« De Berlin à Sagan, sur les pas de Dorothée, duchesse de Dino  et de sa mère, la duchesse de Courlande. »

Mardi 13 juillet 2004, Berlin




Départ en car pour le château de Friedrichsfelde, lieu de naissance de Dorothée.

Quartier des Ambassades du temps de Berlin Ouest, près du Kulturforum et de la Philharmonie, prestigieuse salle de concert dessinée par Hans Scharoun en 1963 et indissociable, pendant 25 ans, de son célébrissime chef d’orchestre Herbert von Karajan (1954-1989). Stalin Allee devenue Karl-Marx-Allee, prototype de l’architecture des années 50 dite stalinienne. Cette large avenue, bordée d’immeubles de briques revêtus d’un placage de mosaïques, ne manque ni d’harmonie ni de cohérence architecturale. Succède à cette percée monumentale, la Frankfurter Allee, en direction de Francfort-sur-Oder.

Arrivée au château de Friedrichsfelde dans le Tierpark de Berlin Est. Intéressante histoire que celle de ce petit château baroque acheté par le père de Dorothée, Pierre Biron de Courlande, en 1785, à une époque où, mis en demeure de céder son duché à la Russie, il achète des propriétés, considérables parfois, au Sud de sa propre patrie d’origine, dans la partie orientale de l’Europe. Dorothée, quatrième fille de Dorothea von Medem (1761-1821) et du Duc Pierre Biron (1724-1796), y naît le 21 août 1793. La famille de Courlande réside peu dans le château de Friedrichsfelde puisque celui-ci est vendu dès 1797. Mais il reste pour qui s’intéresse à la duchesse de Dino, un lieu de mémoire, et les gardiennes du château sont visiblement surprises de l’intérêt subit qu’un groupe de Français porte à leur patrimoine.







Château dans le goût du XVIIIème siècle, entre cour et jardin. La façade surmontée d’un fronton et éclairée de grandes baies vitrées donne sur un jardin à la française agrémenté d’une allée de statues. Sur la cour, un petit perron permet d’accéder au vestibule d’entrée. Le fronton plus grossier met en valeur les exploits d’Hercule.



A l’intérieur, enfilade de pièces où ont été rassemblés des portraits intéressants : portrait de Sophie-Dorothée de Prusse, mère de Frédéric II-le-Grand, œuvre d’Angelika Kauffmann, ; portrait de Charlotte Dorothea de Courlande dû à Anton Graff (1791). Collection d’assiettes de la manufacture KPM de Berlin avec des vues de la ville, statue de Louise de Prusse et de sa sœur, mobilier de diverses provenances, tout ceci n’est pas d’origine mais donne une âme au château que l’on peuple en imagination de la famille de Courlande, vivant ici à la fin du XVIIIème siècle, après des vicissitudes familiales dignes d’une saga romanesque. Grande salle de bal créée par Pierre Biron lui-même. Petit château sans prétention, assez méconnu, néanmoins plein du charme des demeures qui ont une histoire.

Visite du zoo de Berlin Est installé dans le parc du château. Le ciel gris et la petite pluie qui se met à tomber amplifient l’impression d’abandon qui émane du lieu. Probablement détrôné au profit du parc zoologique de Berlin Ouest, le zoo de Friedrichsfelde survit tant bien que mal. Une espèce très rare cependant, le Balaeniceps rex ou « bec-en-sabot », étrange échassier des Tropiques doté d’un bec caréné, considère stoïquement et sa situation et le visiteur !

Retour à Alexander Platz après quelques errances, la station S-Bahn de Friedrichsfelde étant fermée pour travaux; déjeuner rapide d’une pizza dans le hall de la gare d’Alexander Platz et départ en métro pour le château de Charlottenburg.


Visite de la « Nouvelle aile », extension du château de la reine Sophie-Charlotte, commandée par son petit-fils Frédéric II à l’architecte Knobelsdorff. Vaste bâtiment aux pièces en enfilade laissant entrer la lumière côté cour et côté parc. Lumineuse salle blanche, servant à Frédéric II de salle de banquet et de salle du trône, vaste galerie dorée aussi riche que raffinée, utilisée comme salle de bal ou de musique, appartements de Frédéric II presque éclipsés par les chefs d’œuvre qu’ils contiennent, attestant du goût très sûr du prince-électeur : « L’Enseigne de Gersaint » de Watteau (1720) ainsi que le célèbre « Embarquement pour Cythère ». De beaux portraits sont dus à Antoine Pesne, artiste français établi en Prusse. Appartements d’hiver du roi Frédéric-Guillaume II, de la reine Louise et du roi Frédéric-Guillaume III, riches collections de tableaux, de meubles et notamment de tabatières serties de pierres précieuses ou semi-précieuses appartenant à Frédéric II. Demeure royale prestigieuse, très endommagée pendant la seconde guerre mondiale et reconstruite à l’identique dans l’esprit du siècle des Lumières et du château de Sans Souci à Postdam. Brève incursion dans le jardin à la française, redessiné selon les plans de l’époque et en parfaite adéquation avec le château. Plus loin la pièce d’eau et le parc à l’anglaise que nous n’avons pas le temps de parcourir.


17h30, rendez-vous au Reichstag, où Françoise nous a obtenu une visite exceptionnelle en français. Accueil réservé à notre groupe par l’entrée nord, ce qui nous dispense d’une attente obligatoire, le nombre des visiteurs oscillant entre 7 et 10 000 par jour. Première surprise dans le hall d’attente, les graffitis en russe sur les murs ; nous en aurons l’explication ultérieurement : ces inscriptions ont été laissées par les soldats russes au cours de leur occupation et sauvegardées, après discussion, pour témoigner d’une phase de l’histoire sombre de l’Allemagne. Deuxième surprise, une colonne lumineuse s’élevant du sol au plafond et transcrivant en boucle les lois garantes de la démocratie, œuvre d’une artiste américaine.

Entrée occidentale de la salle plénière ou salle de séances. En 1995, nous dit le guide, un conseil artistique consultatif a choisi deux leitmotive pour la décoration du Reichstag reconstruit : privilégier les artistes allemands, mais en signe d’hommage pour les puissances alliées : USA, Russie, France, Grande-Bretagne, accorder une place à quatre artistes les représentant, la part la plus spectaculaire revenant à l’architecte britannique Norman Foster, concepteur de l’élégante coupole de verre surmontant le bâtiment.

Drapeau d’Allemagne fédérale dans l’entrée occidentale matérialisé par un panneau en verre émaillé noir, rouge et or de 28 m de haut sur 3 mètres de large. Trois portes devant nous pour l’entrée du Bundestag. Le guide nous rappelle les trois types de scrutin traditionnels de la chambre : à main levée pour estimer une majorité, vote secret pour l’élection du Chancelier, Président du Parlement et pour l’élection du Président de la République, et vote nominal dans certains cas. Le choix de l’une ou l’autre des portes permet de compter les voix ; c’est pourquoi figurent au-dessus du chambranle, « Ja », « Nein » ou « Enthaltung » : abstention.

Bref rappel historique : construction de 1884 à 1894, Janvier 1933 : prise du pouvoir par les Nazis, incendie du Reichstag dans la nuit du 27 au 28 février 1933, dégâts considérables dus aux bombardements alliés, 7 avril 1945 : occupation par les Soviétiques, reconstruction dans les années 50 puis 70, 9 novembre 1989 : chute du mur, 1995 : reconstruction confiée à Norman Foster, 19 avril 1999 : première séance plénière dans l’enceinte du nouveau Bundestag.

Visite du Promenoir des députés, lieu de rencontres et de discussions à l’écart de la presse. Les grandes verrières ouvrent sur les jardins et la nouvelle Chancellerie dont le guide nous indique avec un petit sourire qu’elle a la taille de « trois Maisons Blanches ». Salle rendant hommage aux députés de la République de Weimar (120 morts) et rappelant par la symbolique d’une grande toile moderne jaune et rouge l’embrasement du Reichstag en 1933 puis durant les bombardements de 1945, mais aussi l’espoir d’une renaissance s’élevant tel un phénix de la couronne ardente.

Espace de prière et non chapelle, puisque cette salle de recueillement est non-confessionnelle, conçue pour toutes les religions du monde ; lumière indirecte, bloc de granit à la fois autel chrétien ou kaaba musulmane, sièges droits propices à la méditation bouddhiste, croix de bois amovible. Saisissants panneaux muraux tapissés de clous : chacun y trouve matière à réfléchir, que ce soit l’expression du dolorisme chrétien avec l’évocation de la passion ou la mémoire de la souffrance des camps, l’humanité persécutée en tous temps et en tous lieux. Les tonalités noires et grises renchérissent sur le symbolisme fort de cette belle œuvre moderne.

Promenoir oriental où l’on retrouve des graphes en écriture cyrillique. Impressionnante oeuvre de l’artiste français Boltanski, qui, à l’instar des listes de disparus juifs du Marais gravées sur les murs du Musée d’art Juif à Paris, a dévolu ici, au sein d’une vaste composition, une boîte métallique à chaque député allemand démocratiquement élu entre 1919 et 1999, archivage symbolique qui ne cherche pas à masquer les noms des députés nazis élus dans la légalité, rappelant par là les errements toujours possibles de l’opinion publique.

Hémicycle du Bundestag dominé par l’aigle germanique dénommé irrévérencieusement « la grosse poule » : colossal assemblage métallique pesant 2,5 tonnes et mesurant 6,8 mètres de hauteur sur une largeur de 8 mètres ! Au-dessus, la magnifique coupole de verre de Foster, ceinte d’une rampe hélicoïdale sur laquelle montent et descendent les visiteurs, visibles d’en bas, semblables aux « hommes qui marchent » inlassablement de Giacometti. Un cône renversé revêtu de miroirs diffuse la lumière du jour dans la salle des séances. Un velum tournant au rythme des heures du jour, empêche le soleil d’éblouir. Superbe architecture contemplée d’en bas. Impression confirmée en haut. De la plate-forme panoramique, vue lointaine sur Berlin et vue rapprochée sur les anciens murs subsistant du Reichstag.
 




Visite intéressante d’un haut lieu de la politique, fortement connoté symboliquement, ce qu’ont bien compris les députés qui ont demandé – à une relativement faible majorité - le transfert du Bundestag de Bonn à Berlin.