Talleyrand à Autun, Conférence donnée à Autun le 19 novembre 2005

Olivier de Brabois

Introduction

Pourquoi Talleyrand à Autun ? Talleyrand ne séjourne à Autun qu’un peu moins d’un mois et ne reste évêque que trois ans. Alors, alors pourquoi s’intéresser à ce petit mois négligé par les historiens et dédaigné par les Autunois ? Seule une petite rue éloignée porte le nom de l’évêque

Et bien, pour quatre raisons :
· Tout d’abord, lorsque l’on dit l’évêque d’Autun, chez une partie de la population, on pense à Talleyrand.
· Puis parce qu’Autun est une ville merveilleuse qu’il faut découvrir. J’y ai une partie de mon cœur et je suis heureux de voir ce plaisir partagé, par tous les amis de l’Association des Amis de Talleyrand. C’est bien grâce à Talleyrand qu’ils sont ici ce soir et nous nous en réjouissons.
· Ensuite, parce que ce petit mois, ces quatre semaines ont profondément influencés notre Charles-Maurice
· Enfin, parce qu’à Autun, les lieux semblent avoir si peu changés que l’on retrouve derrière chaque pierre le souvenir de notre évêque. Il y a même ici un buste intéressant de notre homme qu’André Strasberg, conservateur des antiquités et objet d’art au musée Rolin vous a présenté.


Alors nous allons parler ce soir simplement de la période où Talleyrand a été à Autun

Enfin évêque ou la timbale autunoise

C’est le 4 janvier 1789 que Charles-Maurice de Talleyrand Périgord est sacré évêque à Issy. Il y a peu de monde pour l’entendre prêter serment.
« Moi, Charles-Maurice élu pour l’église d’Autun, serai, dès à présent et à jamais fidèle et obéissant à l’apôtre saint Pierre, à la sainte Église romaine, à notre saint Père le Pape et à ses successeurs légitimes. J’aurai soin de conserver, de défendre, d’augmenter et de promouvoir les droits, honneurs, privilèges et autorité de la sainte Église romaine, de notre saint Père le Pape et de ses successeurs. »
Mais, le nouvel évêque d’Autun est heureux ; il a enfin décroché cet évêché auquel il aspirait depuis 4 ans.

Alors à quoi ressemble cet évêché « crotté » ?

Il a d’abord l’ancienneté

Autun est de manière sûre siège épiscopal depuis 313. Puis sa réputation historique : les nombreux monuments de l’époque gallo-romaine témoignent de l’importance et de la puissance passée d’Autun. Les très nombreuses églises, abbayes et couvents, tout comme la magnifique cathédrale Saint-Lazare, prouvent l’influence de la religion dans la ville.
Puis il représente la puissance et le prestige

L’évêque d’Autun ou plutôt monsieur d’Autun comme on l’appelle officiellement, devient automatiquement président des États de Bourgogne.


Ensuite cet évêché est très étendu.
« l’évêque confère de plein droit huit dignités de son Église, tous les canonicats d’Avallon, Saulieu, Montréal, une partie de ceux de Semur-en-Auxois, et de la prévôté de Bourbon ». Son diocèse comprend près de 700 cures, divisées en 25 archiprêtrés sous quatre archidiaconés et s’étend dans la Bourgogne, le Nivernais, le Bourbonnais, le Beaujolais et le Mâconnais.

Enfin ce qui n’est pas le moins pour notre homme, les revenus financiers ne sont pas négligeables. Ils s’élèvent à plus de 55 000 livres pour environ 5 000 livres de charges.

Charles-Maurice a donc trouvé une bonne place. Il ne s’y précipite pas pour autant. Le climat est bien froid et il y a tant à faire à Paris.

Le 26 janvier, Talleyrand avait envoyé une lettre pastorale au clergé et aux fidèles de son diocèse. Il s’agit d’un véritable chef d’œuvre d’habileté, de finesse et de démagogie. La lettre qui s’inspire d’une phrase de l’épître de saint Paul aux Romains « Desidero videre vos », « Je brûle du désir de vous voir », sera lue dans tout le diocèse lors du prône du dimanche suivant.

Il sait toucher juste. Avec virtuosité, il fait appel aux souvenirs de sa formation à Saint-Sulpice, aptes à émouvoir le clergé de son diocèse :
Si Charles-Maurice a toujours conservé du respect et de l’admiration pour ses maîtres de Saint-Sulpice, on reste plus dubitatif lorsqu’il évoque ses pieux instants de recueillement lors de sa retraite à la Solitude, avant son sacre.

Il ne lui faut oublier aucun ordre, alors il encense au passage les oratoriens :
Pour toucher il faut émouvoir, parler de sa famille et du lien qui existe entre elle et son diocèse, vers qui prétend-t-il convergent toutes ses pensées et tous ses sentiments. Il met en avant l’origine bourguignonne de sa mère : Alexandrine-Victoire-Eléonore de Damas d’Antigny est née et a vécu au château de Commarin.
Il ne lui suffit pas de se sentir de cœur avec son évêché, il brûle de l’envie de venir et cela le plus rapidement possible.

On peut s’étonner, d’un désir si pressant, lui qui tarde tant à venir rejoindre ses ouailles. Certes, il n’est sacré que depuis dix jours, mais il attendra près de deux mois avant de découvrir son évêché.
Alors pour finir, il lui reste à s’en remettre à Dieu

Voilà, le numéro est terminé ; on ne peut qu’admirer la virtuosité de l’artiste qui réussit à caresser les lecteurs dans le sens du poil. Il leur écrit exactement ce qu’ils souhaitent lire et entendre. Et en cela, il est indéniablement un précurseur de nombreux hommes politiques. La vérité n’existe plus ; seul compte l’impression qu’il doit donner ; et de ce point de vue, ce texte est une réussite complète. On voit déjà derrière le prélat poindre le candidat. Les États généraux sont convoqués depuis deux jours et il sait déjà qu’il souhaite y participer.


A Autun l’évêché ou l’heure a sonné

La réunion des États Généraux est prévue pour le 27 avril. En prévision, et afin de rédiger les cahiers et élire les députés, les abbés, prieurs, curés de paroisse… sont invités à se retrouver à une assemblée préliminaire qui doit avoir lieu le 28 mars. Cette réunion doit se tenir en présence de l’évêque d’Autun lui même.

Charles-Maurice a conscience de la nécessité de sa présence à Autun si il veut réussir à se faire élire député,
Alors, il accourt et pénètre dans la ville épiscopale le 12 mars 1789. Il découvre l’évêché, grimpe l’escalier monumental.


Les appartements doivent beaucoup au bon goût et aux travaux de ses prédécesseurs. Ils ont revu la distribution, la décoration et l’ameublement de l’évêché dans les années 1750-1770. Se succèdent trois pièces : la première, la deuxième antichambre et le salon ; au fur et à mesure que l’on progresse, la qualité et l’ampleur de la décoration et de l’ameublement s’accroissent par degré.



Au bout du salon se trouve la chambre à coucher de l’appartement d’été. Une porte-fenêtre ouvre sur la superbe terrasse qu’a fait réaliser monseigneur d’Hallencourt.

De cette terrasse, on peut admirer le paysage autunois. Les pentes vallonnées, la pierre de Couard sur la droite ; en face, au milieu des parterres dessinés par Le Nôtre, le séminaire d’Autun construit au siècle précédent par monseigneur de Roquette, actuel Lycée militaire, et puis sur la gauche, la ville d’Autun. Depuis cette terrasse, aujourd’hui, rien ne semble avoir changé. On découvre le paysage que Talleyrand a pu observer ce 12 mars 1789.

Enfin, Charles-Maurice, l’ami des livres pénètre dans la bibliothèque installée par son prédécesseur et ennemi intime, Yves-Alexandre de Marbœuf.

La prise de possession officielle de l’évêché

Dès le début de la journée, on entend sonner dans toute la ville les cloches des édifices religieux. Après le déjeuner, ces messieurs du chapitre se rendent en procession à l’évêché à la rencontre de Talleyrand qui les attend à la porte d’en haut.

Il y a là un monde fou : religieux, nobles, bourgeois, officiers, artisans, commerçants.
Le maire, bien sûr, entouré de plusieurs échevins L’événement est d’importance pour tout l’Autunois et on se presse en nombre pour tenter d’apercevoir l’évêque. On quête sa bénédiction, on tend les enfants à bout de bras dans l’espoir d’attirer son attention..

Un secrétaire lit les pièces officielles le nommant évêque d’Autun. Il lui reste à proférer, en latin, le serment rituel que tant d’autres évêques ont prononcé avant lui : « Moi, Charles-Maurice, évêque d’Autun…je promets d’observer inviolablement et de défendre tous les privilèges, libertés, franchises, immunités, statuts, exemptions, droits et coutumes de l’Église d’Autun, mon épouse… je jure et je promets de ne jamais rien faire ni attenter directement ou indirectement, de quelque manière que ce soit, contre toutes ces chose »

Un cortège se forme alors et prend la direction de la cathédrale. Talleyrand dispense des bénédictions à la foule assemblée sur le parcours. On contourne la superbe fontaine renaissance, et on arrive sous la grande porte de la cathédrale Saint-Lazare. Le cortège s’arrête. Talleyrand lève les yeux ; il ne peut admirer le superbe tympan recouvert en 1766 par une couche de plâtre, parce que considéré alors comme trop primaire et candide.

Il doit ici, avant d’entrer dans la cathédrale prononcer son deuxième serment.

La lecture de ces serments explique l’incompréhension, puis la haine que leur reniement va provoquer à Autun et plus largement dans le royaume. Là réside le germe de la discorde : ce qu’attendent les chanoines du chapitre de leur évêque, c’est une défense de leurs privilèges et un soutien ferme contre les attaques dont ils pourraient être l’objet. Par ces textes, il s’engage plus à une défense matérielle que spirituelle de l’Église. Pour l’heure, Charles-Maurice voit surtout une formalité nécessaire pour poursuivre son chemin.


Ce chemin le mène avec le cortège, à l’intérieur de la cathédrale, au pied du maître autel.
Voilà donc Charles-Maurice au pied de l’autel. On le revêt des habits pontificaux, on lui donne la mitre et la crosse Il entonne le Te Deum suivi par les orgues et les chants des fidèles. Les cloches de la cathédrale commencent à sonner imitées de loin en loin dans l’ensemble de la ville. Talleyrand d’un geste ample donne sa bénédiction solennelle.

Le lendemain, il préside le conseil de ses vicaires généraux et nomme l’abbé des Renaudes comme vicaire prébendien (qui ne réside pas sur place.) Il explique que sa présence en ces temps agités est plus utile à Paris qu’à Autun et l’affaire passe sans difficulté, mais déjà il n’a en tête que la politique. Deux cent neuf ecclésiastiques se trouvent réunis à Autun pour rédiger les cahiers de doléances du clergé.

Autun vaut bien une messe
ou comment manier l’encensoir

Les biographes de Talleyrand se répandent avec ironie sur la messe célébrée par Talleyrand le 25 mars, fête de l’Annonciation. Il y commet, racontent-ils, de nombreuses erreurs, se mélange dans les répons. Les chanoines consternés l’observent avec tristesse, certains se poussent du coude et sourient sous cape de cette inexpérience.

Ainsi, le nouvel évêque d’Autun ne sait dire la messe

Il nous faut réfuter cette version. Tout d’abord, cette célébration ne se déroule pas le jour de l’Annonciation, mais le 5 avril, dimanche des Rameaux. La messe des Rameaux, la plus longue de l’année se déroule en deux parties, à l’extérieur puis à l’intérieur de l’église.

Le matin des Rameaux, les fidèles se rassemblent à proximité de la cathédrale, un rameau de buis à la main.
Talleyrand, entouré de ses clercs bénit les rameaux que lèvent les fidèles. Mitre en tête, crosse à la main gauche et tenant une palme avec la droite, il donne le signal de la procession vers la cathédrale. Arrivé aux portes de la cathédrale, il doit frapper le bas de la porte principale, par trois fois avec sa crosse. Il est possible que Talleyrand n’ait pas été informé de ce rite. Après quoi les portes s’ouvrent et c’est la grande montée dans la nef pour aboutir au chœur. Il monte à son trône et la messe commence enfin.

Talleyrand se serait alors trompé à de multiples reprises, s’embrouillant dans les textes et les répons. Pour ses détracteurs cela prouve clairement son incompétence en matière religieuse. Cette explication paraît peu plausible. Voilà un homme qui depuis sa naissance a assisté à un nombre considérable d’offices, qui a suivi l’enseignement du séminaire chez les sulpiciens et qui serait incapable de dire la messe. Pour tout pratiquant un peu régulier, une telle affirmation paraît peu crédible. Les mots s’impriment dans la mémoire inconsciemment et ressortent aisément comme une récitation mille fois répétée.

L’explication se trouve ailleurs. L’Église d’Autun pratiquait de tout temps un rite particulier. Ce rite ayant plus des deux cents ans d’ancienneté exigés par la bulle de Pie V de 1570, l’Église d’Autun était autorisée à ne pas suive le rite romain. Ce rite propre a été conservé jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Du reste, au XIXe, on trouve encore à Autun et ailleurs un nombre assez considérable de missels éduens manuscrits et imprimés.

Les promesses n’engagent que ceux…
ou le marketing électoral en action

La campagne électorale commence

Le marketing électoral mis en place par Talleyrand est redoutable d’efficacité.
Tout d’abord, trouver des relais ; ceux-ci iront prêcher la bonne parole en son nom. Avant même son arrivée, il avait envoyé de jeunes abbés chargés de sa propagande. Ses vicaires généraux courent la campagne, pour aller dans chaque paroisse vanter ses mérites.

Ensuite, l’image, le style, le look, dirait-on maintenant. Si de nos jours il faut faire peuple, aimer les carottes râpées ou les œufs brouillées, pour Talleyrand il faut savoir montrer un pieux visage : on l’aperçoit -comme par hasard- lisant son bréviaire, en dépit du froid, dans son jardin au pied de la tour Saint-Léger, ou sur sa terrasse.

Et puis, il faut aller sur le terrain, faire sa tournée électorale, rencontrer le maximum d’électeurs en montrant un intérêt profond pour ce qu’il vous dit. Accompagné d’un vicaire général, Talleyrand visite les paroisses de la ville, rencontre individuellement les prêtres, écoute leurs besoins et leurs demandes, mélange dans ses propos considérations religieuses et politiques. Son charme et ses paroles font florès.

L’homme est à l’aise, il aime cela et dispense avec habileté ce que Barras appellera « ses caresses flatteuses et sèches d’angora. »
Il se rend aussi dans les maisons religieuses, visite le grand séminaire et conseille aux jeunes séminaristes la pratique de la méditation en silence.

Enfin dans la meilleure tradition rad-soc du cassoulet confit, il reçoit à sa table en servant les meilleurs mets Il met littéralement en scène ses dîners, où son esprit fait des merveilles. Nous sommes en période de carême, Talleyrand se débrouille pour faire venir directement de Dieppe les meilleurs poissons. Son cuisinier prépare merveilleusement la raie au beurre noir. On se régale et on en parle. Une caricature parue à Paris, le montre assis au bord d’un étang, pêchant les électeurs avec une ligne dont l’appât est un poisson.
Ses invités apprécient. Le chapitre de la cathédrale chante ses louanges et bientôt l’ensemble du clergé est sous le charme.

Reste un soupçon de décision démagogique.
Ainsi devant trancher entre les oratoriens et certains curés de la ville un problème de compétence et de concurrence, il soutient les oratoriens dont le poids électoral est important.

Les Cahiers de doléance

Cette campagne électorale, certes amusante, ne doit pas nous faire oublier le fond. Talleyrand s’exprime, et ses idées sont importantes et nous donnent des clés qui permettent de comprendre la suite de sa carrière.
Les électeurs ecclésiastiques sont réunis au petit séminaire d’Autun.
L’assemblée travaille sur le contenu des cahiers de doléances. L’évêque d’Autun, en sa qualité de président d’honneur, participe à chacune des réunions. Il sait l’importance de ces cahiers et souhaite y apporter sa vision.

La première partie des cahiers de doléances qu’il a très directement inspirée correspond en quelque sorte à son programme politique. S’y trouvent en effet précisés les besoins indispensables de réforme et les principes intangibles qui représentent les fondements même de la société.

Dès l’introduction, le clergé remercie le roi d’avoir « rétabli les États généraux » et interprète cette convocation comme une renonciation à la royauté absolutiste. Le roi devenant en quelque sorte l’exécutant des décisions de l’Assemblée. Les principales revendications politiques convergent avec celles du tiers état et des éléments les plus libéraux de la noblesse .

Dans les sections suivantes, où la patte de Talleyrand ne se retrouve pas, clairement, le clergé demande la reconnaissance de la primauté de l’Église et s’oppose à toute velléité de tolérance vis-à-vis des autres cultes
Dans l'intention de défendre l’Église catholique et les bonnes mœurs, il demande aussi une limitation de la liberté de la presse et de l’édition

Ces cahiers furent évidemment le résultat d’un compromis. Les différences entre la première section et les suivantes montrent bien les contradictions de ce texte. Les germes du futur conflit apparaissent au sein même de ces cahiers où se côtoient une pensée libérale et ouverte et des propositions intolérantes et frileuses, voire cyniques comme l’hypocrite immobilisme en matière financière : « Annoncer beaucoup pour l’avenir, mais faire peu pour le présent et s’interdire tout grand changement précipité qui bouleverserait tout.»

Cet assemblage hétéroclite, et l’ascendant de Talleyrand permirent de rallier la quasi-totalité du clergé. Trois curés, néanmoins ne se retrouvant pas dans la version adoptée officiellement, éditèrent chacun un cahier parallèle dans lequel ils dénoncent la noblesse et le haut clergé et se rapprochent des revendications du tiers état.

Le 1er avril, drôle de date ! , devant le clergé assemblé, Talleyrand prononce un discours dans lequel il présente l’objectif des prochains États généraux. Il dénonce les principaux abus de la royauté, détaille sa profession de foi, véritable programme, qui reprend la première section des cahiers de doléances,.
En réalité, ce que Talleyrand propose, ce n’est rien de moins qu’un véritable bouleversement politique : une monarchie constitutionnelle parlementaire où tous les sujets deviennent égaux
L’assemblée s’émerveille de l’aisance avec laquelle il s’exprime…

Député

Le bailliage d’Autun doit désigner une « députation », soit quatre députés : un pour le clergé, un pour la noblesse, deux pour le tiers état. L’élection d’un évêque n’avait rien d’évident. Le corps électoral faisait la part belle aux représentants du clergé.
Le jour du vote, quatre candidats se présentent aux suffrages des électeurs.

Les adversaires de Talleyrand ne jouent visiblement pas dans la même catégorie. Leur programme est un ramassis de considérations vagues, puisées plus qu’absorbées dans les écrits des philosophes. Leurs propositions sentent les préjugés, le chimérique et l’irréalisable.

Le haut clergé vote Talleyrand mais aussi une majorité importante des curés séduits par son programme libéral et flattés par la personnalité et le charme de l’évêque. La campagne électorale a porté ses fruits !

Il est donc élu le 2 avril à une grande majorité et avec « applaudissement général. », le 12 avril 1789, aux aurores, le matin même du dimanche de Pâques, il part pour Paris. A-t-il voulu éviter de célébrer la messe solennelle ? Sa présence à Autun n’aura duré que 28 jours.

Comme preuve de ce départ précipité, on raconte qu’il n’eut pas le temps d’ouvrir les cadeaux reçus et que c’est monseigneur Villard, un de ses successeurs, qui en 1909, fit déballer les caisses et découvrit un superbe service de cristal, cadeau de la « Manufacture des cristaux de la reine » du Creusot qu’il rendit et qui demeura au musée de la Verrerie avant d’être détruit par un bombardement en 1944.

Les recherches faites sur ce sujet semblent démentir cette anecdote, qui, finalement n’est intéressante que par le fait qu’elle illustre bien le peu de temps passé par Talleyrand en son évêché d’Autun.

La séance d’ouverture des États généraux doit avoir lieu le 4 mai ; Charles-Maurice doit s’y préparer et puis, le rôle de l’évêque pieux et attentionné dans cet évêché bourguignon commence à lui peser, il rentre au plus vite à Paris.