WILHELMINE DE SAGAN de Dorothy Gies McGuigan

Analyse du livre par Jean-Marie Bader
Membre de l’association les Amis de Talleyrand

 

Dorothy Gies McGuigan a étudié l’Histoire à l’University of Michigan, à la Columbia University et au King’s College de l’Université de Londres. Elle a consacré douze ans de sa vie, à Vienne, à ses recherches sur les Habsbourg et est considérée comme une des meilleures spécialistes de cette dynastie et de la Maison d’Autriche.

La duchesse de Sagan et Metternich ont échangé un courrier abondant et peu exploité dont la teneur, bien au-delà d’une correspondance personnelle, se révèle une mine d’informations historiques. A la lecture d’ailleurs, l’ouvrage se révèle, plus qu’une biographie de la sœur aînée de Dorothée, une description très documentée de la vie diplomatique et festive à Vienne et dans le camp des Alliés, de 1813 à 1815.

Metternich et sa famille légitime y tiennent une large part.

Parmi les points qui me semblent mériter une mention particulière :

Le grand intérêt de cet ouvrage, malheureusement réservé aux anglo et germanophones à l’heure actuelle, est de présenter, dans une lecture aisée, un point de vue peu courant en France sur les difficultés d’une coalition forcément sous-tendue de graves rivalités internes.

Napoléon, bien entendu, apparaît ici sous un jour plus proche de celui qui est connu des Amis de Talleyrand que de sa légende officielle.

Au total, l’ouvrage mêle avec beaucoup de réalisme et de bonheur l’Histoire et l’historiette. L’importance accordée à cette dernière et à l’idéalisation des talents et motivations de Metternich peuvent sembler un peu exagérées par moments mais est largement compensée par la rigueur de la recherche et la qualité rédactionnelle de l’ensemble.

Belle, intelligente, riche et indépendante, mariée deux fois, divorcée autant : une femme consciente de sa valeur et un destin plein de modernité.

Wilhelmine, duchesse de Sagan fut une de ces grandes figures de femme du début du XIXe siècle qui n’eurent aucun besoin d’émancipation du fait de leur valeur et parce que le monde des hommes cultivés était tout prêt à leur accorder la place qu’elles méritaient.

La vie de la belle duchesse fut marquée par sa relation avec le Comte d’Empire puis Prince Clemens de Metternich, qui, en tant que Ministre des Affaires Étrangères de l’Empereur d’Autriche était un des plus brillants politiques et un des hommes les plus puissants de son temps.

Metternich est le maître d’œuvre de la coalition de l’Europe contre Napoléon, et la possibilité donnée aux armées alliées de parvenir en France pour lui porter le coup décisif lui doit beaucoup. Pour autant, Metternich ne chercha pas à détruire, ni même humilier celui qui restait le gendre de son Souverain, mais simplement à lui rendre sa vraie place, mais sa politique mesurée et soucieuse de compréhension mutuelle fut mise en échec par la volonté de vengeance et de pouvoir des autres Alliés.

Avec pour toile de fond les dernières batailles contre Napoléon, une histoire d’amour passionnée se fait jour entre la belle duchesse et l’homme d’Etat, qui se transformera plus tard en amitié profonde. Aux côtés de Metternich, Wilhelmine de Sagan traverse les années turbulentes et décisives du Congrès de Vienne dont naîtra le Nouvel Ordre de l’Europe après la victoire définitive sur Napoléon.

La riche correspondance entre Wilhelmine de Sagan et le Prince de Metternich a été considérée pendant des années comme disparue et ne fut retrouvée que dans les années cinquante de notre siècle.

Ces documents ne permirent pas seulement à Dorothy McGuigan d’éclairer d’un jour nouveau de nombreux aspects d’une époque décisive, mais aussi de montrer comment une femme intelligente et active peut influencer secrètement le cours du destin.

 


*L'ouvrage de Dorothy Gies McGuigan est paru en 1975 sous le titre "Metternich and the duchess".

Traduction en allemand de Gunther Martin.

Première parution en allemand sous le titre "Metternich, Napoleon und die Herzogin von Sagan Présente édition en 1994 par Amalthea Verlag GmbH Wien - München