"Dantan-Talleyrand-musée du Louvre - ©photo TMN

Couple Talleyrand-Dino

gravure anglaise
collection particulière

Le 26 septembre 1834 donc, notre femme-écrivain, alors âgée de 30 ans, se met en route avec ses amis qui, outre François Rollinat (28 ans), étaient Messieurs Alphonse Fleury (25 ans) et Charles Duvernet (27 ans) accompagnés de leurs épouses, ainsi que Alexis Dutheil , alias Duteil (38 ans). Une bande de joyeux drilles en quelque sorte, à laquelle on doit adjoindre le docteur Gustave Papet ( 22 ans).

Selon George Sand, la bruyante troupe se présente à la grille du château le 27. Madame de Dino rentre justement de promenade avec les Jules d’Entraigues, ses voisins tout proches, au moment où la bande de visiteurs, hommes et femmes, venus en poste et visitant toutes choses en curieux . Le régisseur nous a dit que c’était Mme Dudevant avec Alfred de Musset et leur compagnie. Talleyrand ne se montra point, mais laissons la parole à Mme de Dino : « A ce nom de Dudevant , les Entraigues ont fait des exclamations auxquelles je ne comprenais rien et qu’ils m’ont expliquées : c’est que Mme Dudevant n’est autre que l’auteur d’Indiana, Valentine, Leone Leoni, George Sand, enfin !… Elle habite le Berry quand elle ne court pas le monde, ce qui lui arrive souvent. Elle a un château près de La Châtre, où son mari habite toute l’année et fait de l’agriculture. C’est lui qui élève les deux enfants qu’il a de cette virtuose. Elle même est la fille d’une fille naturelle du maréchal de Saxe ; elle est souvent vêtue en homme mais ne l’était pas hier. En entrant dans mon appartement, j’ai trouvé toute cette compagnie parlementant avec Joseph, pour le voir, ce qui n’est pas trop permis quand je suis au château. Dans cette occasion cependant, j’ai voulu être polie pour les voisins : j’ai moi-même ouvert, montré, expliqué l’appartement et je les ai reconduits jusqu’au grand salon, où l’héroïne de la troupe s’est vue obligée, à propos de mon portrait par Prud’hon, de me faire force compliments. Elle est petite, brune, d’un extérieur insignifiant, entre trente et quarante ans, d’assez beaux yeux ; une coiffure prétentieuse… Son langage est recherché. A tout prendre, peu de grâces ; le reste de sa compagnie d’un commun achevé, de tournure au moins, car aucun n’a dit mot ( in tome I de la « Chronique » de la duchesse de Dino, pp.247/248).

Or il se trouve que la bibliothèque municipale de La Châtre (Indre) détenait sans trop le savoir le manuscrit des Souvenirs inédits de Charles Robin Duvernet (1807-1874), l’un des participants à l’équipée de Valençay, dont Marc du Pouget, directeur des Archives départementales et du Patrimoine historique de l’Indre, nous a aimablement communiqué la copie. Le document original provient d’un don de la famille Aujay de la Dure, alliée aux Robin-Duvernet. Le voici, suivi de nos commentaires personnels :

« Madame Sand eut la curiosité d’aller visiter le château de Valençay. Nous frêtames une diligence, qui nous conduisit au nombre de douze, un soir, à Châteauroux : c’était notre première étape. Descendus à l’hôtel de Sainte-Catherine, nous commandons notre dîner et nous procédons au logement. Le dîner se prolongea longtemps et fut gai, excessivement gai. Il fut arrosé copieusement de Bordeaux et de Champagne, de telle façon que le soir, en nous promenant, Papet – absent de la suite du voyage – fit un cours d’astronomie et voulut montrer la Grande Ourse et l’Etoile Polaire ; mais hélas ! le malheureux avait pris un réverbère pour cet astre bienfaisant. La soirée fut bien autrement orageuse. Dutheil eut l’idée de nous faire servir du thé, qui, à l’aide de flacons de rhum se transforma peu à peu en un immense bol de punch.

La gaîté dégénéra en folie : nous étions tous redevenus étudiants. Il se fit un tel vacarme dans notre appartement que les passants s’ameutèrent sous nos fenêtres et que le commissaire de police se crut obligé de demander ce qui se passait là. Le maître d’hôtel nous pria de fermer nos fenêtres. Entre autres bouffonneries je me rappelle celle-ci. Un voyageur logé près de nous eut une indigestion, dont nous entendions les résultats. Dutheil, qui était passablement en train, me persuada d’aller au secours de ce malheureux. J’étais aussi un peu ému par les fumées ; Nous voilà tous les deux dans la chambre de cet étranger, moi tenant une bougie et un carafon de rhum et Dutheil lui faisant un discours en trois points pour lui persuader qu’il était malade de ce que nous avions pris et lui demandant pardon de ce que nous ne l’avions pas invité à notre punch, et lui offrant son carafon en guise de tisane. L’étranger fut assez poli pour ne pas nous jeter son pot de chambre à la tête. La bourgeoisie s’émut beaucoup de cette incartade nocturne de notre part. On cria, non sans raison, au scandale et notre apparition dans les murs de Châteauroux fut un texte de commentaires inépuisables, d’autant plus que Mme Sand avait avec elle, Mme Fleury et Mme Duvernet. Mais, en réalité, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat ; seulement nous avions été plus enfants qu’il convenait de l’être. Nous prîmes le lendemain la route de Valençay.

A peine arrivés, nous nous dirigeons vers le château. Nous demandons au concierge la permission d’entrer, qu’on nous accorda après nous avoir fait inscrire nos noms sur un registre. Mme Sand écrivit elle-même son nom de G. Sand. A peine étions nous dans la cour d’honneur qu’une voiture découverte, attelée de deux chevaux, passa devant nous. Un valet, qui nous conduisait, nous dit que c’était Madame la duchesse de Dino, qui allait en promenade avec deux hôtes du château. La voiture s’arrêta à la grille et nous vîmes le concierge apporter le registre à Mme la duchesse, puis, peu à peu, la voiture repartit au trot. Nous entrâmes avec une curiosité facile à comprendre dans ce château où résidait en ce moment le prince de Talleyrand. Le château est un long parallélogramme dont la construction n’a rien laissé dans mes souvenirs. C’était vaste sans être somptueux. L’habitation est entourée d’immenses jardins qui dominent une vallée riche et boisée. Les dépendances sont princières.. Il y avait là équipage de chasse, chenil contenant une meute de cent chiens, écuries peuplées d’assez beaux chevaux, remise contenant un grand nombre de voitures. On nous fit voir la voiture qui avait amené les princes d’Espagne lors de leur séjour à Valençay : c’était une lourde machine en bois doré, vaste comme une maison, ayant un timon de la grosseur d’une solive, mal dégrossi et doré également. A ce carrosse on attelait douze mules et encore, à l’arrivée à Valençay dont la montagne est abrupte il fallut un renfort. Une particularité singulière motiva notre hilarité : c’est que, en ôtant un des sièges de la voiture, on voyait une lunette exactement pareille à celle des lieux d ‘aisances, de sorte que le royal voyageur laissait tomber sur le grand chemin cette superfluité qui démontrait suffisamment qu’il appartenait à l’ humaine espèce.

Le château est disposé de façon que tous les appartements du premier étage abordent, directement ou par des corridors, sur une vaste galerie éclairée par les fenêtres de la façade. Cette galerie était garnie de tableaux qu’on me dit être d’une assez mince valeur. Nous étions à l’une des extrémités de cette galerie lorsque nous vîmes à l’extrémité venir à grands pas vers nous la duchesse de Dino et les personnes qui l’accompagnaient. Elle vint droit aux dames que, malgré sa politesse, elle regardait avec insistance. « Je suis heureuse de rentrer assez tôt, dit-elle, pour être à même de vous faire voir certaines parties du château qu’on ne vous eût pas montrées sans moi. Je réserverai cependant certaines parties des appartements du prince, mais je vous montrerai les miens ». Avec une bonne grâce charmante, elle nous précéda et nous introduisît dans des appartements meublés avec goût et ornés de beaucoup de chefs-d’œuvre d’art, de quelques tableaux, marbres et bustes. Il était évident que la duchesse voulait savoir laquelle de ces trois dames était George Sand. Mme Sand se tenait muette et immobile, poussant toujours Mme Fleury en avant, de sorte que, pendant un moment, la duchesse put s’y tromper et que toutes ses politesses s ‘adressaient à celle qu’elle prenait pour Mme Sand. En faisant son office de cicerone, la duchesse montra un buste de l’empereur Alexandre : « Il est très ressemblant », dit-elle . C’est un beau marbre de Canova exclama Mme Sand sans réflexion. Cette parole, l’attitude de celle qui la prononçait, éclairèrent la duchesse. « Vous savez qu’il est de Canova ? » « Je ne pouvais, répondit Mme Sand, ignorer le nom de l’artiste, ni méconnaître son ciseau. » Tout était dit ; Mme Sand avait rompu l’incognito. Au dessus du buste de l’empereur Alexandre, il y avait un portrait à l’huile de la duchesse. Mme Sand avait fixé ses yeux sur ce portrait avec une attention marquée,- « Il est d’Isabey » dit la duchesse.—« Isabey ne vous a pas flattée, Madame, vous êtes mieux que le portrait »--« J’étais cependant plus jeune de quelques années ».—« C’est un tort de plus qu’il faut imputer à l’auteur ».

Le reste de la visite se passa de la façon la plus bienveillante de part et d’autre et la duchesse ne nous abandonna qu’à la sortie principale du château. La duchesse de Dino pouvait avoir à ce moment 35 à 36 ans. Elle était belle encore et je me rappelle l’impression que me firent se yeux noirs, veloutés par l’ombre de ses longs cils. Une particularité nous avait frappés. Elle nous avait montré la chambre à coucher du prince de Talleyrand. Au fond de l’alcôve du lit du prince, on voyait le portrait de la duchesse de Dino sur une toile d’assez grandes dimensions. Ce rapprochement choqua la pudeur des dames et nous remit en mémoire ce que disait la chronique scandaleuse : on prétendait que le prince était l’amant de sa nièce.

De retour à notre hôtel, un bon dîner nous attendait. Après y avoir fait honneur, nous nous disposions à passer gaîment la soirée, lorsque tout à coup je me sentis pris de coliques si violentes que je fus obligé de disparaître sans bruit. Je fus horriblement malade et bientôt obligé de me coucher. A peine étais-je au lit que cinq ou six de mes compagnons furent dans le même état que moi. Il était évident que nous avions un commencement d’empoisonnement, car tous, et seuls, nous avions mangé du même plat. L’affaire paraissait sérieuse et Mme Sand passa la nuit à nous soigner tous. Elle fut une vraie sœur de charité, ne se rebutant que par aucun des détails de cette ennuyeuse position.
Le résultat littéraire de cette promenade fut un article intitulé Le Prince qui parut dix jours après dans la Revue des Deux mondes .Mme Sand s’était inspirée de la vie de cet homme, qui était une énigme et un mystère et dont le nom avait pesé fatalement en plusieurs occasions sur les destinées de la France . Elle n’avait pas ménagé ce héros problématique dont elle annihilait la puissance et le sérieux. Elle avait déchiré un peu la transparence du voile dont l’alcôve trahissait le mystère. Elle avait fait de cet être boiteux une personnification diabolique ,mais lui avait ôté l’énergie et ne faisait consister sa force que dans une volonté passive. C’était mal payer l’hospitalité et certains journaux d’alors firent un hourra contre l’auteur de Lélia qui se montrait si pudibonde. »

Duchesse de Dino

Gravure par Gérard d'après une peinture d'Isabey
collection particulière

A cet endroit de ses Souvenirs s’arrête la relation des événements que nous rapporte Charles Duvernet. Elle a le mérite d’être imagée et parfois cocasse ; elle reflète bien les sensations éprouvées par George Sand dont j’engage à relire ce texte enrobé de philosophie et franchement hostile au personnage attaqué : Charles Maurice, prince de Talleyrand-Périgord.« Cette lèvre convexe et serrée comme celle d’un chat, unie à une lèvre large et tombante comme celle d’un satyre, mélange de dissimulation et de lasciveté ; ces linéaments mous et arrondis, indices de la souplesse du caractère ; ce pli dédaigneux sur un front prononcé, ce nez arrogant avec ce regard de reptile… le plus grand fourbe de l’univers… ce renard octogénaire… ».

Et encore, à l’adresse de Mme de Dino : « Une forme blanche et légère traversa l’angle du tapis vert et nous la vîmes monter l’escalier extérieur de la tourelle à l’autre extrémité du château. Est-ce l’ombre de quelque juste … qui vient danser et s ‘ébattre au clair de lune pour désespérer l’impie ? Non cette âme, si c’en est une, habite un beau corps… c’est la duchesse ! On dit que… Ne répète pas cela…cette femme est trop belle, c’est impossible… ». Nous sommes là en plein délire romantique , alors que le témoin imaginaire de la scène dut être son ami Rollinat, présenté ce jour là à la duchesse, sans doute par moquerie, comme étant Alfred de Musset. Bien évidemment ce morceau littéraire, écrit et publié en à peu près quinze jours, ne fit pas plaisir à Valençay. George Sand le sut mais ne regretta rien ; sinon, pas dans l’immédiat.

George (sic) Sand

lithographie anonyme
collection particulière

Dans l’Histoire de ma vie, George Sand se remémore l’équipée de Valençay et déclare « Je fis… une promenade à Valançay (sic),et, au retour, j’écrivis sous l’émotion d’une vive causerie avec Rollinat, un petit article intitulé Le Prince, qui fâcha beaucoup, m’a-t-on dit, M. de Talleyrand . Je ne le sus pas plutôt fâché que j’eus regret d’avoir publié cette boutade. Ne le connaissant pas, je n’avais senti aucune aigreur personnelle contre lui. Il m’avait servi de prétexte pour un excès d’aversion contre les idées et les moyens de cette école de fausse politique et de honteuse diplomatie dont il était le représentant. Mais bien que cette vieillesse-là ne fût guère sacrée, bien que cet homme à moitié dans la tombe appartînt déjà à l’Histoire, j’eus comme un repentir, fondé ou non, de ne pas avoir mieux déguisé sa personnalité dans la critique ».

Toujours est-il, Nous le répétons, Talleyrand ne s’était pas montré. On peut supposer que, prévenu par un valet, il avait vivement quitté son appartement pour émigrer dans une de ses bibliothèques, soit au rez-de-chaussée de la tour d’angle, soit au premier étage du donjon, ce qui , d’ailleurs, lui permettait de voir sans être vu.
En comparant la relation fournie par la duchesse de Dino à celle donnée par Charles Duvernet, fils d’un receveur particulier de La Châtre, propriétaire du château du Coudray à Verneuil-sur-Igneraie et habitué de longue date de ses voisins de Nohant, nous avons relevé quelques discordances.

Les voyageurs étaient au nombre de 8 et non de 12 , comme le dit Duvernet. Les absents sont ( vraisemblablement) des étrangers au groupe. Le point d’entrée au château paraît être la porte de ville, la seule bénéficiant d’un portier. La rencontre avec le gardien ne put avoir lieu que dans la « cour ronde »,d’où l’on gagne aisément les écuries et la remise des voitures ; non dans la « cour d’honneur qui, elle, n’a point de grille.

Mme de Dino nous dit elle-même « rentrer de promenade » tandis que Duvernet dit qu’elle partait en promenade et que la voiture s’en alla au trot ; l’inverse n’est pas impossible.

La survenue en hâte de la duchesse et de ses amis par une des extrémités de la galerie du Ier étage, ne s’explique que par le désir de faire honneur à ses hôtes inattendus, dont elle venait d’apprendre l’identité et qu’elle n’avait jamais rencontrés et peut-être également, l’intention de limiter leur curiosité.
Le buste d’Alexandre Ier était de Thorwaldsen et non de Canova, mais Dorothée a pu confondre sur l’instant. Dorothée de Dino, née en 1793, a alors 41 ans et non pas « 35 à 36 ans ». C’est à prendre pour un compliment.
La duchesse s’est-elle ravisée pour enfin montrer la chambre du prince après l’avoir exclue de la visite comme le dit Duvernet ? Certainement. Quand au tableau suspendu au fond de l’alcôve du prince, on peut s’interroger sur ce qu’il représentait. On apprend, par d’autres sources, qu’il s’agissait du « Vœu de Louis XIII » . Il a pu y avoir un changement.

Ce qui ne changera jamais, c’est la grande méfiance du prince de Talleyrand et de la duchesse de Dino envers les littérateurs. Cependant, Balzac lui-même parviendra à rencontrer l’un et l’autre au château de Rochecotte, propriété tourangelle de la duchesse, deux ans plus tard.


N.B. – Outre dans les « Souvenirs » inédits de Charles Duvernet et la « Chronique » de la duchesse de Dino, la matière essentielle du présent article se retrouve dans les » Œuvres autobiographiques de George Sand » – tome II ( édition de la Bibliothèque de la Pléiade – N.R .F. Gallimard - 1971 ). et la « Correspondance générale » de George Sand , tome II ( édition de Georges Lubin – Classiques Garnier - 1966 ), passages marqués d’un astérisque à la date correspondante.