La crypte familiale des Ducs de Courlande

The Family Vault of the Dukes of Courland

Didzis Lībietis, Lauma Lancmane,

Traduction en Anglais : Maija Oginta, Uldis Ābeltiņš
Traduction de l’anglais en Français : Jacqueline Boulvert, décembre 2003
Rundāles pils muzejs, 2002





Le Palais de Jelgava (Mitau)

   
Le Palais de Jelgava est situé à 40 kilomètres au Sud-Ouest de Riga. Dessiné par le célèbre architecte italien Francesco Bartholomeo Rastrelli, qui conçut également les plans du château de Rundale, à 50 kilomètres de Jelgava, le château de Mitau est la fierté de la ville mais aussi l’un des monuments historiques les plus prestigieux de Lettonie.

L’énorme palais, sur le côté nord-est de la ville, attire l’oeil de tous les voyageurs qui franchissent le pont sur la Lielupe, pont reliant l’autoroute de Riga à la rue centrale de Jelgava (Mitau) : Lielā Iela.

Cette première résidence des ducs de Courlande-Semigalle (Courlande-Semgallen  ou Kurzeme-Zemgale) fait partie des quelques édifices subsistant dans la capitale historique du Duché de Courlande-Semgallen après la destruction de la ville au cours de la seconde guerre mondiale. Le palais est devenu en outre le mémorial du duc Ernest Jean Biron, un homme qui entra dans l’histoire européenne comme l’une des personnalités les plus brillantes et l’une des plus inoubliables du XVIIIème siècle. Descendant d’une famille noble sans fortune, E.J. Biron parvint non seulement à devenir le duc de Courlande-Semgallen, mais il influença grandement le destin du grand Empire Russe. Il dut pour une bonne part sa carrière éblouissante à la faveur d’Anna Joanovna, veuve du duc de Courlande Frédéric-Guillaume, devenue par la suite Tsarine de Russie. Quand le duc Ferdinand, oncle du Duc Frédéric-Guillaume, mourut sans descendance en 1737, E.J. Biron prit la tête du Duché de Courlande-Semgallen. Bien que le château de Rundāle (Ruhenthal), à 50 au Sud-Est de Jelgava, fût encore loin d’être achevé en 1736, le duc donna néanmoins un autre mandat à l’architecte F.B. Rastrelli pour dessiner le château le plus grand et le plus somptueux du duché tout entier – un édifice qui symboliserait le pouvoir de la nouvelle dynastie.

On retint pour édifier le château un site sur un îlot entre les rivières Lielupe et Driska. Bien que le vieux château qui appartenait aux ducs de la précédente dynastie des Kettler, fût érigé ici, le lieu parut approprié à l’échelle du nouveau palais baroque que l’on projetait. Le château originel (30 mètres sur 35) fut construit par l’Ordre Livonien durant le deuxième quart du XIVème siècle. Il formait un quadrilatère avec quatre tours d’angle. Lorsque l’Ordre Livonien fut dissous au cours de la guerre de Livonie (1558-1583), le dernier maître de l’Ordre, Gotthard Kettler, prit, le premier, la tête du duché nouvellement fondé de Courlande-Semgallen. Ce minuscule état devint vassal de la Pologne. Le duc Gotthard remodela le vieux château de l’Ordre, et ajouta plusieurs ailes nouvelles. Sous le duc Frédéric, la demeure continua de s’agrandir. En 1593, fut consacrée l’église Saint Jean, à l’intérieur de l’enceinte.

Au début du XVIIème siècle, le duc Jacob fortifia le château en faisant ériger remparts et bastions. Cependant, le duc E.J. Biron décida de démolir ce château en novembre 1737, parce qu’il avait subi de gros dégâts durant la guerre du Nord. Les restes du vieux château furent déblayés jusqu’à la mi-avril de l’année suivante, afin de laisser le champ libre aux fondations du nouveau palais le 14 juin 1738.

Etant donné l’insuffisance de la main d’oeuvre en Courlande, on fit venir de Russie des ouvriers et des artisans. Des soldats des garnisons de Riga et de Saint Pétersbourg ainsi que les paysans des états du Duché furent recrutés pour aider à la construction. Au début de 1738, des ouvriers commencèrent à arriver du chantier de Rundāle, lequel était en voie d’achèvement. Toujours mécontent de la lenteur des travaux, le duc convainquit la Tsarine Anna Joanovna d’envoyer sur le chantier tous les maçons de l’Office des Bâtiments Impériaux de Saint Pétersbourg. Ainsi accrut-il le nombre des ouvriers oeuvrant à la construction. Des mesures aussi extraordinaires aboutirent aux résultats escomptés. Dans un temps record, le toit fut posé sur le corps principal et deux ailes latérales furent complétées.

Pour accélérer les finitions et le décor de ce vaste château, la charge de travail au château de Rundāle fut réduite. Même les matériaux de finition destinés à Rundāle furent réaffectés au château de Jelgava. Les charpentiers allemands locaux et les menuisiers adjoints aux maîtres, envoyés de Saint Pétersbourg et de Moscou, complétèrent le travail d’ébénisterie nécessaire pour les murs et parquets des salles d’apparat du palais. Ils créèrent également les rampes d’escalier et l’ornementation des portes. Les carreaux de poêles les plus extravagants furent fabriqués à Vircavca sous l’égide d’un maître-céramiste autrichien Philippe Thorner. Les céramistes russes firent les carreaux de poêles les plus simples, peints en bleu cobalt. Dietrich Denfer-Jansen, récemment embauché à la Cour, reçut la mission de créer les fresques des plafonds.
Les activités étourdissantes de la construction du palais furent interrompues brutalement par l’arrestation d’E.J. Biron, le 2 novembre 1740. Bien que nommé régent de l’Empire Russe par la Tsarine Anna Joanovna, E.J. Biron, à la mort de celle-ci en octobre 1740, fut détrôné par un coup d’Etat, à la suite duquel il fut contraint à 22 ans d’exil, d’abord en Sibérie, puis à Jaroslavl. Le Tsar de Russie, Pierre III, ne lui accorda son pardon qu’en 1762. Catherine II, plus tard, lui rendit son Duché.

Quand le Duc revint à Jelgava, il trouva son château endommagé et pillé. Après son arrestation, tous les matériaux utilisés pour la construction de son palais, ainsi que ceux qui étaient stockés dans les entrepôts, avaient été détournés et envoyés à Saint Pétersbourg. Toutes les portes, panneaux muraux, parquets, carreaux de poêles et mobilier prévu pour le palais de Jelgava avaient été réemployés dans la construction des palais de Saint Pétersbourg

La restauration du grand bâtiment commença au début de 1766. Toutes les fenêtres, portes et poêles du palais furent refaits ; les pièces furent complètement réaménagées. Durant la deuxième moitié de l’année 1768, le sculpteur Jean-Michel Graff acheva son travail au château de Rundāle et fut, par voie de conséquence, disponible pour superviser le décor intérieur de Jelgava. Les peintures des plafonds furent attribuées à A. d’Agnelli et F. Barisien, les sculptures sur bois à J.G. Baader et J.S. Slawiczek, et la dorure à J. Endres, A. Hoffstedt et T. Duko.

Le 8 décembre 1772, des cérémonies solennelles eurent lieu à l’occasion de l’emménagement du duc et de sa famille dans le château nouvellement achevé. Une semaine plus tard, le 16 décembre, la chapelle du palais fut consacrée. Mais le 28 décembre 1772, le duc Ernest Jean Biron mourut, n’ayant résidé que vingt jours dans ses nouveaux quartiers. Après 1784, le palais fut rarement occupé, le nouveau duc Pierre séjournant habituellement au château de Vircava. Le 22 décembre 1788, un incendie se déclara au château de Jelgava. Près de la moitié du palais fut détruit et resta sans restauration jusqu’à la fin de l’existence du Duché.

Après l’annexion par la Russie du Duché de Courlande-Semgallen en 1795, le palais de Jelgava abrita des services gouvernementaux et devint la résidence personnelle du Gouverneur de Courlande. En 1797, le toit fut reconstruit sur la partie du palais détruite par le feu. Le roi de France en exil, Louis XVIII, séjourna dans le palais de 1798 à 1802, et de nouveau de 1804 à 1807. En 1822-23 et en 1843-45, le palais fut minutieusement remis en état. Quelques pièces gardaient encore l’apparence originelle, celle qu’elles avaient à l’époque du Duc. Elles servaient d’appartements pour des membres de la famille du Tsar ou pour des hôtes illustres. Néanmoins, le palais fut incendié par l’armée Bermont-Avalov en novembre 1919.

Après un lent travail de restauration, l’édifice devint le siège de la Chambre d’Agriculture lettone en 1937. En 1939, l’Académie d’Agriculture s’y installa aussi. Le château brûla encore une fois en juillet 1944, ce qui obligea l’Académie d’Agriculture à évacuer les lieux jusqu’en 1961, date à laquelle le travail de  restauration fut achevé. Jusqu’à ce jour, le palais continue d’abriter l’Académie d’Agriculture (rebaptisée Université d’Agriculture, en 1991).
La façade principale du château ou façade Est, surplombe la rivière et c’est de la rive opposée que l’on a la meilleure vue. De la ville, le palais est à peine visible depuis que font écran des arbres plantés au XIXème siècle. La somptuosité de la façade, si caractéristique des palais baroques, est rehaussée par seize sortes différentes de motifs en fonte. Ces décorations métalliques, ouvragées dans la manufacture de R. Batashov à Tula, étaient parmi les premières et les plus significatives de ce genre dans l’architecture européenne.

Aujourd’hui, la seule voie d’accès au château emprunte un passage sous l’aile latérale Sud. L’accès se situe au milieu de la façade Sud. Les façades centrales et latérales sont agrémentées de balcons faits aux alentours de 1800.

Au début du XXème siècle, le flanc Ouest du bâtiment en U de 150 mètres sur 120 a été fermé durant la campagne de restauration d’après-guerre, afin d’abriter les laboratoires de l’Université d’Agriculture. C’était sur ce flanc ouvert à l’Ouest que Rastrelli avait conçu la principale voie d’accès au château. En 1824, des rangées d’écuries pour les chevaux y avaient été construites.

Dans la cour, on accède au château par un perron au centre de la façade Est. L’entrée centrale est percée de trois baies voûtées. Une fois à l’intérieur de ce hall d’entrée, des escaliers conduisent à l’étage. Du hall central, deux corridors parcourent à droite et à gauche toute la longueur du bâtiment principal. A l’extrémité de ces couloirs, l’on tourne à angle droit dans les ailes latérales.

Le plan du rez-de-chaussée suit de près la seconde version du projet de F.B. Rastrelli. Au XVIIIème siècle, le premier étage (ou rez-de-chaussée) hébergeait les services de la maisonnée et le personnel. Le premier étage (ou rez-de-chaussée) du bâtiment central hébergeait les bureaux de l’administration du duché. Les salles d’apparat et les appartements du duc occupaient le second étage (premier étage). Un escalier d’honneur conduisait du hall d’entrée aux salons de réception et de parade. Le projet le plus abouti de la carrière de Rastrelli en termes de conception d’entrées, fut le plan magistral de l’escalier du palais de Jelgava. Au XVIIIème siècle, l’escalier occupait la totalité des 32 mètres venant en projection de la largeur du fronton central. Aujourd’hui, les seuls escaliers existant sont de part et d’autre du hall d’entrée. Lors de la réparation des dégâts dus au feu en 1788, les ouvriers divisèrent la surface libérée en trois parts, l’escalier n’occupant que la section centrale. Du palier supérieur de l’escalier originel, une porte conduisait alors à une antichambre suivie d’une enfilade de salles de réception, commençant par la Salle à Manger Blanche. De nos jours, l’apparence du second étage a changé : une antichambre coupe l’ancienne enfilade de chambres d’apparat. Jadis, on pouvait traverser deux pièces sur la droite de la Salle à Manger et arriver dans le Salon où, jusqu’au 24 juin 1795, était dressé le trône du duc. Le plus grand salon de l’enfilade était le Salon d’Argent servant de salle de billard. La partie sud de l’enfilade prenait fin avec le bureau du duc, appelé également Salon Doré. De ce bureau, une porte conduisait à sa chambre à coucher.

Dans l’aile latérale Sud, la pièce principale était la Galerie des Fêtes de 405 m2. Les appartements de la duchesse se situaient dans l’angle Sud-Ouest du palais, directement adjacents à la chapelle. Le parc entourant le palais n’existait pas du temps du duc. Les arbres ne furent vraisemblablement plantés au Sud du palais qu’après la destruction des fortifications en 1816. La construction du quai marqua l’entrée de l’artère principale, Lielā Iela, et sépara le parc en deux parties.

Seuls les passages voûtés et le hall d’entrée ont subsisté à l’intérieur du palais. Le décor intérieur a complètement disparu. Toutes les pièces du palais sont devenues des salles de cours, des laboratoires, des bureaux pour répondre aux besoins des étudiants et des professeurs de l’Université. Un musée a été créé en 1968. Il présente des documents qui donnent un aperçu de l’histoire du palais et des événements qui lui furent associés.

La crypte familiale des Ducs de Courlande


Les tombes des Ducs se trouvent dans le sous-sol de l’angle Sud-Est du palais. Le forgeron de Jelgava Jean-Georges Frey créa les grilles en fer forgé portant les initiales du duc Ernest-Jean pour les fenêtres en 1738-1739.

L’histoire de la crypte familiale, histoire non moins tragique que l’histoire du palais lui-même, commence en 1583 lorsque le premier duc de Courlande Gotthard bénéficia d’une petite chapelle avec crypte. La chapelle se trouvait sur le côté sud du vieux château de Jelgava, non loin de l’endroit où se trouve la crypte aujourd’hui. L’aire sous la voûte en berceau mesurait environ neuf mètres de large et présentait une aile libre au milieu. Le duc Gotthard fut déposé ici en 1587. Ses fils, morts dans l’enfance, furent ramenés du cimetière de Kuldiga (Goldingen) et placés dans la crypte avec leur père.

La chapelle fut démolie en même temps que le vieux château en 1737 pour construire le nouveau château baroque. Les sarcophages furent temporairement déplacés dans une grange. Le sarcophage du duc Ferdinand fut apporté à Jelgava en 1743 ; la crypte familiale était déjà installée dans le sous-sol de l’aile Sud du nouveau palais. On garda les sarcophages dans deux petites salles voûtées. Les ducs de la lignée Biron avaient espéré qu’on leur construirait une crypte séparée; ce ne fut jamais le cas. En 1820, l’aristocratie de Courlande donna des fonds pour restaurer les salles du sous-sol. Les murs des trois petites salles furent abattus ; ainsi put-on créer un espace voûté de 16,5 mètres de longueur sur 5 mètres de largeur. En 1934, la crypte subit une autre remise en état générale. La crypte fut élargie par l’adjonction de petites salles ce qui créa un espace total de 60 m2.

La crypte a été détruite plusieurs fois depuis sa naissance. Elle a subi ses premiers dégâts des mains des soldats Suédois en 1705 lors de la guerre du Nord ; les Suédois déplacèrent les restes embaumés des ducs et leur volèrent leurs bijoux les plus précieux. Ils détruisirent aussi le sarcophage en étain du duc Frédéric-Casimir. La crypte et les tombes furent démolies sans merci après la seconde guerre mondiale par les soldats de Bermondt et les Bolcheviks en 1919. Ce n’est qu’en 1933-1934 que la crypte fut réparée, élargie, et les sarcophages restaurés. La crypte ne fut ouverte au public qu’après réparation et restauration complètes. Conséquence de la seconde guerre mondiale : le palais fut détruit en juillet 1944 et la crypte fut oubliée. Finalement, elle fut fermée à la fin des années quarante. Cependant, durant ce laps de temps, la crypte fut mise à sac et pillée de manière répétée. Le sarcophage de la fille du duc Frédéric-Casimir disparut complètement de la crypte et le couvercle du sarcophage du Prince Jean Frédéric fut volé.

La crypte familiale des ducs de Courlande commença à être considérée comme un monument historique dès la première moitié du XVIIIème siècle quand un historien amateur, J.G. Weigandt, manifesta son intérêt pour l’histoire de Courlande. Finalement, il écrivit un traité sur la généalogie des ducs auquel il ajouta des copies de toutes les inscriptions des tombes. Peu avant la démolition de la vieille crypte, un artiste de Jelgava F.V. Sidau exécuta un dessin de l’intérieur de la crypte. En 1884, la crypte était partiellement décrite, le contenu des tombes vérifié, photographié. Les bijoux à l’intérieur des sarcophages étaient enlevés et donnés au Musée provincial de Courlande. Les résultats d’un inventaire établi par Dr. A. Raphael en 1913-1914 furent publiés en 1934. En 1933-34, le conservatoire du monument mentionnait que les tombes étaient restaurées et inventoriées.

En 1973 et de nouveau en 1976, des inspections répétées de la crypte furent effectuées. Depuis 1987, le Musée du Château de Rundāle a pris en charge la responsabilité de la conservation et de la restauration des sarcophages et de leur contenu. Tout récemment, un travail a été entrepris pour conserver les tissus. Le Musée du Château de Rundāle a installé dans la crypte un musée séparé en 1991. La tâche du Musée est de préserver  et de maintenir le respect à l’égard des tombes, en tenant le plus grand compte du processus de décomposition naturelle des objets. Bien que personne ne souhaite ôter à ce lieu de repos éternel sa raison d’être, les cercueils, les sarcophages et les pièces vestimentaires doivent être conservés et restaurés ; les dépouilles mortelles doivent être l’objet de soins et être préservées. A ce jour, trois sarcophages ont été complètement restaurés tandis que le travail continue pour les autres.

La crypte contient vingt-et-un sarcophages en métal et neuf cercueils en bois ; vingt-quatre membres de la Famille Kettler et six membres de la Famille Biron furent inhumés là de  1569 à 1791. Pour offrir aux visiteurs de plus amples informations, un musée a été installé dans la crypte.

Tombes des ducs de Courlande dans la crypte familiale

(en ordre chronologique selon l’année de leur décès)


Après son mariage avec le Duc Gotthard, en 1566, la Princesse Anna de Mecklembourg (Mecklenburg) donna le jour à cinq fils et deux filles. Le fils aîné, le Prince Sigismond Albert naquit le 24 janvier 1567. Peu de temps après son second anniversaire, ce prince mourut le 1er avril 1569. Il fut enterré dans un sarcophage en étain fait par le maître Cyriak Klint. C’est le plus vieux sarcophage de la crypte familiale. Malheureusement, seul subsiste aujourd’hui son couvercle en forme de toit dont la base a été restaurée en 1933-1934. Le second fils du Duc Gotthard, le Prince Gotthard (20 mars 1568 – 31 août 1570) vécut un tout petit peu plus longtemps. Le Prince Georges (Georg) (11 juillet 1572 – 10 août 1572) ne vécut que quelques semaines. Tous les deux furent enterrés dans des sarcophages faits également par Klint. Ces trois sarcophages des fils du Prince furent apportés à Jelgava après 1587.
   
Le Duc Gotthard Kettler (2 février 1517 – 17 mai 1587). Né en Westphalie, membre de l’Ordre Livonien depuis 1537, élu Maître de l’Ordre en 1559. A la dissolution de l’Ordre Livonien, il fit allégeance au Roi de Pologne et régna sur le Duché nouvellement constitué de Courlande-Semgallen. Durant son règne, soixante-dix églises, huit écoles et huit asiles pour les pauvres furent créés dans le Duché. Selon ce qu’a rapporté son chancelier et confident Salomon Henning, le Duc fut enterré sans pompe dans une robe blanche. Le sarcophage du Duc, en forme de simple coffre, présentait une belle gravure sur le couvercle et les armes de Mecklembourg et Courlande sur les côtés. On pense que le sarcophage fut fait par Cyriak Klint.
   
La Duchesse Anna (1533 – 4 juillet 1602). Femme du Duc Gotthard, fille du Duc Albert de Mecklembourg, petite-fille (du côté maternel) de Joachim, Prince Electeur de Brandebourg (Brandenburg), Anna est enterrée dans un sarcophage plutôt simple avec des poignées fixées à des têtes de lions proéminentes. Des guirlandes ouvragées courent le long des flancs. Le couvercle est orné d’une gravure de la scène de la résurrection du Christ, les côtés portent les armes de Mecklembourg Poméranie-Wolgast, Brandebourg et Danemark. L’inventaire établi en 1894 fait état de plusieurs joyaux : un bracelet en or avec une jaspe, un bracelet, un collier en or et une bague de veuve en or avec des initiales gravées. Tous ces joyaux furent enlevés et donnés au Musée de la Province de Courlande.
   
La Duchesse Sophie (31 mars 1582 – 24 novembre 1610). Fille d’Albert Frédérique (Albert Friedrich), Prince Electeur de Brandebourg et Duc de Prusse, et de la Princesse Marie Eléonore de Juliers-Clèves (Juelich-Cleve). En 1609, la Princesse épousa le Duc de Courlande Guillaume (Wilhelm). Elle mourut subitement en 1610, moins d’un mois après avoir donné naissance à son fils Jacob le 28 octobre. Initialement enterrée dans la crypte du château de Kuldiga, elle ne fut ramenée dans la crypte de Jelgava près de son mari Guillaume qu’en 1643. Le sarcophage, originellement peint et doré, est semblable par sa forme à celui de la Duchesse Anna. Comme pour celui de la Duchesse Anna, il est muni de poignées-têtes de lion et de guirlandes le long des flancs, avec les armoiries de Brunswick, Prusse et Juliers-Clèves gravées sur le couvercle. Un petit crucifix en relief est fixé sur le couvercle. On pouvait voir à travers une minuscule fenêtre en verre, la duchesse prématurément décédée. Elle portait un voile noir et un bandeau de soie. Les fragments qui restent de sa robe de satin blanc sont particulièrement précieux, sa belle dentelle-résille étant l’un des échantillons les plus anciens de ce type de dentelle étoilée en Lettonie.
   
Le Duc Guillaume (Wilhelm) (20 juillet 1574 – 7 avril 1640). Le plus jeune fils du Duc Gotthard et de la Duchesse Anna, né à Jelgava. Après la mort de son père en 1567, il prit la tête de la Courlande, l’une des subdivisions du Duché ; son administration gouvernementale se trouvait à Kuldiga. En 1609, il épousa le Princesse Sophie de Brandebourg-Prusse et reçut dans son douaire le district de Grobiņa (Grobin). Lorsqu’il  perdit son droit au Duché en 1617, il séjourna à l’étranger. Il mourut plus tard en Poméranie, dans l’abbaye de Kukulow. La dépouille mortelle de son fils, le Duc Jacob, fut apportée en Courlande sur un bateau paré en signe de deuil.

Le 23 février de l’année suivante, le Duc Guillaume fut inhumé dans un sarcophage massif en étain, richement orné de têtes de lions et, le long des flancs, d’un travail de frises semblables à des rubans délimitant des sections. Les armoiries de Courlande et Brandebourg-Prusse apparaissaient également en relief. Le couvercle portait un minuscule crucifix.

Le Duc Guillaume portait un long manteau de velours à manches sur un pantalon en soie brun sombre et un justaucorps. Sa tenue est richement brodée de rosettes, galonnée de dentelle en soie et de rangées de minuscules boutons coniques. De surcroît, une dentelle aux motifs géométriques, datant du second quart du XVIIème siècle, était cousue sur le col du justaucorps, ourlé d’un point de feston dentelé. Le vêtement du duc a été complètement restauré.
   
Le Duc Frédéric (Friedrich) (25 novembre 1569 – 16 août 1642). Troisième fils du Duc Gotthard et de la Duchesse Anna ; après la mort de son père, il dirigea la région de Semigalle, l’une des subdivisions du Duché. En 1600, il épousa la Princesse Elisabeth Madeleine (Magdalene) de Poméranie. Ils n’eurent pas d’enfant. Le Duc adopta donc le fils de son frère et lui légua le Duché en 1639. Le Duc Frédéric mourut à Jelgava et sa dépouille fut déposée dans la crypte en février 1643. Le sarcophage massif en étain fut, présume-t-on,  fabriqué à Jelgava par le maître Franz Warnrath. Le sarcophage ressemble au précédent par sa forme; néanmoins, il est sensiblement plus décoratif. Une guirlande de demi-oves orne le fronteau du sarcophage, de petites colonnes faites au tour finissent les coins, et des têtes d’angelots décorent les festons sculptés des guirlandes feuillues. Les armoiries de Courlande et de Poméranie-Wolgast, en relief sur la partie inférieure du sarcophage, étaient jadis peintes ; les textes étaient dorés. Les habits du Prince sont semblables à ceux de son frère Guillaume. Le grand manteau de velours est orné de rosettes de dentelle et les liserés sont brodés de galons de soie. Du gilet de soie, seuls ont été préservés un petit morceau de la bordure inférieure et une partie du revers, somptueusement brodés d’or et de dentelle. Les deux ducs portaient un bonnet semi-sphérique, bien ajusté. Le couvre-chef de Guillaume était brun foncé, celui de Frédéric était en velours et en dentelle.
   
Le Prince Ladislas Louis Frédéric (Vladislav Ludwig Friedrich) (4 décembre 1647 – 31 mars 1648). Premier fils du duc Jacob et de la Duchesse Louise Charlotte. Son premier nom Vladislav lui fut donné en l’honneur du Roi de Pologne Vladislav IV, son deuxième nom en l’honneur du père de la duchesse Elisabeth Madeleine (Magdalene), le Duc Ernest Louis (Ernst Ludwig) de Poméranie, et son troisième nom en l’honneur de son oncle Frédéric. Le sarcophage ressemble à celui du Duc Frédéric, mais il est plus petit, et il a des têtes d’angelots et les armoiries de Courlande en relief sur les côtés. Les pieds ont la forme de lions. Le Prince avait moins de quatre mois lorsqu’il mourut. Il était vêtu d’une robe de satin blanc orné de brocart d’argent. Le petit diadème placé sur sa tête était un ruban de fleurs en soie, montées sur un fil recouvert de soie.
   
La duchesse Elisabeth Madeleine (17 avril 1580 – 23 février 1649). Fille du Duc Ernest Louis de Poméranie et de la Princesse Sophie Edwige (Hedwig) de Brunswick-Lunebourg (Brunswick-Lueneburg), née à Wolgast. Elle épousa le Duc Frédéric en 1600. Après la mort de son mari, elle se retira au château de Dobele (Doblen). Elle fut déposée dans la crypte le 29 juin 1649, dans un sarcophage en étain exécuté par le maître Franz Warnrath avant sa mort. Peut-être cela explique-t-il pourquoi son sarcophage est le plus somptueux de tous les sarcophages de la crypte. Il est orné de six motifs héraldiques en relief : trois armoiries de Poméranie-Wolgast en façade et sur les deux côtés et trois armoiries de Brunswick-Wolfenbuettel à la base et sur les deux côtés. Les fronteaux du sarcophage sont encore plus magnifiquement décorés ; outre les guirlandes feuillues, les têtes d’anges et les petits vases, on voit des figurines d’anges et des têtes de lions. Des lions couronnés tenant des orbes constituent les pieds. Le maître a gravé ses initiales en bas du couvercle du sarcophage et son monogramme sur le côté. Le crucifix qui se trouvait d’ordinaire sur le couvercle a été perdu. Les joyaux de cette tombe furent découverts en 1884 : un bracelet chaîne en or et une bague en or avec une turquoise bleue.

La Princesse Christine Sophie (5 mai 1649 – 28 décembre 1650). Seconde fille du Duc Jacob et de la Duchesse Louise Charlotte. On lui donna son premier nom en l’honneur de la Reine Christine de Suède, son deuxième nom en l’honneur de sa grand-mère Sophie. Elle fut enterrée dans un sarcophage en étain fait probablement par le maître F. Warnrath. Sur le côté droit du sarcophage, les armes de Courlande-Semgallen sont en relief, les armes de Brandebourg-Prusse sont sur le côté gauche. La princesse, âgée de vingt mois, était habillée d’une robe de soie aux motifs brillants avec un corsage lacé dans le dos. Des bouquets de fleurs en rubans de soie décoraient la robe. Les autres objets que l’on a trouvés dans ce cercueil sont un diadème de soie et une pièce de gaze de soie brillante.
   
La Duchesse Louise Charlotte (3 septembre 1617 – 8 août 1676). Fille du Prince Electeur Georges Guillaume de Brandebourg et de la Princesse Elisabeth Charlotte de Pfalz. Elle fut enterrée en grande pompe dans la crypte  de Jelgava le 8 août 1677. Une couronne, reposant sur un coussin de velours frangé d’or, était portée à la tête du cortège funèbre. Le cercueil suivait sous un dais noir et flanqué des deux côtés par vingt-quatre gardes du corps armés de lances. Sur un côté, étaient fixés deux écussons de Brandebourg en argent, et sur l’autre, deux écussons de Courlande. Trois officiers suivaient le cercueil précédant le Duc Jacob, escorté par deux officiels de grade élevé et des gardes armés. Deux pages portaient la traîne de la robe du Duc. La procession continuait avec les fils Frédéric Casimir, Ferdinand et Alexandre. Les ambassadeurs de Hesse-Hombourg (Hessen-Homburg) et de Hesse-Cassel (Hessen-Kassel) représentant respectivement Louise Elisabeth et Marie Amélie, ses filles, étaient suivis de l’ambassadeur de la troisième fille, l’abbesse Charlotte Sophie. Une suite de représentants des autres régions marchaient derrière la famille et ses ambassadeurs, tandis que 364 dames de haut rang, habillées de la tête aux pieds de vêtements de deuil blancs, fermaient la marche. Une gravure ancienne de la procession montre une assistance de 600 personnes.

C’est, rapporte-t-on, Heinrich Poehmoeller, un maître de Liepāja (Libau) qui fit le sarcophage en étain. Les flancs du sarcophage présentaient des guirlandes de palmettes avec des compositions florales et des feuilles d’acanthe. Tous les reliefs ont été dorés. Le sarcophage repose sur des serres d’aigle cramponnant des orbes. Seuls ont subsisté des fragments de la somptueuse robe de la Duchesse en brocart de soie aux motifs baroques de fleurs et de feuilles.  Le corsage raide à manches très larges, formant le haut de la robe, était décolleté. La tenue vestimentaire incluait également un jupon de soie lisse.
   
Le Prince Karl Jacob (20 octobre 1654 – 29 décembre 1676). Troisième fils du Duc Jacob et de la duchesse Louise Charlotte. Il étudia à Genève avant de servir en Hollande comme commandant en chef d’un régiment d’infanterie de l’armée du Prince d’Orange. Il prit la décision de revenir en Courlande à la nouvelle de la mort de sa mère. Sur le chemin du retour, il contracta la fièvre typhoïde à Berlin et y mourut.

Chaque plan de ce sarcophage est recouvert de motifs de trophées, de palmes et de feuilles. De même que pour le sarcophage de sa mère, tout le travail en relief était doré. Les seuls embellissements du cercueil de bois étaient des rangs de grosses têtes de clous rondes le long des parois. L’intérieur du cercueil est tendu de simple satin blanc. La robe mortuaire, le bonnet et le coussin sont faits dans le même tissu et sont agrémentés de rubans de soie rouges et bruns.

Le Duc Jacob (28 octobre 1619 – 31 décembre 1681). Unique fils du Duc Guillaume (Wilhelm) et de la Duchesse Sophie, né à Kuldīga. Lorsque son père eut perdu son droit au  pouvoir en 1617, le Duc Frédéric (Friedrich) l’adopta comme fils et héritier. Jacob étudia à Rostock et Leipzig avant de devenir le Duc de Courlande-Semgallen en 1639. Six ans plus tard, il épousa la Princesse Louise Charlotte de Brandebourg-Prusse. On considère à juste titre le règne du Duc Jacob comme l’âge d’or de l’histoire du Duché. Beaucoup d’industries s’établirent en Courlande, et l’on construisit plus de cent navires. En outre, l’action politique et diplomatique du Duc retentit sur l’histoire de l’Europe du XVIIème siècle. Ses possessions territoriales incluaient l’Ile de Tobago dont les droits avaient été cédés par le Roi d’Angleterre, et une petite île sur la Gambie, en Afrique de l’Ouest. Du minerai de fer arrivait en Courlande en provenance de mines louées en Norvège. Néanmoins, la prospère Courlande subit de sévères dommages durant les conflits militaires avec la Pologne-Lithuanie  et la Suède. En octobre 1658, le Duc Jacob et sa famille furent faits prisonniers par les Suédois. Après la signature du traité de la paix d’Olive en 1660, le Duc put revenir en Courlande. Le redressement économique de la Courlande requérant la majeure partie de l’énergie et des ressources disponibles, un bon nombre des plans grandioses du Duc ne purent être réalisés. Il fut enseveli dans la crypte le 21 septembre 1682. Son sarcophage en étain était identique à celui du prince Karl Jacob. Seuls subsistent aujourd’hui son squelette – le crâne désormais endommagé – et des morceaux du cercueil en bois disloqué. Le cercueil, dit-on, aurait été drapé de velours noir foncé et embelli de deux sortes de franges d’or différentes.
   
Le Prince Jean Frédéric (Johann Friedrich) (3 avril 1682 – 11 avril 1683). Fils unique du duc Frédéric Casimir (Friedrich Kasimir) et de la Duchesse Sophie Amélie. Il fut enterré dans un sarcophage en étain, portant à sa tête les armes en relief de Courlande-Semgallen. Le couvercle du sarcophage a disparu depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le sarcophage est orné de plantes entrelacées et d’un motif décoratif de têtes d’angelots soutenant également les poignées fixées sur la caisse. Des clous ayant une tête en forme de fleur servaient à maintenir, à l’intérieur du couvercle du cercueil de bois, une draperie de velours rouge. L’intérieur du cercueil lui-même est tendu d’un brocart de soie à motifs. Seuls, ont été préservés de minuscules fragments de sa robe de satin blanc enjolivée de brocart d’argent. Le manteau de velours sombre que le prince portait sur sa robe était large à la base et doté de longues manches étroites.
   
Le Prince Alexandre (18 octobre 1658 – 16 août 1686). Le plus jeune fils du Duc Jacob et de la Duchesse Louise Charlotte, né en captivité en Suède. Bien qu’il fût infirme de naissance, n’ayant pas d’avant-bras droit, il opta pour une carrière militaire. Il prit part comme membre de l’armée du prince Electeur de Brandebourg, aux batailles contre les Suédois en 1670. A la mort de son père en 1684, il recruta de son propre chef un régiment d’infanterie, le nomma du nom de son père et prit part à la campagne du prince Electeur de Brandebourg contre les Turcs en Podolie. Gravement blessé à la bataille d’Ofen, le 27 juillet 1686, il mourut non loin de Vienne.

L’intérieur du cercueil était drapé d’un léger tissu de soie tandis que l’extérieur était tendu de velours rouge et de galons de brocart d’or. On rapporte que la robe sans prétention du Prince donna naissance à des rumeurs selon lesquelles un paysan ordinaire aurait été enterré à sa place . Néanmoins, la momie bien embaumée, les cicatrices de balles sur la poitrine et l’absence de l’avant-bras droit ont confirmé que c’était bien le Prince qui était enterré là. Son corps avait été enveloppé de bandes de lin rêche sur lesquelles une robe avait été passée. Son avant-bras artificiel fut trouvé en 1913 avec les restes d’un gant de cuir blanc agrémenté de motifs brodés de plantes et d’une couronne.

La Duchesse Sophie Amélie (20 février 1650 – 25 novembre 1688). Fille du prince de Nassau-Siegen et Comtesse de Lunebourg-Stierum (Lueneburg-Stierum). Première femme du Duc Frédéric Casimir. Elle mourut dix jours après avoir donné le jour à sa fille Sophie et elle fut ensevelie dans un splendide sarcophage en étain de style baroque. Les deux côtés du sarcophage portaient, en relief, les armes de Nassau-Siegen. Le coffre est recouvert de plaques de cuivre doré, et les pieds ont la forme de grenades éclatées. Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, on trouvait sur le couvercle ondulé des statuettes d’angelots en pleurs. Le cercueil en bois est un bel exemple de l’ornementation baroque : la draperie de velours brun sombre est maintenue en place par plusieurs rangs de franges et galons de brocart, la draperie intérieure est un tissu de soie à motifs floraux en brocart, fixé grâce à des clous à tête de fleurs et des lacets en brocart. Les vêtements de la Duchesse, tels qu’ils ont été décrits en 1913, ont tous disparu. Seul a subsisté le manteau de brocart de soie avec ses motifs géométriques et floraux festonnés d’or. La robe de satin blanc brodée d’or a disparu. La belle qualité de la broderie et la somptuosité de la tenue sont attestées par les minuscules restes  de la robe.
   
La Princesse Christine Sophie (15 novembre 1688 – 21 août 1694). La plus jeune (la quatrième) fille du Duc Frédéric Casimir et de la Duchesse Sophie Amélie. Pour la cérémonie funéraire, fut construit un large escalier conduisant du château au milieu de la cour d’honneur. L’escalier était couvert d’un tissu noir et deux pyramides voilées de noir étaient placées de part et d’autre. Les invités portaient des robes longues et des voiles. Pendant la procession funèbre, la couronne du Duc était portée devant le cercueil sur un coussin de velours. Le cortège funèbre entier et le cercueil, sous un baldaquin noir constellé d’or de façon extravagante, étaient flanqués  de porteurs de torches.

Le cercueil était drapé de velours rouge et décoré de franges et galons de brocart. Du brocart de soie rayé garnissait l’intérieur du cercueil.  La Princesse était magnifiquement habillée d’une robe longue aux longues manches, travaillée dans un brocart de soie rayé.
   
Le Prince Léopold Karl (14 décembre 1693 – 21 juillet 1697). Deuxième fils du Duc Frédéric Casimir et de la Duchesse Elisabeth Sophie. Enterré dans la crypte le 7 février 1698, après sa mort au château de Grobina, enterré de nouveau avec son père le 19 mai. Le sarcophage en étain fut, suppose-t-on, fabriqué par un maître de Jelgava H.E. Eppner, et les plaques avec des motifs de cuivre doré furent faites par le forgeron J. Kassel. L’oreiller de cuivre sur le sarcophage portait jadis la couronne ducale disparue en 1919. Une plaque à la tête du sarcophage avec les armes de Courlande-Brandebourg, a également été perdue. Le cercueil en bois est tendu de velours rouge avec des franges et galons de brocart, l’intérieur est garni de brocart de soie à motifs.

Le prince portait un vêtement funèbre taillé dans le même brocart d’or et d’argent que celui qui avait été choisi pour la cape du Duc Frédéric Casimir.
   
La Princesse, mort-née (23 février 1695). Fille du Duc Frédéric Casimir et de la Duchesse Elisabeth Sophie. La princesse fut enterrée dans un sarcophage en étain orné de plaques de cuivre doré ciselées par un forgeron de Jelgava, J. Kassel. Le sarcophage fut détruit durant la deuxième guerre mondiale – seule subsiste aujourd’hui une plaque latérale ajourée. Du velours rouge, avec de longues franges de brocart d’or, était drapé autour du petit cercueil de bois.

Le Duc Frédéric Casimir (Friedrich-Kasimir) (6 juillet 1650 – 22 janvier 1698). Second fils du Duc Jacob et de la Duchesse Louise Charlotte. Il fut appelé Frédéric en honneur et en souvenir du père-nourricier du Duc Jacob. Son deuxième nom lui fut donné en l’honneur du Roi Jean Casimir de Pologne. Il était commandant en chef du régiment de  cavalerie de Courlande en Hollande et participa à de nombreuses batailles. En 1675, le Prince épousa la Princesse Sophie Amélie de Nassau-Siegen. A la mort de celle-ci en 1691, Frédéric Casimir épousa sa cousine Elisabeth Sophie, fille de Frédéric Guillaume, Prince Electeur de Brandebourg. Il avait un fils et quatre filles de son premier mariage et deux fils de son second mariage. Son règne en tant que Duc de Courlande, titre qu’il reçut après la mort de son père, fut principalement caractérisé par une vie de cour fastueuse et extravagante.

Les rites funéraires et les cérémonies de deuil du Duc Frédéric Casimir se déroulèrent sur une période de plusieurs mois. D’abord, la dépouille du Duc fut exposée dans la salle d’audience, puis sur un lit spécial de parade dans le hall. Frédéric Casimir portait un gilet or et argent sous une veste blanche à la trame entremêlée d’argent et d’or avec des boutons de diamant. Sa cape était faite de brocart d’argent doublé de velours rouge. La couronne du Duc garnie de diamants et de perles était posée sur sa tête. Un sceptre de souverain et une épée, tous les deux reposant sur des coussins de brocart d’argent frangé d’or, étaient placés à sa droite et à sa gauche. Des aigrettes de plumes blanches ornaient les coins du baldaquin en velours rouge doublé de brocart d’argent, qui surmontait le lit. La couverture en brocart d’argent qui était placée sous le Duc, était brodée de fleurs de velours rouge. Au bout d’un mois, le Duc fut transféré du lit dans le cercueil, placé temporairement dans le grand hall du château, complètement tendu de noir. Là, le cercueil reposait sur un piédestal, sous un dais. Le portrait du Duc était suspendu à la tête du cercueil et sa couronne placée sur un coussin de velours noir. Le sceptre et l’épée du souverain étaient posés sur le cercueil. Le Duc fut enterré dans la crypte familiale le 19 mai. Un castrum doloris était installé dans la chapelle du château avec un portique de deuil et des peintures allégoriques. Trente appliques d’argent avec les armes de Courlande et Brandebourg ornaient les murs. Le cercueil du Duc reposait sous un dais noir sur un catafalque à quatre étages. A côté de lui,  sur un catafalque à trois étages, se trouvait le cercueil de son fils Leopold Karl. Deux anges en bois doré tenaient des chandelles et veillaient sur eux. Les chevaliers du château montaient la garde aux portes du castrum doloris. Des officiers en habits de deuil étaient alignés dans la cour du château. Les instruments de musique étaient également voilés de noir. Un tapis noir recouvrait les escaliers descendant à la chapelle, flanqué des deux côtés de porteurs de torches en deuil. Le cortège funèbre, strictement réglementé, suivit ce trajet, au son du glas. Un bref concert eut lieu dans la chapelle où se trouvaient les catafalques. Après un service mortuaire, les cercueils furent transportés dans la crypte et déposés dans de somptueux sarcophages.

En 1705, la tombe du Duc subit de sérieux dégâts. Le compte-rendu constate que les Suédois emportèrent les anneaux et, cherchant un butin plus riche, coupèrent les gants. La moitié de la cape du Duc fut lacérée afin d’en séparer  les franges. En fait, le sarcophage d’étain entier a disparu depuis la guerre du Nord.
Des fragments du gilet de brocart, des pantalons et de la cape ont été