« De Berlin à Sagan, sur les pas de Dorothée, duchesse de Dino  et de sa mère, la duchesse de Courlande. »

Vendredi 16 juillet 2004, Görlitz, Moriztburg et Dresden




9h, départ de Kliczków. Arrêt à Boleslawiec, ville connue pour sa faïence bleu marine. Nous sacrifions aux rites d’achats des touristes.
Vieux MIG abandonnés sur une ancienne base militaire, peu après Boleslawiec.

Passage de la douane à Görlitz en Saxe. Visite de la ville dont l’intérêt est d’être mi-polonaise sous le toponyme de Zgorzelec, et mi-allemande, la Neisse faisant office de frontière. Un pont est en train d’être reconstruit, symbole de l’Europe. De part et d’autre du pont, deux visages de la ville, deux économies différentes : une vieille ville restaurée et entretenue du côté germanique, une ville récente avec des barres d’immeubles du côté polonais.




Riche patrimoine historique dans la vieille ville, plus de 3500 maisons classées. Reichenbacher Turm , porte fortifiée des 14-15èmes siècles, Obermarkt, place du marché d’en haut avec ses belles maisons baroques et l’église de la Trinité, dotée de deux nefs, l’une pour les protestants, l’autre pour les catholiques.

Très belles stalles franciscaines datant de 1496 et chaire renaissante des Douze apôtres d’un côté, retable gothique de la Vierge Marie (1510) dans la chapelle Sainte Barbe, de l’autre. Untermarkt, place du marché d’en bas, dominée par l’hôtel de ville, le poids municipal décoré de modillons naïfs, l’ancienne Bourse. Belles maisons dans les rues adjacentes, notamment la maison biblique ; bel escalier extérieur (1537), tribune aux harangues. Grande église Saint Pierre et Saint Paul à proximité de la Neisse. Belle ville qu’il aurait été dommage de ne pas visiter.

Tunnel de 3,300 kilomètres à la sortie de Kodersdorf. Le paysage s’ouvre : vaste panorama, immenses parcelles agricoles, anciens kolkhozes.
Déjeuner sur l’autoroute.

14h15, visite du château de Moritzburg, grande bâtisse carrée avec quatre tours d’angle, jaune et ocre, couleurs du baroque saxon. Beaucoup de trophées de chasse et curieux décor en plumes de la salle du trône, preuves de l’importance des chasses au XVIIIème siècle ! Salle des fêtes lumineuse, haute de deux étages. La coursive supérieure offre une vue en plongée sur la table des princes et son précieux service de Meissen. Plus charmant que le château assez conventionnel bien que baroque, les ravissants putti qui surmontent la balustrade de pierres extérieure, petits angelots poupins portant l’un une grosse carpe du lac, l’autre une hure de sanglier, le troisième jouant de la flûte ou mimant Cupidon. Expression inventive et fantaisiste qui s’inscrit bien dans le croissant broque d’Europe centrale. A noter que la Saxe, état faisant partie de la Confédération du Rhin, eut des liens privilégiés avec la France. Napoléon lui-même nomma le roi de Saxe Grand-duc de Varsovie. Une exposition temporaire sur les relations de la France et de la Saxe rappelait ce passé.



16h15, arrivée à Dresde. La statue dorée de Frédéric-Auguste II le Fort nous accueille. Visite dans le Zwinger qui, au premier coup d’œil apparaît comme un ensemble architectural magnifique (n’a-t-on pas appelé Dresde « la Florence de l’Elbe » ?), du Musée de peintures : Gemäldegalerie Alte Meister pour un groupe, splendide musée des porcelaines de Meissen pour l’autre. Visites passionnantes dans les deux cas et époustouflantes par la richesse de leurs collections. Les princes électeurs ne manquaient ni de goût ni de fortune. Au nombre des chefs d’œuvre, un Vermeer, trois Rembrandt, des Cranach, Van Eyck, Holbein, Rubens sans compter la Vierge de Saint Sixte de Raphaël et autres merveilles. Une magnifique collection également de portraits de Pesne, peintre de cour, et « La petite chocolatière » de Liotard présentée naguère à Paris.

18h, sortie sur la vaste esplanade du Zwinger, cour carrée devenue elliptique par l’adjonction de deux pavillons, le pavillon du Carillon (Glockenspielpavillon) et le pavillon du Rempart (Wallpavillon), bijoux d’architecture baroque dus à l’architecte Matthäus Daniel Pöppelmann (1662-1736) et au sculpteur Balthasar Permoser (1651-1732). Débauche d’ornements floraux, de cariatides et atlantes, malheureusement noircis par la suie du chauffage au lignite ou au charbon. Le cœur historique de Dresde, outre les effroyables destructions consécutives aux bombardements du 13-14 février 1945 – le Zwinger a été reconstruit entre 1945 et 1964, comme le signale une plaque, « dans son ancienne beauté » - pâtit de cette épaisse patine noirâtre qui exhibe son passé récent de ville d’Europe de l’Est. Deux grandes galeries ferment le quadrilatère : la Zwingergalerie et la galerie Semper affectée à l’exposition des collections royales. Pont sur le canal du Zwinger.




Pause rapide à l’Artotel décoré par l’artiste Est-Allemand A.R. Penck, et départ pour une nouvelle visite du centre de Dresde. Manufacture des tabacs à la curieuse allure mauresque, pont Marienbrücke sur l’Elbe, opéra dit Semperoper du nom de son architecte : Manfred Semper, grande cathédrale catholique fermée, château restauré. Sur le mur du château donnant sur la rue, une mosaïque en carreaux de porcelaine de Meissen, réalisée en 1906, met en scène la « Procession des Ducs » de Saxe-Wettin. Dans la cour du château, jadis cour des écuries, une longue galerie et le musée des transports.

Arrêt devant la Frauenkirche, église Notre-Dame, intégralement reconstruite. Immense défi et pari tenu. La reconstruction entreprise après la chute du Mur, en 1990, est aujourd’hui en voie d’achèvement. Travail titanesque qui se voulant respectueux du passé, se réfère aux clichés anciens et aux plans originaux. Surprise de voir un chef d’œuvre baroque du XVIIIème siècle fidèlement rebâti, surprise encore plus grande de voir les 90 000 pierres de construction trouvées au milieu des décombres réutilisées dans le gros œuvre du bâtiment. Puzzle géant qui par la couleur de ses pierres noires et blanches, juxtapose le passé et le présent. Près du palais ducal, l’ossature du palais de Courlande, en attente de restauration.

Dîner au bord de l’Elbe. Un soudain orage nous oblige à déserter la terrasse aménagée à l’emplacement des anciennes fortifications. Curieux dessert de galettes de pommes de terre à la compote de pommes : Sächsische Quarkkeulchen mit Apfelmus.