Trois étés à Löbichau 1819-20-21
Drei Sommer in Löbichau

EMILIE VON BINZER
Stuttgart Spemann 1877

Françoise Aubret-Ehnert 


Ce livre de souvenirs, paru en 1877 à Stuttgart chez W. Spemann, a été écrit par Emilie von Binzer en 1872, la fille adoptive de Wilhelmine de Sagan (1781-1839), élevée par elle depuis l’âge de cinq ans en même temps que deux autres « sœurs », Marie, de 4 ans plus jeune et Clara, du même âge qu’Emilie, morte en 1818 en Italie.

Elle était née en 1801, elle a donc 71 ans quand elle se met à écrire. Ce qui l’a décidée, c’est de lire le livre qu’elle avait reçu en Styrie dans sa maison de campagne, des souvenirs de Gustav von Parthey, son ami de jeunesse. Le ton est parfois teinté de naïveté - à l’époque, trop jeune, elle n’était pas mise au courant des intrigues et des machinations politiques - de beaucoup d’humour quand elle fait le portrait des personnes qu’elle a connues et aussi de beaucoup de nationalisme. Elle écrit en 1872, c’est à dire juste après la guerre franco-allemande et la défaite de Napoléon III. On y trouve de nombreuses remarques anti-françaises, surtout quand elle parle de la pauvre Dorothée de Talleyrand-Périgord, jeune sœur de sa mère adoptive, livrée sans défense en mariage à ce français, neveu de Talleyrand, en plus un catholique ! et en pleine époque des guerres napoléoniennes ! heureusement, ajoute-t-elle, Dorothée est redevenue bonne allemande après la mort de M. de Talleyrand en rejoignant sa patrie, Sagan en Silésie.

Elle-même est avant tout une bonne allemande, protestante et patriote et elle le proclame souvent avec des citations de poètes allemands.
 

Emilie en famille

Emilie Gerschau était la fille du fils adoptif, (certains disent du fils naturel) de Pierre Biron, duc de Courlande, Gerschau, d’un an et demi plus âgé que Wilhelmine, donc né en 1779, que le duc avait emmené avec lui à Berlin quand il avait dû quitter la Courlande et qu’il avait fait élever à l’académie militaire de Berlin. A la mort du duc, en 1800, il eut le même tuteur que les filles du duc, le poète von Gocklingk et  celui-ci trouva commode de le déclarer majeur en même temps que ses pupilles, majeures par leur mariage. Il hérita d’une belle somme, se maria à 21 ans avec une jeune fille pauvre de 15 ans, fréquenta la société et la maison du prince prussien Louis Ferdinand « qui n’avait rien d’une école pour jeunes gens, » dit Emilie. On y jouait en effet beaucoup d’argent et les deux jeunes gens firent tant et si bien qu’ils dilapidèrent au jeu l’héritage et qu’en 1806, ils n‘avaient plus rien. Ils repartirent en Courlande, qui faisait depuis 1796 partie de la Russie, avec deux de leurs enfants nés après Emilie pour se refaire une existence et laissèrent Emilie à Wilhelmine. Il semble qu’à l’époque, c’était chose courante.

Elle épousa le 22 juin 1822 à Sagan un docteur en philosophie, un intellectuel donc, chanteur et barbu, von Binzer que l’on avait fait venir d’Altenburg à Löbichau pour chanter! Il avait une très belle voix de ténor, il appartenait à ces corporations estudiantines qui effrayaient tant l’aristocratie, organisaient des fêtes à la Wartburg et jouèrent un si grand rôle en 1848. Mais l’amour est aveugle et Emilie en fait un portrait touchant 50 ans après. Il était d’une beauté éblouissante, brun, avait une belle barbe et des dents blanches superbes, originaire de Kiel en Schleswig-Holstein, il parlait le dialecte des gens du nord. Il plut aussi à Wilhelmine et elle ne fit aucune difficulté pour autoriser leur mariage qui fut heureux. Elle ne parle pas de sa famille, sinon qu’elle a eu une fille. Emilie reproduit une lettre de Wilhelmine à ses propres parents pour leur faire part de l’évènement et demander leur consentement, ce qu’ils firent sans difficultés. Elle reçut une dot de Wilhelmine, car le fiancé n’avait pas de fortune.

La duchesse Wilhelmine de Sagan donnait une très bonne éducation à ses pupilles et de bons préceptes, comme celui qui leur interdisait de s’ennuyer! Elles avaient un professeur de dessin, de musique et étaient de bons partis pour les jeunes gens de bonne famille. Emilie raconte que la tante Elisa von der Recke, sœur de la duchesse de Courlande, marieuse impénitente voulait absolument qu’elle se marie à un Courlandais. Son refus vexa longtemps les milieux courlandais et lui fit une réputation de forte tête.

On constate que le seul souci des parents des filles de l’époque était de les marier au plus vite. Les mariages réussissaient ou non, les femmes avaient de nombreux enfants qui mouraient souvent en bas-âge et  elles-mêmes mouraient souvent en couches.
 

La duchesse de Courlande

Emilie parle longuement de la duchesse Anna-Dorothéa de Courlande, née le 3 février 1761 dans une  vieille famille noble, les Medem, descendants de Konrad von Medem, chevalier de l’Ordre Teutonique qui construisit Mitau en 1272. Elle épousa à 18 ans Pierre de Courlande, déjà divorcé deux fois et âgé de 55 ans qui l’avait connue quand elle avait 7 ans et l’avait déjà remarquée. Elle n’était pas très grande, sa peau était fine et blanche et elle se fardait et teignait ses cheveux en noir, ce qui contrastait avec son visage blanc, elle avait les yeux noirs et elle plaisait le plus à Emilie le matin sous son bonnet de nuit et sans fards. Elle était d’une grande beauté et gagnait tous les cœurs par sa bonté, sa grâce et sa gaieté. En cela, elle ne fait que confirmer tous les témoignages qu’on possède sur la duchesse.

Louise de Prusse-Radziwill écrit en Français dans ses souvenirs:  « Le vieux duc de Courlande et sa jolie épouse passèrent par Berlin pour aller en Italie. La jeune duchesse, charmante, d’une conduite irréprochable, opposait à son mari, d’un caractère dur et désagréable, une douceur, une patience qui lui valaient l’intérêt de tout le monde. Elle obtint même l’approbation de ma mère qui était très difficile. Elle me permit de la voir souvent. La Duchesse me combla de prévenances et je fus très flattée d’avoir pour  amie une personne de cet âge. Elle avait alors 25 ans. » Et plus loin: » La duchesse de Courlande avait beaucoup de succès, surtout auprès des Français. Elle me parut plus sensible qu’autrefois aux hommages qu’on lui rendait. Le duc, jaloux et plus intraitable que jamais, ne dissimulait pas sa mauvaise humeur. Il lui arriva plus d’une fois de faire lever sa femme de la partie de jeu ou de quitter le salon sans alléguer d’autres raisons que celles qu’il lui donnait en patois courlandais. Elle n’y opposait du reste aucune résistance et on admirait sa douceur et sa résignation. »

Elle était très populaire, (je traduis ) « plus que  ses filles qui étaient charmantes quand elles voulaient, elle, elle voulait toujours, et se montrait la même avec les têtes couronnées comme avec les paysans de son entourage. On l’appelait Titania, elfe et reine des fées, mais elle n’en tirait aucune vanité et ne se montrait pas ennuyée par ces hommages. » Angelika Kaufmann fit son portrait en 1785 à Rome. Elle dit aussi combien elle admirait Bonaparte et qu’elle s’était exclamée: « Cet homme, je pourrais l’épouser » Emilie poursuit en disant: » Cette erreur de son esprit, à savoir son admiration pour Napoléon l’amena à en commettre une deuxième, à savoir l’amitié et la vénération qu’elle avait pour Talleyrand …La duchesse était soumise a la fascination qu’il exerçait et c’était un grand malheur pour ceux que ça touchait. C’est ce qui fit que les liens avec ses filles se relâchèrent.» Et plus loin, elle ajoute: « Dans le fond  elle n’était pas allemande et n’avait pas de raison profonde de haïr les Français comme ceux qui avaient eu leur patrie déchirée et pompée (abgesaugt)….Elle n’était pas non plus une femme qui avait un regard pénétrant (eine tiefen Blick)»

Il faut savoir que la duchesse de Courlande n’avait pas pu être marraine de sa petite-fille, Pauline, à Paris en 1820, ce qui l’avait rendue malade, les autorités catholiques d’alors lui ayant refusé cette fonction parce qu’elle était protestante. Ce qui explique qu' Emilie évoque souvent la différence de religions. On sent très bien dans ce passage la haine des Français et le nationalisme d’Emilie, mais on peut bien comprendre ces sentiments de la part de ceux qui avaient connu les guerres de Napoléon et l’invasion de leur patrie par les armées de Napoléon.

L’été 1821 fut le dernier pour la duchesse de Courlande puisqu’elle mourut le 21 août 1821 à Löbichau et Emilie raconte cette mort qui l’avait beaucoup touchée, comme tous ceux qui l’avaient connue.
Talleyrand écrit à son ami Dalberg, le 1er novembre: » J’aurois été bien fâché, mon cher Dalberg, de ne pas recevoir une marque d’amitié de vous, au moment où j’épreuve la plus grande peine de ma vie, je vous remercie de votre lettre, je n’aurois jamais porté mon esprit sur l’idée que je survivrois à cette pauvre duchesse : j’esperois qu’elle me fermeroit les yeux. C’étoit un ange de douceur et de bonté: je la regretterai jusqu'à ma dernière heure… » (publié par E. Ernst . P. Lang , Francfort)
 

Le duc Pierre de Courlande et l’histoire du duché de Courlande

Emilie fait aussi un récit de l’histoire du duché de Courlande et de la vie du duc Pierre de Courlande d’après un texte qu’avait écrit sa mère Wilhelmine à la demande d’un Italien de Bologne qui ne savait plus qui était ce Pierre de Courlande dont le buste se trouvait à l’Académie des Beaux-Arts de Bologne. Elle parle de lui en termes plus élogieux que certains, en particulier elle attaque fortement le portrait négatif qu’en avait fait A. von Sternberg dans son livre sur la duchesse en 1859. Wilhelmine était la fille préférée du duc qu’elle adorait, il n’est donc pas étonnant que le portrait ne soit pas tout à fait objectif.

Le duc Pierre, né le 13 février 1724 avait Pierre le Grand comme parrain, il avait 16 ans quand le malheur s’abattit sur toute sa famille qui fut déportée pendant 21 ans en Sibérie. Il avait bénéficié d’une excellente éducation, aimait les arts et parlait outre sa langue maternelle, le dialecte allemand, le français, le hollandais, le russe, le polonais et le letton. Il continua de se former pendant toutes ces années de réclusion.
Il était de taille moyenne, avait les yeux noirs, une petite bouche, un long nez, un corps bien fait et de belles mains, il était si fort qu’il pouvait plier avec ses mains un ducat en forme de tricorne.
C’était un grand séducteur, on se rappelle que le père d’ Emilie était un fils naturel du duc, il y en eut d’autres. Une parente d’une fille séduite par lui raconte: » C’était un homme d’une cinquantaine d’années, mais plein de charme, comme s’il avait eu 20 ans de moins et quand il voulait plaire, il était impossible de lui résister. »
L’histoire de la Russie au XVIIIème siècle est marquée par la rivalité de deux femmes, la tsarine Anna, et la tsarine Elisabeth. Quand la maison des comtes de Kettler, d’origine allemande qui avaient gouverné la  Courlande se fut éteinte, Jean Ernest Biron, Allemand des pays baltes fut choisi pour être duc de Courlande (1730). Il se trouvait à ce moment-là en Russie avec la tsarine Anna dont il était le favori. En 1740, elle désigna son neveu, le malheureux Empereur Ivan comme son successeur, mais comme celui-ci n’avait qu’un an quand elle mourut, le duc Johann Ernest Biron devint son tuteur et le régent de la Russie. La mère d’Ivan réussit à se faire nommer régente et à bannir le duc avec toute sa famille au nord de la Sibérie, à Pelim où ils vécurent dans le froid le plus terrible pendant une année épouvantable comme prisonniers de la terrible régente. Puis la roue tourna: la tsarine Elisabeth, fille de Pierre 1er s’empara du trône, envoya sa rivale en Sibérie, fit jeter son fils Ivan en prison, et fit rappeler tous les bannis. Plus tard, Catherine de Russie fit mettre à mort Ivan. Quand le duc et les siens arrivèrent  à Jaroslaw, toujours en Sibérie, ils trouvèrent un contre-ordre de la tsarine et furent retenus encore vingt années dans l’arbitraire complet, car ils n’étaient pas Russes, leur duché étant indépendant de la couronne de Pologne annexée par la suite par la Russie.
Finalement, c’est Pierre III qui invita toute la famille à Saint-Petersbourg, mais il n’était toujours pas question de retour en Courlande. C’est seulement à la mort de Pierre III qu’il retournèrent dans leur pays qu’ils trouvèrent dans un état épouvantable. Les Suédois l’avaient dévasté, la Russie l’avait mis sous séquestre et le roi de Pologne, pensant que la famille de Biron ne reviendrait jamais, avait fait élire son fils, le prince Charles de Saxe comme duc de Courlande par les chevaliers-électeurs. Le duc Jean Ernest envoya son fils Pierre en Pologne pour rétablir des contacts, celui-ci continua son voyage en Allemagne où il épousa une princesse de Waldeck, dont il eut un fils qui mourut en bas-âge. Elle était malade, alla se faire soigner à Lausanne et il divorça.
Le duc Pierre fut nommé régent de Courlande par son père en 1769 et il entreprit de remettre le pays en ordre: il fit venir des architectes italiens, il fit reconstruire les châteaux, fonda une Académie des sciences et fit venir des savants. Il aimait les arts et était un mécène éclairé.
En 1774, après la mort de son père, il se remaria avec une princesse Youssoupoff qui retourna peu de temps après le mariage d’où elle était venue, à Saint-Pétersbourg. Deuxième divorce. En 1779, il épousa Anna Dorothea de Médem. Il avait 55 ans, elle 18. Il était une force de la  nature, un séducteur et sa femme l’adorait. En 1785, ils voyagèrent en Prusse, visitèrent toutes les cours allemandes, puis en Italie où il fonda une bourse d’études pour les artistes à Bologne et ils revinrent par la Hollande pour saluer la maison d’Orange. Leur voyage dura un an. Mais déjà se dessinaient les menaces de la Russie de Catherine II attirée par la province de Courlande et ses débouchés sur la Baltique. En 1790, la  duchesse, envoyée par son époux qui ne voulait pas quitter la Courlande à cause des dissensions et des intrigues des chevaliers alla plaider leur cause à Varsovie auprès du roi de Pologne,  mais en vain. C’est à ce moment qu’elle rencontra Batowski. Les menaces se faisant plus claires de la part de la Russie, et malgré l’opposition des Courlandais, le duc dut se résigner à céder son duché à la Russie qui le  lui acheta en 1796 contre beaucoup d’argent et un douaire pour sa femme.
Emilie dit qu’il aurait pu peut-être faire autrement, avoir le même statut que la Pologne s’il avait été moins dominé par ses passions et avait eu moins d’antipathie pour son frère. Le comte russe Ouvaroff avait dit: » Je ne vois dans toute cette affaire qu’une noblesse révoltée et un duc fou. »
Pas si fou que ça ! Il avait eu la prévoyance d’acheter des propriétés pour ses filles en Silésie et en Bohème, Nachod, Sagan, Ratiborzitz, il avait acheté à Berlin le palais au 7 « Unter den Linden », la plus grande avenue de Berlin, et en 1785 le château baroque de Friedrichsfelde, qui existe toujours, qu’il revendit en 1799, où était née en 1793 sa dernière fille, Dorothée. Le duc Pierre mourut à Gellenau en Silésie, en janvier 1800, d’une angine mal soignée, il aurait pu vivre encore longtemps, car il était d’une forte constitution.
 

Les filles de la duchesse de Courlande

La duchesse de Courlande (1761-1821) avait quatre filles, Wilhelmine de Sagan (1781-1839), mariée et  divorcée trois fois, Pauline de Hohenzollern (1782-1845), Jeanne d’Acerenza (1783-1876) et Dorothée de Talleyrand-Dino-Sagan (1793-1862). Elles étaient de riches héritières tres  courtisées par des prétendants souvent désargentés et cupides et auraient pu faire de beaux mariages d’amour, mais elles avaient eu le malheur de naître à l’époque où les filles étaient mariées par leur famille et ne choisissaient pas leur mari. Ces femmes avaient la beauté et la richesse mais aussi le plus grand malheur, celui de ne pas avoir pour mari l’homme de leur choix et leurs enfants avec elles.

Wilhelmine avait eu du duc d’Armfeld, noble suédois, ami de sa mère, une fille Gustava, dite Vava, née à Hambourg en 1801, donc du même âge qu’Emilie, mais Wilhelmine était à cette époque déjà mariée, on comprend mal pourquoi, à Louis de Rohan, émigré français, dont elle divorça peu après. La naissance resta secrète. La fille fut emmenée en Finlande, alors possession suédoise par son père qui l’éleva et Wilhlemine ne revit jamais sa propre fille. Elle se consola en élevant donc celles des autres, Marie, Emilie et Clara.

Marie était, selon certains, la fille naturelle de Pauline avec l’ex-mari de Wilhelmine, Louis de Rohan. Et Pauline n’avait pas non plus élevé son fils Constantin. Elle avait vécu très peu de temps avec son mari. Jeanne avait eu un enfant avec le musicien qui l’avait enlevée dans sa jeunesse, mais avait dû aussi l’abandonner et l'enfant avait été élevé chez Piattoli, le précepteur de Dorothée, et s’appelait Fritz Piattoli. Elle non plus ne vivait pas en ménage, mais avec sa sœur Pauline. Quant à Dorothée, mariée à Edmond de Talleyrand-Périgord, son mariage fut une catastrophe et elle se sépara de son époux volage et joueur après 9 ans, elle eut quatre enfants, Napoleon-Louis, Dorothée, morte en bas-âge, Alexandre et Pauline. On sait qu’elle avait eu aussi au moins trois filles illégitimes.
Elle raconte que Jeanne élevait Louise Signoret de Villiers, fille d’un français émigré et d’une Anglaise qui avait d’abord appelé sa fille Esther, mais ce nom avait une consonance juive et elle fut rebaptisée Louise. La troisième fille de Wilhelmine, Clara, morte en Italie, était la fille du duc Bressler qui avait connu les mêmes infortunes que le père d’Emilie.  Sa mère était une amie de jeunesse de Wilhelmine et elle lui confia sa fille pour qu’elle lui donne une meilleure éducation.

Les quatre filles de la duchesse sont souvent évoquées, physiquement et moralement, elles étaient belles et bonnes. Elle fait longuement le portrait de Wilhelmine et se dit persuadée que sa mort fut causée par une teinture de cheveux. Sauf Dorothée qui habitait en France et qu’elle avait peu connue, elles vivaient toutes ensemble à Vienne ou à Sagan, Jeanne et Pauline ne se quittaient presque jamais. Elle évoque à la fin du livre Jeanne, très âgée, toujours en bonne constitution. Elle mourra le 11 avril 1876 à 93 ans, âge extraordinaire à l’époque, sans avoir revu Bismarck ce qu’elle souhaitait le plus. Elle était très anti-française. C’est elle qui avait hérité du château qui passa ensuite dans la famille Biron. Elle avait connu Goethe à Carlsbad et le brigand Schinderhannes à Mayence.
 

La vie de château

La duchesse de Courlande avait acheté Löbichau en 1796 et y venait régulièrement les étés, elle avait fait construire un petit château en style italien, Tannenfelde, près de Löbichau. Elle passait les hivers à Berlin. C’est á sa demande que Wilhelmine vint passer les étés 1819, 1820 et 1821 avec ses deux filles, Emilie avait 18 ans et Marie 14 ans. Il se trouvait beaucoup de monde à Löbichau, de nombreux Courlandais rendaient visite à leur duchesse qui était très populaire en Courlande. Elle était très accueillante et sa demeure était toujours pleine de monde. Elle parle de 100 lits préparés pour les visiteurs.

Elle fait une longue description de Löbichau à cette époque, elle trouve le château, plutôt une grosse villa, très mal construite dans un vallon qui manque d’air, trop ombragé par les arbres du parc, humide et sombre, mal conçu par un architecte incapable et mal adapté aux besoins d’une nombreuse maisonnée, trop étroit et trop long, avec des escaliers étroits et raides. L’intérieur est, bien sûr, bien aménagé, avec des objets d’art, d’innombrables services de porcelaine, une coupe sur trois pieds dont  la reine Louise  avait fait cadeau a la duchesse de Courlande, des rideaux damassés, des portraits de famille ainsi que ceux des quatre sœurs de Courlande. Elle raconte la vie au château, on faisait de la musique avec les musiciens d’Altenburg, on jouait des pièces de théâtre et l’on recevait tout ce monde.

Elle décrit aussi le petit château de Tannenfelde où sont logées les filles de la duchesse et leurs enfants  ainsi que les cousins, fils du comte Medem, frère de la duchesse de Courlande, Pierre et Paul. Le château était plein de vie et de jeux d’enfants, il avait un escalier extérieur qui ressemblait à une échelle pleine d’anges des deux sexes ! Elle raconte que le plat préféré des enfants était un plat introduit par les Courlandais« le pansch »une purée de pommes de terres avec de la moutarde et des œufs. C’est là qu’Emilie apprend de sa tante Pauline le remariage de sa mère adoptive avec le comte de Schulenburg. Le remariage eut lieu à Löbichau et l’union dura sept ans. Elle raconte ses craintes devant le futur beau-père avec lequel elle devrait vivre aussi à Sagan. Il essaya de lui trouver un mari, sans succès.

Elle parle aussi du château de Sagan et de la vie au château, on y faisait aussi du théâtre et de la musique.  La bibliothèque du château, mise à mal par les Français pendant la guerre de 7 ans, avait besoin d’être remise en état, aussi Wilhelmine engagea le poète Schink comme bibliothécaire pour y remettre de l’ordre. Il y avait un cuisinier français, M.Auguste. Elle décrit les nombreux objets d‘art et tableaux qui se trouvaient au château et qui ont aujourd’hui disparu. Il  y avait une longue galerie ornée de statues de plâtre que le duc avait ramenées d’Italie, de belles copies en marbre de bustes et de statues  romaines, et la galerie aussi bien que le château étaient ornées de tableaux, des originaux et des copies. De nombreux artistes ont dû vivre  longtemps avec les commandes du duc. Elle cite des noms tels que Dominichino, Rubens, Wouverman, Bergheim, Potter, Van Dyk et Graff . De Rembrandt un portrait du comte Brassier de St Simon et une représentation de Jésus enfant