Quand le prince de Talleyrand transformait l’or… en bronze : les bronzes d’ornement du château de Valençay

Marc du POUGET *

« Valençay a cela de remarquable que, malgré la grandeur et la noblesse sévère du château, rien n’y est triste, rien n’y est sombre », a dit la duchesse de Dino, nièce et égérie du prince de Talleyrand. Après plus de deux siècles, il est vraisemblable que Talleyrand ne serait pas dépaysé s’il revenait dans le château qu’il avait acheté en 1803 pour satisfaire au désir du Premier Consul Bonaparte : « Il faut de grandes maisons pour les gens qui occupent de grands emplois ».

En effet, le Conseil général de l’Indre et la ville de Valençay acquirent le château en 1979 avec une grande partie de son mobilier d’origine. On ne s’étonnera pas d’y trouver des pièces d’exception : « mobilier très riche, des marbres, des tableaux, des gravures, une bibliothèque de dix mille volumes », digne des grands châteaux anglais, notait un visiteur en 1826.

Meublé pour les princes d’Espagne en résidence forcée à Valençay, puis pour la gloire de la maison de Talleyrand-Périgord et la renommée du ministre, le château offre au visiteur attentif des demi-reliefs en bronze doré délicatement fondus, le plus souvent plaqués sur l’acajou des meubles ou le marbre des gaines (socles de sculptures), mais aussi sur des pendules, candélabres, lustres ou appliques. Tout un univers décoratif, inspiré de l’Antiquité, étincelle sur le mobilier Empire offert à la visite.

Les personnages

Les divinités d’abord, car la mode est à l’Antiquité, et il n’est pas d’éducation sans Homère et Virgile. On peut ainsi voir dans le grand salon, sur l’abattant d’un secrétaire, Hébé, fille de Jupiter, baignant son frère Arès après un combat de la guerre de Troie, suivant le chant V de l’Iliade d’Homère. On la retrouvera dans la chambre consacrée au souvenir de Talleyrand sur une pendule où elle tient le vase d’ambroisie dont s’abreuvent les dieux.

Plus langoureuse, Vénus est étendue sur un coquillage – elle est née de la mer - tiré par deux cygnes, tandis que non loin, Cupidon décoche une flèche amoureuse du haut de son char qu’entraîne un cortège de papillons. On le voit aussi bandant son arc derrière la vigne de Bacchus : le vin n’est-il pas propice aux égarements de l’amour ? On retrouve encore l’espiègle enfant jouant de la lyre au sommet d’une pendule.

Les Heures ou Saisons sont représentées sur des pieds de meuble avec leurs attributs : le Printemps porte une corbeille et arrose son jardin ; l’été moissonne les blés, l’automne vendange, l’hiver se chauffe au foyer près d’un tronc dénudé.

Sous le rebord en marbre d’un guéridon, deux dryades, femmes ailées à la partie inférieure terminée en arabesque végétale, offrent une libation sur un autel. Sur chaque pied du guéridon sont plaqués une tête de l’Égypte antique avec le caducée, emblème d’Hermès (sans doute Hermès Trismégiste l’Égyptien).

Sur les gaines de marbre des statues du rez-de-chaussée, des médaillons, tous différents, évoquent Phébus, dieu du soleil, mais aussi, par des visages de profil, des déesses ou mortelles portant diadème, casque ou couronne de fleurs.

Les animaux

L’aigle de Jupiter, déploie ses ailes au-dessus d’une pendule ; il est, comme l’abeille, un des emblèmes de l’Empire.

Le cygne, oiseau de Vénus, ondule de son cou gracieux ou boit à une coupe.

Le griffon, animal fantastique à la tête de coq, aux ailes d’aigle et au corps de lion, a les pattes arrière remplacées par des arabesques de feuillages, de fleurs et de fruits : il monte la garde dans la chambre du Roi.

Un lion semble sortir d’un meuble aux lignes droites et massives, n’ayez pas peur, ce n’est qu’un meuble dit « à pieds griffe ».

Les végétaux

Une végétation luxuriante, mais ordonnée, grimpe sur le mobilier Empire : couronnes de laurier, parfois mêlée de vigne, feuilles d’acanthe, cornes d’abondance d’où jaillissent des bouquets, palmettes, rehaussent l’élégance des meubles auxquels elles appartiennent.

Les objets

Empruntés à l’antique, ce sont l’urne, le carquois ou la lyre.

Nous pouvons voir que la référence constante à l’Antiquité n’a pas desséché l’inspiration des créateurs : les ciseleurs (plusieurs de nos bronzes sont dûs à Pierre Philippe Thomire,1751-1843) ont su retrouver la fantaisie et la verve du gothique ou de la Renaissance.

 

*Marc du POUGET

Directeur des Archives départementales

et du Patrimoine historique de l'Indre

http://archives.cyberindre.org