Talleyrand à Juniper Hall

C’est sans doute  dans le salon de Juniper Hall aux murs et au plafond encore décorés des délicats motifs floraux d’origine et dans le parc où les deux cèdres du Liban plantés en 1780 existent toujours que l’on peut le mieux imaginer la présence de  Talleyrand.

Au cours de son premier séjour en Angleterre, Talleyrand qui habitait à Londres, vint en effet souvent rendre visite à un groupe d’émigrés français réunis à Juniper Hall autour de Mme de Staël qui séjourna dans ces lieux de janvier au 25 mai 1793. Outre Talleyrand, on rencontrait au sein de cette aimable société,  le duc de Liancourt, Narbonne, Mathieu de Montmorency, de Jaucourt et le général Alexandre d’Arblay, ancien aide de camp de Lafayette ; ils avaient pris l’habitude de se retrouver dans ce calme oasis campagnard du Surrey, proche du village de Mickleham, à une quarantaine de km de Londres.

Le Livre de Constance Hill Juniper Hall: A Rendevous of Certain Illustrious Personages during the French Revolution Including Alexandre D'Arblay and Fanny Burney , paru en 1904 et disponible maintenant sur internet, relate d’une manière très vivante la vie de ces émigrés auxquels s’étaient joints quelques amis anglais du voisinage. Il évoque le charme de la conversation et les manières policées de ce « salon » français sur le sol anglais où s’exprimait « toute la vigueur de la liberté et toute la grâce de la politesse ancienne »." L’auteur se plaît à illustrer le charme de cette conversation en rapportant (chapitre XIII) quelques-uns des propos, en général peu amènes, que Talleyrand émettait à l’attention de Mme Staël, l’animatrice de ce salon.

Une aquarelle, que l’on dit, peinte par Alexandre d’Arblay illustre à merveille, le charme bucolique de ce lieu. Talleyrand, assis, pointe sa canne vers la boule à l’attention des deux joueurs tandis qu’à l’ombre d’un bel arbre devisent tranquillement des messieurs qui entourent quelques dames.

De ces liens d’amitié entre Français et Anglais découla une idylle entre la romancière et mémorialiste anglaise Fanny Burney et Alexandre d’Arblay. Fanny Burney, malgré les objections de son père, épousa, en juillet 1793, Alexandre d’Arblay dans la petite église de Mickleham (chapitre XVII). On voit sur la droite au fond de l’église un portrait de Fanny d’Arblay et une plaque de cuivre présentant ce mariage avec in fine la mention à la gloire de ce mariage «and never never union was more blessed and félicitous »

A défaut de pouvoir aller à Juniper Hall, parcourir ce livre qu’il est possible d’acheter sur internet est d’un intérêt certain même pour ceux qui maîtrisent mal la langue anglaise car il contient un grand nombre de portraits. On note en particulier : le duc de Liancourt, chap V ; Alexandre d’Arblay, chap VI ; le comte de Narbonne, chap VII ; Fanny Burney, chap VIII ; Mme de Staël, chap XII ; M. de Talleyrand, chap XIII ; l’auberge « Running Horse », chap XIV et l’église à Mickleham, chap XVII.

mai 2007

Pierre Guimbretière