Talleyrand, la rue Saint-Florentin et la « révolution » de mars-avril 1814.

Compte-rendu par Jacques Brun de la conférence donnée
le 20 janvier 2004 par M. Emmanuel de Waresquiel


L’Hôtel Saint Florentin à Paris fut acheté par Charles-Maurice de Talleyrand en 1812 et il y est mort le 17 mai 1838.
Depuis la seconde guerre mondiale, il est la propriété du gouvernement des Etats-Unis qui en a fait le George C. Marshall Center. Un vaste programme de restauration est en cours, confié à la fondation américaine World Monuments Fund Europe et France.

Le 20 janvier 2004, dans cet endroit plein de souvenirs historiques et sous les prestigieux auspices de M. Howard H. LEACH, ambassadeur des Etats-Unis et de cette fondation, l’historien Emmanuel de Waresquiel a tenu une conférence sur Talleyrand, la rue Saint-Florentin et la « révolution » de mars-avril 1814.

En premier lieu, le conférencier a voulu répondre à certains propos tendant à faire croire que Talleyrand n’était qu’un homme du passé, non un visionnaire mais un « survivant ». Il avait au contraire une vision particulièrement juste et précise de l’avenir. Entre autres, alors que New-York ne comptait encore que 10.000 habitants, il y voyait déjà la future métropole la plus importante d’Amérique. De même lorsqu’il déclara que, malgré la guerre qui les opposait, l’avenir des Etats-Unis se situerait plus proche de l’Angleterre que de la France, son alliée du moment.

Talleyrand avait un sens inné des affaires. Il acheta son hôtel Saint-Florentin à Joseph de Hervas pour la somme de 500.000 francs mais ne lui en paya que 70.000 francs, le solde venant en remboursement d’une dette ancienne de dix années, lorsque le vendeur était au service du roi Joseph en Espagne.

L’emplacement du bâtiment, entre les faubourgs Saint-Honoré et Saint-Germain pourrait symboliser la position conciliante qu’a toujours eu Talleyrand envers les deux coteries.

Ses appartements se trouvaient à l’entresol, ce qui lui évitait de gravir un trop grand nombre de marches d’escalier. La duchesse de Dino occupait le deuxième étage.

Tous les matins avait lieu le même rituel de la toilette du Prince devant une véritable cour d’amis mais surtout de solliciteurs. L’invraisemblable scène du lavage du nez et de la gorge est bien connue. Des dîners somptueux avaient lieu, entre autres ceux ordonnancés par Carême. Ils étaient soumis à une véritable étiquette digne de l’ancien régime. Mais surtout, c’était le whist. Les parties duraient une grande partie de la nuit. Talleyrand excellait dans ce jeu d’évaluation. C’était une des différences qui l’opposaient à Napoléon, plutôt porté sur les échecs, jeu d’anticipation.

En 1814 l’hôtel Saint-Florentin a été le centre du monde. Talleyrand connaissait bien le Tsar et le Tsar l’appréciait depuis Erfurt et le mariage de son neveu avec Dorothé de Courlande. Certains ont qualifié  ces évènements de 1809 de « trahison ». Emmanuel de Waresquiel préfère la qualification de « double jeu ».

En 1814, La France était à genoux. Alexandre 1er était le grand vainqueur parmi les coalisés. Entrant dans Paris, il pouvait prétendre à la résidence la plus prestigieuse de notre capitale. Il a choisi la maison de Talleyrand dont il occupa le premier étage.
C’est à l’hôtel Saint-Florentin qu’ont eu lieu toutes les tractations sur le devenir de la France. Ce sont les idées de Talleyrand qui ont prévalu. Il y a mis en avant, avant Vienne, le principe de légitimité et a pu conclure le traité de paix du 30 mai, extraordinaire victoire diplomatique.

C’est enfin dans l’hôtel Saint-Florentin que Talleyrand mourut le jour de sa rétractation envers l’Eglise.
Immédiatement, l’hôtel fut vendu à James de Rothchild qui le loua à la Princesse de Lieven qui fut, entre autres, la maîtresse de Guizot.

Merci à Emmanuel de Waresquiel d’avoir fait revivre un instant ces murs chargés d’une Histoire qui devait marquer tout le XIXème siècle.