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La duchesse de Courlande invite l’écrivain Johann Paul Friedrich Richter, à Löbichau où il traite un fromage de crotte de chat

Un livre récemment paru

Francoise Aubret-Ehnert



Les lectrices et lecteurs de ce site connaissent le lieu et le château de Löbichau, en Thuringe (Allemagne de l’est) par quelques articles (voir sur le site à lieux !) et évidemment grâce à leur connaissances des biographies de Dorothea de Courlande, de sa demi-sœur Elisa von der Recke et de ses quatre filles, surtout de la duchesse de Dino, en relation avec la vie et l’œuvre de Talleyrand.

Ils savent aussi que le petit village de Löbichau qu on nomme avec mépris un  trou perdu dans le texte que je veux présenter ici, est, au 19ème siècle, un « centre des muses » européen. « Jean Paul », (Johann Paul Friedrich Richter  1763-1825), il est vrai, l’appelle « une gentille résidence d’été, avec un toit  à l’italienne ». Peut être sa gentillesse à lui, en le caractérisant ainsi, veut dire que le château est vraiment capable d’héberger les badineries de cette société noble du « Biedermeier » allemand – sans plus. Ce qu’on peut voir encore aujourd’hui et heureusement à nouveau, après la chute du mur (photo), est une maison noble qu’on peut s’imaginer, en l’an 1813, bien entretenue (aujourd’hui elle est tellement délabrée que l’on ne la reconnaît guère), rajoutée à un domaine seigneurial  et surnommé « château ». C’est le cas aussi du « château » de Tannefeld tout proche qui faisait partie de la propriété. Ce que nous voyons aujourd’hui, nous l’appellerions peut être une villa (pareillement presque abandonnée). Le bâtiment d’aujourd’hui est presque deux fois aussi grand qu’à l’époque, puisqu’on a rajouté au début du 20.ème siècle une deuxième aile, entièrement identique à la première.

Héberger dans ces bâtiments jusqu’à 300 personnes que la duchesse invitait quelques fois était évidemment impossible. Ainsi  Goethe et les autres campaient, avec leurs serviteurs, sous des tentes dans le parc. Ce n’était probablement pas le cas de l’écrivain fameux Jean Paul que la duchesse invita en 1813 à passer l’été avec elle. Il logea très probablement dans le château.

Il y a une notice de ce séjour et trois témoignages dans les » mélanges » de Jean Paul. Peter Schönhoff, un écrivain, dessinateur, graveur allemand, Thuringeois, a transformé cela en un récit savoureux et étonnant de presque 15 pages. On ne sait pas comment décrire ce texte. C’est aussi une caricature, puisqu’il sait parfaitement imiter le style baroque de Jean Paul. C’est aussi une petite farce gentille, une pièce de genre  sur le « Biedermeier » à la manière de Spitzweg. Cela n’a aucune importance, c’est le texte de Peter Schönhoff.
Johann Paul Friedrich Richter, le poète excentrique de Bayreuth, récite à la cour de Löbichau son roman « La cure d’été du Dr. Katzenberger » (= Montagne de chats). On reconnaît le style de Jean Paul quand il est emmené par Pégase en face d’un fromage noir qu’on offre à cette société et qui cause des vents bien forts au poète Tiedge, le bien-aimé d’Elisa von der Recke : lisant le « Dr. Montagne de chat », il surnomme le fromage « crotte de chat » et insiste pour en apprendre la recette. Le prêtre d’un village du voisinage qui l’a commandé se sent obligé de faire venir le producteur, un paysan qui vient avec une cruche en terre. Dedans, il y a des vapeurs mystérieuses. On se sert de microscopes  et découvre que de dégouttantes petites araignées transforment le fromage blanc au cumin en ce fromage délicieux, c’est le tyroglyphus casei, des acariens*.

En y repensant, couché dans l’herbe du parc de Löbichau, Jean Paul, observant un scarabée qui essaie vainement de s’envoler, conclut - le macrocosme est inclus dans la moindre goutte d’eau : « Finalement, chaque être est seul dans le monde et doit essayer de devenir heureux à sa façon ».
L’auteur a illustré son texte de dix dessins très fins qui illustrent parfaitement l’atmosphère excentrique de cette société noble, riche, indépendante malgré la restauration. **

Dans le musée du château fort de Posterstein, tout près de Löbichau, Klaus Hofmann, le directeur  a organisé une exposition multiforme : « DREI » Textile Grafik – Handzeichnungen – Radierungen. Ursula Schönhoff, Peter Schönhoff, Andreas Schönhoff. 3. November 2002 – 5. Januar 2003 im Museum Burg (www.burg-posterstein.de) (« TROIS », graphique textile – dessins – eaux fortes…)

Pour cette exposition, il y a un « catalogue-livre » : Löbichauer Sommer. Impressionen aus dem Musenhof der Herzogin von Kurland von Peter Schönhoff und Klaus Hofmann. 32 pages. (link)  (Eté à Löbichau. Impressions de la cour des muses de la duchesse de Courlande.)

Il est enrichi d’illustrations historiques, et Klaus Hofmann y a contribué par une « postface à Peter Schönhoff » avec une courte biographie, trois pages sur « Jean Paul à Löbichau » et une description de « La Cour des Muses de la Duchesse de Courlande à Löbichau ».

* Est-ce que les  lectrices et les lecteurs savent ce que c’est véritablement le « miel » des sapins ?
** Les Courlande étaient visiblement suffisamment indépendantes du régime de Metternich et de là Restauration. En Westphalie, une des plus grandes poétesses de la langue allemande, Annette von Droste-Hülshoff, en souffrit terriblement, bien que noble et financièrement indépendante. Un de ses plus fameux poèmes « Sur la tour » en parle. Il faudrait peut être considérer l’histoire de la duchesse de Sagan un jour sous cet angle et en contraste avec son entourage.