Les demeures parisiennes de Talleyrand


        Ce document extrait du compte-rendu des « Journées parisiennes du patrimoine Talleyrand et Assemblée générale – Paris, 12, 13 et 14 octobre 2001 » établi par Jacques Bozzi (voir partie accueil) est divisé en deux parties: la conférence sur les résidences de Talleyrand à Paris que Philippe Maillard a présentée le 12 octobre au cours de l’assemblée générale tenue à l’Hôtel Talleyrand rue  Saint Florentin et les visites, commentées par Philippe Maillard également, des principaux de ces Hôtels. La conférence, et le compte-rendu de ces promenades accompagné de photos (liens hypertextes) permettent de s’imprégner de la vie parisienne de Talleyrand et quasiment se mettre dans ses pas.

La conférence

        Cette intéressante conférence de Philippe Maillard sur les demeures parisiennes de Talleyrand. fera l’objet ultérieurement d’une publication intégrale par ses soins et l’on se bornera donc ici à mentionner quelques points saillants.
        En premier lieu, Philippe Maillard a souligné l’enracinement éminemment parisien de Talleyrand et de sa famille. Il a aussi précisé que les plaintes répétées de Talleyrand au sujet de son abandon ou de son rejet par sa famille étaient sans doute injustifiées et ne reflétaient probablement que son aigreur d’avoir été déchu de son droit d’aînesse en raison de son infirmité. Talleyrand, à Paris, a toujours habité près de sa famille, de ses parents ou de son frère Archambaud.
        Après ce préalable, Philippe Maillard nous a présenté un panorama chronologique des lieux de vie et plus tard du patrimoine étonnant amassé par Talleyrand à Paris et en Ile-de-France. Né en 1754 rue Garancière, il est ensuite resté en nourrice, dans un faubourg de Paris, jusqu’à l’âge d’environ 3 ans. Pensionnaire au Collège d’Harcourt vers 1762 (actuel lycée Louis le Grand), on le trouve ensuite 5 ans (de 1770 à 1775) au grand séminaire de Saint-Sulpice, détruit par la suite pour dégager la façade de l’église du même nom. Il a ensuite fait des études de théologie à la Sorbonne. Son premier logement indépendant sera le Pavillon de Bellechasse, rue Saint-Dominique. En 1789, il ira brièvement habiter à Versailles pour le début des Etats Généraux mais reviendra la même année à Paris où il louera l’Hôtel Bochart de Saron jusqu’en 1792. Il partira ensuite en Angleterre puis aux Etats-Unis d’Amérique, jusqu’en 1796, grâce à un passeport délivré par Danton, ce qui lui évitera la qualité d’exilé ! A son retour, il loge d’abord à Auteuil avant de s’installer à l’Hôtel de Galliffet en juillet 1797. En 1800, il passe sur la rive droite et s’installe à l’Hôtel de Créqui, rue d’Anjou, détruit par la suite. En 1808, retour rive gauche pour habiter l’Hôtel de Matignon-Monaco jusqu’en 1812 avant d’acheter l’Hôtel de la rue Saint-Florentin et de s’y installer.
        Philippe Maillard a enfin présenté l’état impressionnant de son patrimoine immobilier à cette époque non seulement à Paris mais aussi dans la région avec ses nombreuses résidences secondaires, en France et à l’étranger.
 

La visite des principales demeures

        Le premier rendez-vous de ces promenades parisiennes était fixé le vendredi 12 octobre à l’Hôtel de Galliffet. Abritant actuellement les services culturels de l’Ambassade d’Italie, Talleyrand s’y est installé en 1797 lorsqu’il a été nommé ministre des Relations extérieures en remplacement de Charles Delacroix et sans doute un peu sur l’intervention de Madame de Staël. Etroitement imbriqué dans le tissu urbain, cet édifice a perdu un peu de son lustre mais il garde le charme d’un beau jardin sur lequel donne toujours le bureau qu’occupait Talleyrand. C’est dans ce cadre qu’il a donné une fête mémorable, dédiée officiellement à Joséphine, mais en réalité en hommage à Bonaparte après son retour victorieux d’Italie. Philippe Maillard nous en a conté les fastes et compté les frais !. Point de départ de sa riche carrière diplomatique, cet endroit était tout désigné pour ouvrir symboliquement le parcours d’une promenade faisant le tour de quelques uns des lieux où Talleyrand et sa famille ont vécu.

        Les jalons suivants  ramènent chronologiquement en arrière sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse avec l’emplacement du Pavillon de Bellechasse, puis l’Hôtel de Périgord où résida son frère Archambaud et l’Hôtel Amelot de Gournay, actuelle Ambassade du Paraguay. Ce beau bâtiment, dont la cour ovale ouvre sur le boulevard Saint-Germain, a conservé son unité architecturale. La visite s’est poursuivie par une incursion dans l’hôtel mitoyen qui abrite actuellement la Maison de l’Amérique latine. Son superbe jardin, qui communique avec celui de l’Hôtel Amelot de Gournay, illuminé par un soleil chaud et inattendu en octobre, fait rêver.

        La station suivante fait découvrir la cour et l’escalier de l’Hôtel Bochart de Saron que Talleyrand a loué de 1789 à 1792, et qui abrite maintenant la prestigieuse maison d’édition Gallimard. La tentation de voir le jardin et la folie du XVIIIe au fond de celui-ci a conduit les intrépides à se faufiler par les caves pour les voir. Quelle récompense de découvrir cette oasis de calme et de beauté dans l’univers minéral de ce quartier de Paris !

        La promenade devait se terminer symboliquement par la Rue de Talleyrand, percée plus tard il est vrai.

        Le point final de cette journée allait être ajouté par la visite impromptue de la cour de l’Hôtel de Monaco-Sagan qui abrite actuellement l’Ambassade de Pologne. C’est dans cet Hôtel qu’a été tourné le film « Le souper » racontant la rencontre de Talleyrand et Fouché début juillet 1815.

        Le samedi matin 13 octobre, le rendez-vous annuel avait été prévu dans le prestigieux Hôtel Talleyrand, 2 rue Saint-Florentin, qui appartient maintenant aux Etats-Unis d’Amérique. Talleyrand s’y était installé en avril 1812 et y a reçu les plus grandes personnalités françaises et étrangères. C’est là qu’il va s’éteindre, à l’âge de 84 ans.
 

        La conférence de Philippe Maillard a été une excellente introduction à la visite in situ de l’Hôtel Talleyrand. Avec d’abord la projection d’une cassette vidéo sur les travaux de restauration entrepris dans ce bâtiment prestigieux, puis la visite guidée, par le consultant architecte adjoint des travaux, Monsieur Fabrice Ouziel, des salles déjà restaurées ou en cours de travaux. La demeure acquise par la famille Rothschild en 1838 après la mort de Talleyrand, a été remaniée et agrandie. Loué en 1948 puis acheté ensuite par le gouvernement américain, cet Hôtel, qui a été le siège de l’administration du Fonds Marshall de 1948 à 1955, est toujours sa propriété. Considéré comme un patrimoine historique, il fait l’objet d’une restauration minutieuse et ambitieuse de la part des autorités américaines. On peut se reporter à la page Internet du site de l’ambassade des Etats-Unis sous le lien suivant : http://www.amb-usa.fr/irc/CultF/talleyrand.htm

        Le groupe s’est ensuite dirigé vers l’église de l’Assomption (actuelle église polonaise) toute proche, rue Saint-Honoré. C’est là qu’avait été entreposée la dépouille de Talleyrand après sa mort
        L’après-midi a été consacré à une autre promenade des lieux parisiens  Après la rue Saint-Florentin, le groupe était attendu à l’Hôtel de Matignon-Monaco, rue de Varenne que Talleyrand avait acquis en 1808 sous forme d’échange avec soulte. La visite a été limitée à la cour et à une petite partie du rez-de-chaussée en raison de l’incendie du 1er septembre qui a fortement endommagé une partie du premier étage et contraint à une redistribution transitoire des bureaux. Nous avons néanmoins pu voir le magnifique grand escalier qui venait juste d’être restauré.
        La promenade s’est poursuivie par la Place Saint-Sulpice, emplacement de l’ancien grand séminaire, l’église Saint-Sulpice où Talleyrand a été baptisé, la Rue Garancière où il est né et la Rue Férou où il venait voir son amie, Mademoiselle Luzy, lorsqu’il était au séminaire.
        Fin du circuit,  par l’ancien Collège d’Harcourt et la Sorbonne.
 
 
 
 
 

                                                                        18 Octobre 2001. Jacques Bozzi