"Valençay a cinq clochers
et quatre cents cloches..."

Samedi, après ce grand voyage annuel, toutes les cloches reprenaient leur place, dans leurs clochers respectifs. C’est ainsi que poursuivant notre visite aux cloches du Bas-Berry, nous avons rendu visite à l’Eglise Saint Martin de Valençay.

Là, nous apprenons vite que le clocher de Valençay est bien connu, et même célèbre par sa structure, que certains exploitent « Valençay a 5 clochers et quatre cents cloches ». Jeu de mots sur « quatre cents cloches ».

Sur sa face couchant, on peut lire gravé dans la pierre « C'est le prince de Talleyrand, qui a fait ériger ce clocher, L'an M. D. C. C. C. X. X. X. V. I. ».(1)

L'abbé Farcet, curé doyen, dans sa lettre mensuelle , nous donne, après avoir recherché l'âge des cloches, le relevé de toutes les inscriptions plaquées sur leurs robes de bronze.

NOTRE  BEFFROI ABRITE QUATRE BELLES CLOCHES

I        Le Bourdon (environ 1.600 kilos). Sainte Marie. « Hommage â l'église de Valençay. Sainte Marie de Valençay, baptisée l'an 1864. Pie IX, pape régnant et Mgr de la Tour d'Auvergne Lauraguais, archevêque de Bourges. Ont été parrain et marraine : M. C. M. G.(2) Bozon de Talleyrand-Périgord, prince de Sagan et Mme R.E.P.(3). de Castellane, duchesse de Valençay et Sagan ». Fondeurs : Bollée et ses fils, Orléans.

II       Sainte Marguerite (environ 1.200 kilos). « Sancta Maria ora pro nobis, 1.843 (4), Hault et Puissant Seigneur, Messire Dominique d’Estampes, marquis de Fiennes, de Valençay et autres lieux. Et Haulte et Puissante dame Marguerite de Montmorency, sa femme, sire d'Alincourt, Talémar, Guilloncourt Marlf et autres lieux ».

III      Dorothée (environ 900 kilos), née l’an 1853. Bénite par M. Brosselard, curé. Nommée Dorothée par Mme Dorothée, Duchesse de Talleyrand et de Sagan, princesse de Courlande et de Dino et par M. L. N. Talleyrand-Périgord (5), duc de Valençay. M. Naudin. maire. MM. Laisné, Savigny, Boulet et Bordet, fabriciens.

IV      Saint-Martin (environ 400 kilos), « Hommage à l’église de Valençay, Saint-Martin de Valençay, baptisée l'an 1864. Pie IX, Pape régnant et Mgr de la Tour d'Auvergne Lauraguais archevêque de Bourges. Ont été parrain et marraine : M. Camille Louis G. H.(6) de Talleyrand-Périgord et Mme J. M. F. (7) de Talleyrand-Périgord, princesse de Sagan »

Sans préciser à quelles cloches cela se rapportait, il nous a été dit que le 1er juin 1873, deux cloches (une grosse et une petite) installées dans le clocher de l'église de Valençay, ont été adjugées à l'abbé Jean-Joseph André, curé de la paroisse, pour le prix de 8.503 francs.

Quel est le prix du kilo de bronze ?... C'est à l’heure actuelle une fortune qui se trouve sous la garde vigilante des corneilles.

LEUR ELECTRIFICATION

Depuis le 21 Janvier 1949, l'Angélus sonne mécaniquement, grâce à des  appareils très perfectionnés qui ont été posés par la Maison Mamias de Gagny (Seine-et-Oise). En effet, l'abbé Farcet a fait électrifier une cloche avec adjonction du dispositif d’Angélus automatique : merveilleux mécanisme qui frappe la cloche pour les tintements et les glas. Un moteur électrique avec chaîne et roue dentée qui la met en volée. Une pendule régulatrice qui déclenche automatiquement la sonnerie, sans qu'on aie besoin de s`en occuper. Les messes et les glas sur deux cloches, sont sonnés également à l'électricité.

En attendant des jours meilleurs, les trois autres cloches continuent d'être sonnées à la main: ce à quoi s’emploie avec beaucoup de talent M. Germain Roy notre « sonneur ».

Les cloches, elles ont urne grande place dans la littérature et dans les arts. Les écrivains les ont célébrées, les grands musiciens les ont chantées. N'ont-elles pas dans leur bronze, de quoi inspirer les plus grands talents ? Elles sont populaires, on les aime. Elles ont aussi sonné la Victoire.


Source :  journal « La nouvelle République » du 22 avril 1949. Le texte numérise de ce document tiré des Archives départementales de l’Indre est publié avec l’autorisation de M. du Pouget, directeur des archives et du patrimoine historique de l’Indre
1 :erreur de datation dans l’article : 1831, corrigée dans le présent texte en ajoutant le chiffre romain V , il faut lire 1836 comme sur la photo du clocher
2 C. M. G. : Charles Maurice Guillaume Bozon de Talleyrand-Périgord
3 Mme R.E.P. de Castellane : Rachel-Pauline-Elisabeth, belle mère du précédent,
4 1643 :erreur de datation : à défaut de pouvoir vérifier, la date plausible devrait être 1843 le 8 remplaçant le 6 :
5 L. N. Talleyrand-Périgord, Louis-Napoléon, père du précédent.
6 Camille Louis G. H." = plutôt  Marie-Pierre-Camille-Louis-Hélie (le grand père d'Anna de Bagneux)
7. Mme J. M. F de Talleyrand-Périgord = Jeanne- Marguerite-Françoise" qui était née Seillière et arrière-grand-mère d’Anna de Bagneux.
Les prénoms en entier des parrains et marraines ont été identifiés par M.André Beau, président d’honneur de l’association Les Amis de Talleyrand
La fonderie de cloches Bollée qui a fondu ces quatre cloches a été créée en 1715, elle existe toujours et est installée à Orléans (voir les nombreuses références sur internet).
Ce document est un complément à l’article décrivant sur le présent site un parcours dans la ville de Valençay à la recherche des traces laissées par Talleyrand   

novembre 2008