« De Berlin à Sagan, sur les pas de Dorothée, duchesse de Dino  et de sa mère, la duchesse de Courlande. »

Dimanche 18 juillet 2004, Altenburg et Berlin





Visite de la ville d’Altenburg (39 000 habitants) en compagnie d’une guide charmante parlant très bien français et francophile (elle a fait ses études en France), directrice de l’Office du tourisme de la ville, donc bien au fait des problèmes que pose la restauration des villes de l’ex-Allemagne de l’Est et du choix difficile à faire entre conservation et modernisation.

Altenburg, ville slave que les Allemands ont christianisée. A noter l’importance de la toponymie : le suffixe en –itz indiquant une origine slave, les terminaisons en -stadt, -hein, -burg dénotant une appartenance allemande. Ville construite sur deux niveaux : ville haute centrée sur son château, ville basse commerçante. Des remparts subsistent et une tour indiquant l’entrée de la vieille ville. Sept visites de Frédéric Barberousse montrent l’intérêt qu’il accorde à la bourgade ; il lui assigne un rôle marchand. Anciens bassins de pisciculture ; rivière bleue, ainsi dénommée à cause de la teinture à l’indigo. Eglise Marienkirche sur le site de l’ancienne abbaye augustinienne. Incluse dans un îlot d’habitations, elle ne permet aucun recul. A la manière médiévale, des maisonnettes sont adossées à ses soubassements. Dans une petite rue pavée, une ancienne et vaste demeure, celle des Veuves et « Dames non mariées » de la cour des Ducs de Wettin, aujourd’hui, maison de retraite et église évangélique. Anciennes écuries des Ducs, orangerie, maison de thé, bâtiments à restaurer. Les toitures ont été refaites, sage précaution préalable aux travaux ultérieurs.



Château d’Altenburg (1725-26), « ville dans la ville » : autour d’une grande cour irrégulière, des bâtiments d’époque variée : porte d’accès, donjon, corps central du château au toit pentu, musée des cartes à jouer, église du XVème siècle, loggia Renaissance.

A l’intérieur, grande galerie dite galerie des ancêtres, détruite par un incendie en 1905, reconstruite en 18 mois en style néo-Renaissance au lieu du style baroque antérieur. Eglise du château construite en 1413 par Wilhelm le Riche, dévastée par un incendie dès 1444, reconstruite en style baroque, elle fut d’abord catholique. Sous Frédéric-le-Sage, Luther fit de fréquentes visites à Altenburg, et l’église adopta la Réforme, mais ne renonça pas à son faste, ce qui lui confère une spéciale originalité d’église luthérienne décorée avec la pompe catholique.

Autre curiosité : l’emplacement du grand orgue sur la paroi latérale de l’église, sans déperdition acoustique comme en témoigne l’enregistrement que le guide nous fait écouter. L’architecture de l’église permet cette étrange disposition motivée par le refus des Ducs de déplacer, pour y mettre l’orgue, leur loge surplombant la nef.

J.S. Bach, venu de Leipzig, joua sur cet orgue en 1739, mais aussi Liszt, Mendelssohn ; aujourd’hui, c’est le fleuron de l’Académie de musique de Thuringe.




Salle des fêtes reconstruite en 1864-69, considérée comme la plus riche de Thuringe : marbre de Westphalie, lustre de cristal de Bohême, or, peintures. Opulence de la famille Wettin dont les revenus reposaient sur l’exploitation des Monts Métalliques et sur la riche culture des céréales en Saxe et Thuringe.
Franchissement pour finir la visite du château, d’un passage voûté secret, creusé à des fins militaires, sur 140 mètres, sous l’église, et la route.


Skatbrunnen, fontaine de la vieille ville, rappelant l’ancienneté du jeu de cartes à Altenburg. La ville n’est-elle pas depuis 550 ans dévouée à cette fabrication ? Aujourd’hui, elle produit 90% de la production mondiale sous le label d’un groupe belge : Carta Mundi. Place du premier marché de la ville, bordée de palais baroques. Eglise Saint Barthélémy (Bartholomaïkirche) où Luther célébra trois mariages de moines. Superbe hôtel de ville Renaissance (1562-64) sur l’actuelle place du marché de la ville.

Déjeuner au Ratskeller, dans un cadre gothique.
Dernier aperçu du centre ville, tour saint Nicolas, place ronde entrevue hier soir. Le circuit historique d’Altenburg est bouclé.
Départ pour Berlin : Zeitz à l’ouest, puis autoroute à partir de Weißenfels. Immenses parcelles de l’ancienne RDA, paysage ouvert. Perches à houblon, champs de fraises, cultures céréalières.

14h45, Lützen, site d’un bataille napoléonienne. Aéroport de Leipzig, franchissement de l’Elbe, autoroute vers Berlin.

17h30, aéroport de Schönefeld où nous déposons nos premiers co-voyageurs en partance pour Paris.

Approche de Berlin par le Sud-Est : Friedrichshain, quartier russe, quartier Lichtenberg puis zoo de Friedrichsfelde, Stalinallee, Gendarmenmarkt : église française reconstruite par la RDA de 1977 à 1983, musée des Huguenots (fermé) rappelant les tristes conséquences de la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 : exil des Huguenots français, 6.000 à Berlin, 20 000 dans le Brandebourg, départ d’artisans renommés et d’une intelligentsia qui sera reconnaissante à la Prusse de l’avoir accueillie.
Friedrichstrasse, Galeries Lafayette, bâtiment dû à Jean Nouvel, Postdamer Platz où l’inventivité des architectes contemporains s’est donné libre cours, grignotant peu à peu l’immense terrain vague désolé, coupé par le mur, qui, à la fin des années 70, était ainsi dénommé. Aujourd’hui, c’est le lieu de la modernité. Le tissu urbain est reconstitué.

Hôtel Bogota. Dîner à la terrasse d’un restaurant italien qu’une pluie d’orage nous oblige à déserter.