« De Berlin à Sagan, sur les pas de Dorothée, duchesse de Dino  et de sa mère, la duchesse de Courlande. »

Jeudi 15 juillet 2004, Sagan




Départ de Kliczków ; le château a été entièrement reconstruit après la guerre. Dans le hameau, superbe maison communautaire à colombages, dépenses et réserves de bois au rez-de-chaussée, habitation au premier étage. Petite église entourée de son cimetière.

Paysage typique de Silésie : landes sur sable, forêts de bouleaux et de pins. Pont Bailey sur la rivière Kwisa (des calculs nous ont occupés dans le car pour savoir si la masse du car n’allait pas dépasser le poids autorisé !). Transition, voire frontière, entre les villages polonais et russes. Świętoszów est un village de garnison russe, et Wioletta nous signale les anciennes casernes devenues HLM.

Hôpital de Zagań, fondé par Dorothée au milieu du XIXème siècle, témoignage de ses préoccupations sociales et philanthropiques. Dans la cour de l’hôpital, magnifique hêtre pourpre et pin noir ;


Eglise de la Sainte Croix, où reposent Wilhelmine (1781-1839), Dorothée, duchesse de Sagan, et son fils, Louis-Napoléon (né à Paris en 1811, mort à Berlin en1898). Vie romanesque que celle de Wilhelmine, fille aînée préférée de Pierre Biron son père, mariée et divorcée plusieurs fois, séparée de sa fille « Vava » élevée en Suède, maîtresse de Metternich. « Je me ruine en maris » a-t-elle dit, non sans raison. Duchesse de Sagan mais vivant à Vienne (Dorothée l’appelle « la Viennoise »), voyageant souvent en Italie, catholique comme Dorothée au sein d’une famille protestante. C’est du reste le choix de la religion catholique qui explique la présence de Wilhelmine et de sa sœur Dorothée dans cette petite chapelle, les autres membres de la famille de confession protestante étant inhumés dans l’église évangélique.

Une première chapelle est attestée au XIVème siècle (1334) La duchesse de Dino cherchant un lieu pour enterrer sa famille, acheta ce terrain et, en 1849, fit édifier sur l’emplacement de la chapelle primitive, cette église dite de la sainte Croix en raison d’une légende rapportant que lors d’inondations, on trouva voguant au fil de l’eau une grande croix miraculeuse. Symbole très présent dans les motifs décoratifs de l’église. Derrière les tombeaux, des niches renfermaient jadis des urnes funéraires contenant le cœur de Dorothée et de Wilhelmine. Le cœur de Dorothée a disparu aujourd’hui, suite à un acte de malveillance ; celui de Wilhelmine est toujours présent. Les tombeaux des deux sœurs en vis-à-vis sont l’objet de la vénération des habitants de Zagań qui, chaque année, en septembre, y allument des bougies. Ils n’oublient pas que le testament de Dorothée demandait que l’on s’occupe des personnes malades sans tenir compte de leur religion ou de leur niveau social. Cette petite chapelle, liée par maints souvenirs à la duchesse de Sagan, a été fermée après la guerre, détruite en partie, puis restaurée par les fidèles eux-mêmes. Rouverte il y a vingt ans, elle a conservé ses bancs d’origine et deux statues d’autel. Des pierres tombales anciennes, notamment protestantes, sont incluses dans le mur extérieur. L’une d’elles mentionne le nom de l’architecte Von Schatzberg.





 L’hôpital fondé par Dorothée en 1851 n’avait que 16 lits réservés aux mères et à leurs enfants ; il fonctionna jusqu’en 1944. Il y a dix ans, la fondation renaît, grâce à des aides et à des organisations caritatives.

Visite de la chapelle communiquant directement avec l’hôpital par la galerie supérieure. Chapelle Sainte Dorothée placée également sous le patronage de Sainte Edwige, patronne de Silésie, et remarquable par son retable gothique du XVème siècle, relatant sur cinq panneaux la vie et le couronnement de la Vierge, et la dormition de Marie sur la prédelle. Autre œuvre d’art intéressante : un groupe en marbre sculpté, acheté en 1856 à l’Exposition Universelle de Paris : mort de Sainte Dorothée attachée sur le bûcher et recevant d’un ange descendu du ciel un panier de roses. Le carillon est de l’époque de la duchesse de Dino de même que la curieuse clochette sans battant du servant de messe.

Ensemble néo-gothique, bien dans le style du XIXème siècle ; le bâtiment imite, dit-on, l’hôtel de ville de Nuremberg. Façade principale sur la rivière Bobr.






Déjeuner au restaurant Kepler, l’autre célébrité de la ville étant le savant astronome Johannes Kepler, né dans le Wurtemberg en 1571 et mort à Sagań en 1630. Il vécut en Styrie de 1594 à 1600, en Autriche de 1612 à 1628 et à Sagań de 1628 à 1630. Il découvrit que les orbites planétaires n’étaient pas circulaires, mais elliptiques. Les lois qu’il établit permirent à Newton de dégager le principe de l’attraction universelle.

14 h, place de l’Eglise. L’édifice dont la première fondation remonte au XIVème siècle surprend par ses vastes proportions et son toit monumental.
Visite de l’abbaye post-augustinienne. Les moines possédaient terres, moulins et collèges et faisaient un travail de copistes. Ils ont laissé une précieuse bibliothèque du XIVème siècle, contenant et contenu, dont la valeur était déjà reconnue à cette époque. Ne disait-on pas que «  dix livres copiés valaient un village » ?  Intérieur baroque silésien du XVIIIème siècle : fresques, meubles en bois parfaitement adaptés, inscriptions édifiantes célébrant la sagesse : « Melior est sapientia quam arma bellica », deux coupoles consacrées l’une à Saint Augustin, l’autre à l’apothéose de la science. Fonds variant de 2000 à 10 000 livres rassemblés autour de trois centres d’intérêt : théologie, éloquence, droit canon. En 1810, lors de la fermeture du monastère, la bibliothèque fut transportée à Breslau (Wroclaw) et y est conservée.


Intermède musical pour nous faire apprécier l’originalité du lieu.
Petit musée du monastère où l’on a la surprise de voir deux étranges momies, Saint Christian et Saint Théodat, ramenées de Rome par Pierre Biron pour se faire pardonner une certaine brouille avec le clergé de l’église.

Eglise monumentale Notre-Dame de l’Assomption, agrandie au XVIIIème siècle ; voûtes gothiques, nef élevée, fenêtres en trompe-l’œil, Chœur doré, décor et stalles baroques illustrant la vie de Saint Augustin. Banc de Dorothée dit « banc des Princes ». Quelques fragments de fresques (1600) subsistent au fond de l’église, sauvées après incendie.

Tour de l’église évangélique en complète réfection, construite sur ordre de Dorothée en 1844, et surmontée plus tardivement d’une structure métallique pour lui donner de la hauteur et la mettre à égalité avec l’église catholique, voire donner l’impression d’une suprématie.
Là reposait le mausolée des membres protestants de la famille : Pierre Biron, Dorothea, Jeanne et Pauline. Mausolée hélas pillé selon les informations que l’on nous donne. Après cette première profanation, les descendants actuels de la famille de Courlande tentèrent, en 1991,de rassembler les restes épars de leurs illustres prédécesseurs. Vainement, une seconde profanation fut perpétrée, et, selon notre guide, rien ne subsiste de Pierre Biron, de la duchesse Dorothea et de deux de leurs filles. Sorte de réitération du destin qui, après la disparition du Duché de Courlande, annexé par la Russie, solde cette histoire peu commune par la disparition même des ossements des ancêtres de la dynastie. De ce lieu fermé au public, émane un sentiment de mélancolie lié à ce passé aboli.

Retour en ville le long des remparts de briques avec vue sur le chevet de l’église et le monastère. Curieuse visite d’une ville de Silésie, aujourd’hui polonaise, riche de l’histoire de la famille de Courlande, riche aussi d’un brillant passé religieux, lieu cependant d’antagonismes entre catholiques et protestants (Pierre Biron n’avait pas le droit d’entrer dans l’église catholique !), couloir de passage pour les armées notamment napoléoniennes (Dorothée elle-même apporte son témoignage sur la misère des populations et les traumatismes des guerres), terre victime de sa situation charnière, tantôt allemande (Mechthild qui nous accompagne est née dans la ville de Sagań Allemande), maintenant polonaise, déchirée par les vicissitudes de l’histoire et dépossédée d’un passé que la jeunesse actuelle ne reconnaît pas.




Achats à la cristallerie de Zagań et arrêt sur le site de « La grande évasion ». Ce plan d’évasion d’un oflag (camp d’internement d’officiers), immortalisé par le film joué par Steve Mac Queen, a été conçu et mis à exécution sur ces lieux mêmes, aux portes de la ville. Un petit musée commémore cette terrible aventure puisque le plan échoua et que 50 officiers furent exécutés. Leurs noms et leurs photos figurent dans le musée ainsi que leur matériel d’évasion. Un mémorial rappelle l’existence du camp, que rien ne laisserait soupçonner aujourd’hui, la forêt ayant repris ses droits.

Cette campagne boisée a été hélas témoin des guerres napoléoniennes (un cimetière de soldats de 1813 est tout proche) et a servi de site d’implantation pour les camps de concentration pendant la dernière guerre : oflag ici, stalag 308 près de Świętoszów, village proche de Zagań. Sombre remémoration dans un paysage peuplé d’ombres.

Rencontre avec les amis de Zagań dans le jardin de la pension Mlynówka, laquelle occupe une très grande maison rustique à colombages du plus bel effet. Derniers remerciements à nos hôtes polonais. Françoise se prête aux interviews tandis que nous revenons dîner à Kliczków.