La branche Talleyrand-Aguado-Montmorency.

Georges Lefaivre
Président de l’Association « Les Amis de Talleyrand »

 

 

Compte-rendu de la conférence tenue le 20 juin 2009 par Georges Lefaivre, au château du Marais, Le Val-Saint-Germain.

Georges Lefaivre, a entrepris de reconstituer l’histoire de cette branche peu connue de la famille du Prince Charles Maurice de TALLEYRAND. Unissant ses compétences d’historien et ses connaissances de la généalogie, il a suivi un parcours qui couvre trois siècles et qui traverse la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, sur les traces des origines des « Talleyrand-Aguado-Montmorency. »

Corinne Doria*

1) L’ascendance Talleyrand-Montmorency.

Les premières traces de cette branche de la famille évoquées par le conférencier, remontent à l’époque de Louis XIV, en la personne de Gabriel de Talleyrand comte de Grignols, colonel du régiment de Talleyrand, tué au siège de Barcelone en 1714, à la fin de la guerre de succession d’Espagne.

Il est le père de Daniel-Marie de Talleyrand (1706-1745), marquis de Talleyrand, colonel de l’armée française du régiment de Saintonge à l’âge de 28 ans, puis du régiment de Normandie, lors de la guerre de succession d’Autriche( 1740-1745). Daniel-Marie prit part au siège de Tournay, au cours duquel il fut tué par une explosion de poudre, provoquant la perte d’une soixantaine d’hommes, la veille de la bataille de Fontenoy ( 11 mai 1745). C’est en souvenir du vainqueur de cette bataille, le maréchal Maurice de SAXE, que son prénom fut donné à Talleyrand. Daniel-Marie fut le grand-père de Charles-Maurice.

Il se maria une première fois avec Marie-Guyonne de THEOBON de ROCHEFORT. De cette première union, naquit Gabriel-Marie de Talleyrand (1726-1795) qui devint l’aîné de la branche des GRIGNOLS et qui était affecté d’un pied-bot. Il épousa sa cousine la princesse de CHALAIS et fut le premier TALLEYRAND à porter le titre de comte de PERIGORD.

Il épousa en deuxième noces Marie-Elisabeth de CHAMILLARD. De cette deuxième union, naquirent trois fils :

Charles-Daniel, comte de TALLEYRAND (1734-1821), fut un haut-officier militaire de LOUIS XVI. Nommé « Menin » du dauphin en 1759, colonel du régiment de Piémont en décembre 1762, brigadier des armées du roi, il assista au sacre de LOUIS XV I ( 11 juin 1775) en qualité d’ « otage de la Sainte-Ampoule », fonction prestigieuse.
Il épousa le 12 janvier 1751 Alexandrine-Victoire de DAMAS d’ANTIGNY, nommée dame d’honneur de la seconde dauphine Marie-Josèphe de SAXE, mère de LOUIS XVI. Elle était la fille du marquis d’ANTIGNY, gouverneur des Dombes. Ils eurent cinq fils :

Archambaud de TALLEYRAND-PERIGORD (1762-1838), fut destiné à la carrière militaire, celle qu’aurait choisie Charles-Maurice, en sa qualité d’aîné et d’admirateur de ses ascendants militaires. Il se maria en 1778 avec Madeleine-Henriette-Sabine OLIVIER de SENOZAN qui courageusement ne quitta pas la France lors de la révolution et fut décapitée le 26 juillet 1794, veille de la chute de Robespierre.

De cette union, naquirent trois enfants :

Alexandre-Edmond de TALLEYRAND-PERIGORD(1787- 1872), après une enfance difficile sous la terreur ( Père émigré, mère décapitée ) embrassa la carrière militaire, d’abord au service du général PINO, ministre de la guerre du royaume d’ Italie. Il quitte ensuite l’armée d’Italie et est affecté comme lieutenant au 5ème régiment de Hussards. En 1806 il est promu capitaine et prit part à l’expédition de la Grande-Armée en 1806-1807. En mars 1807, il est nommé aide de camp du maréchal BERTHIER. Nommé chef d’escadron en juillet de la même année, il fut assigné au 6ème régiment de Hussards et il garda ses fonctions auprès du maréchal BERTHIER d’abord en Espagne (1808) ou comme chef d’escadron de l’armée de MURAT, il sera engagé jusqu’aux portes de Madrid, puis en Allemagne (1809). EN avril 1812, moins de sept ans après son entrée en service, il fut promu colonel du 8ème régiment de Chasseurs à Cheval. Il prit part à toute la campagne de Russie avec la Grande Armée. Le 18 septembre 1813, il fut emprisonné auprès de MILBERG en SAXE. En 1814, après une fuite rocambolesque et s’être caché à LAON, il réussit à rentrer à PARIS. A la chute de NAPOLEON, il prêta serment aux BOURBON et LOUIS XVIII lui donna le titre de Maréchal de Camp.

Pendant les 100 jours il fut destitué, mais il récupéra son grade lors de la Seconde Restauration. En 1823, il alla de nouveau combattre en Espagne comme commandant de brigade et en octobre de cette année il fut nommé général. Le maréchal de CASTELLANE, dans ses mémoires, peint Alexandre-Edmond comme un homme brave et généreux, que ses soldats aimaient beaucoup, mais qui avait le vice du jeu.

Il se maria une première fois avec Dorothée de BIREN, princesse de COURLANDE, le 23 avril 1809 ( le contrat fut signé au château de Lobichau ). Cette union fut faite à contrecoeur, car ce n’était pas le moment pour lui de se marier. De cette union naquirent :

A cause de sa passion pour le jeu, Alexandre-Edmond contracta des dettes si considérables qu’il dut vendre ses propriétés de ROSNY et ensuite se réfugier à LONDRES, où il avait une mission diplomatique à accomplir.

Ensuite il s’installa à FLORENCE, où habitait Charles TALLEYRAND, ambassadeur du Roi de France. Ici il connut et se lia à la famille d’origine écossaise Mac DONELL, qui habitait Florence depuis 1820, et dont un de ses membres, Hugh, était ambassadeur du Roi d’Angleterre. Devenu veuf de Dorothée en 1862, il épousa à Florence la veuve de Hugh Mac DONELL, avec laquelle il vivra jusqu’à sa mort en 1872, âgé de 84 ans. Sa veuve, duchesse douairière de TALLEYRAND, s’éteignit à son tour à Florence en 1880.

Napoléon-Louis de TALLEYRAND-PERIGORD, fils aîné d’Alexandre-Edmond, naquit à Paris en 1811. NAPOLEON 1er et Marie-Louise furent ses parrain et marraine. Après ses études, il fut envoyé à Florence, où vivait son oncle. En 1829 il se maria avec Alix de MONTMORENCY, en donnant ainsi origine à la dynastie TALLEYRAND-MONTMORENCY. En 1838, il accompagna le duc d’ORLEANS, fils de LOUIS-PHILIPPE, en une tournée d’Europe. En 1847 sa mère lui laissa le château de SAGAN. Devenu veuf en 1861, il se remaria avec Pauline de CASTELLANE, fille du maréchal de CASTELLANE, qui lui donna une fille, Dorothée dite DOLLY, qui épousera Charles Egon, prince de FURSTENBERG.
Il mourut à Berlin en 1898.

2) La BRANCHE AGUADO.

Alexandre-Marie AGUADO, né à SEVILLE en 1785 d’une famille juive espagnole et mort à Gijon ( Espagne) en 1842, fut marquis de las Marismas del Guadalquivir et vicomte de MONTE RICCO.

Lors de l’occupation française de l’Espagne, il combattit au côté de Joseph BONAPARTE et s’engagea dans l’armée française après la bataille de Baylen (1808) avec le grade de colonel. Il fut aide de camp du maréchal SOULT. En 1813 il assiste à la bataille de VITORIA qui marque la fin de la royauté de Joseph BONAPARTE.

En 1815 il quitte l’Espagne et s’installe à Paris, se livrant aux affaires et accumulant rapidement une fortune qu’il engagea dans une banque. Il devient ainsi un des plus grands banquiers de son époque. Le gouvernement espagnol lui confia les négociations des emprunts des années 1823-1834. Le roi Ferdinand VII lui donna plusieurs décorations et lui conféra le titre de marquis.

En 1828 il fut naturalisé français . Il avait déjà de nombreuses propriétés en France et dans les années suivantes il augmenta son patrimoine immobilier par des importantes acquisitions : le château et le cru de Margaux, le château de Petit-Bourg, un hôtel particulier à Paris, de venu la mairie du IXème.

Grand bienfaiteur de l’Opéra, il fut l’ami de Gioacchino ROSSINI, qui composa chez lui son opéra de Guillaume TELL. A sa mort (1842) il laissa une fortune immense ( environ 60 millions de francs).

Alexandre-Marie AGUADO se maria avec Carmen Victoire MORENO, née à Séville en 1788 et décédée à Sivry en 1867. Ils eurent trois fils dont Manuel ALEXANDRE, qui devint un célèbre photographe de la cour de Napoléon III et ONESIME, lui aussi photographe et qui eut le titre de vicomte.

Olympe, qui hérita du titre de marquis de LAS MARISMAS, épousa Claire Emily MAC DONELL, dame du Palais de l’impératrice Eugénie. De cette première union, naquirent quatre enfants : Edgard, mort jeune, Alexandre Marie (1843-1882), Arthur Olympe Georges (1845-1894), et Carmen Ida Maria, née en 1847 et décédée à Arcachon en 1880, à l’âge de 33 ans.

Le peintre WINTERHALTER a fait d’elle un magnifique portrait, aujourd’hui au château de Versailles. Carmen épousa, en 1866, Adalbert de TALLEYRAND-PERIGORD et devint la première TALLEYRAND duchesse de MONTMORENCY.

3) LES DEUX DERNIERS DUCS DE MONTMORENCY.

ADALBERT de TALLEYRAND-PERIGORD, (1837-1915), troisième enfant et second fils de Napoléon-Louis, fut le premier TALLEYRAND duc de MONTMORENCY. Il épousa Carmen Ida Marie AGUADO Y MAC DONELL ( 1847- 1880), en donnant ainsi origine aux TALLEYRAND-AGUADO-MONTMORENCY.

Ils n’eurent qu’un fils unique : LOUIS Eugène ( 1867 1951), qui se maria une première fois en 1891 avec Anne de ROHAN-CHABOT dont il resta veuf très tôt, en 1903. Il se remaria en 1917 avec une de ses amies, madame Ferdinand BLUMENTHAL, dont le mari avait péri en mer. Veuf à nouveau, il se remaria une troisième fois sur le tard avec sa nièce du côté MAC DONELL, Ida LEFAIVRE veuve de Géo GRANDJEAN, héros de la résistance, fusillé par les Allemands dans la forêt de Montmorency en 1944.

LOUIS participa à toute la première guerre mondiale, d’abord comme officier de liaison de la 4ème division d’infanterie britannique. Il fit toute la retraite depuis la frontière de Belgique jusqu’en Seine-et-Marne, puis la marche en avant jusqu’à SOISSONS. Il participe à la prise de LA FERTE-SOUS-JOUARRE., puis à la marche en avant jusqu’au-delà d’ARMENTIERES.

En 1916, il participe à toutes les attaques de la SOMME et fit en 1917 la marche en avant jusqu’à SAINT-QUENTIN, en suivant le repli Allemand sur la ligne HINDENBURG. Le 22 Mars 1917 il fêtait ses 50 ans pendant une halte de 3 jours à SALENCY près de NOYON.

Epuisé mais contre son gré et malgré toutes ses démarches, il fut mis à la disposition du gouvernement militaire de Paris et termina la campagne comme adjoint du commandant d’armes de plusieurs portes de Paris.

Il est démobilisé le 18 janvier 1919, fait chevalier de la légion d’honneur à titre militaire, décoré de la croix de guerre avec palmes en 1917, décoré de la Military Cross et de l’Aigle Blanc de Serbie avec glaives. Il était chevalier de Malte et chevalier du Saint-Sépulcre. Il mourut à Paris en 1951. Ida, sa dernière épouse meurt à Versailles en 1985.

Ainsi se termine cette lignée « TALLEYRAND-AGUADO-MONTMORENCY ».

A la fin de la conférence, les participants ont visité le Musée du château du Marais, guidés par Madame de Bagneux, et admirant les précieux vestiges conservés là et goûtant encore plus les atmosphères et les époques évoquées par la relation de Georges Lefaivre.

La journée s’est terminée par un délicieux dîner dans un des salons du château, que la châtelaine, Madame Anna de Bagneux, a mis à disposition de l’assistance et pendant lequel les participants ont pu s’entretenir et approfondir les connaissances des uns et des autres et échanger des idées sur la journée écoulée.

En conclusion, la journée du 20 juin 2009 a été une occasion d’enrichissement culturel et de convivialité.


*Corinne Doria, est membre de l’association « Les Amis de Talleyrand ». Doctorante, elle est actuellement en France pour préparer une thèse sur Royer-Colard qu’elle défendra à la faculté de Milan.

 

Source  « Le Courrier du Prince », Bulletin de l’association, du 2 janvier 2010