Colloque : Diplomates et diplomatie au temps de Napoléon

Centre des conférences – Ministère des Affaires Etrangères
25 et 26 mars 2014

Notes personnelles issues du colloque, non revues par les intervenants

La diplomatie dans l’histoire napoléonienne – Thierry Lentz
Historien et directeur de la Fondation Napoléon

Le mot diplomatie est un néologisme introduit vers 1792 par Robespierre. A l’époque napoléonienne, la guerre domine l’action extérieure et la diplomatie reste en arrière-plan. En s’intéressant à cette période, Sainte-Beuve a fait œuvre d’historien et mis en évidence :
• L’accession à la diplomatie d’une nouvelle génération issue de la Révolution, génération qui se professionnalisera au cours des années de l’Empire.
• Un manque de récit romanesque sur les grands diplomates de Napoléon, on a préféré célébrer l’épopée des maréchaux.

L’idée de puissance – Lucien Bely
Professeur d’Histoire moderne à l’Uniersité de Paris-Sorbonne

Le rêve impérial traverse l’histoire de l’Europe. Il procède de l’ambition romaine de la Pax Romana. L’Empire de Charles Quint, avec la célèbre devise des Habsbourg (AEIOU), illustre cette volonté de domination universelle, mondiale. Plus tard, les portugais, les espagnols, les français cherchent à leur tour à s’imposer, mais leur suprématie demeure transitoire. Le traité de Westphalie (1648) consacre la division de l’Europe et instaure une paix des équilibres. C’est pour cette raison, pour ne pas perturber l’équilibre européen, que Louis XV rend les Pays-Bas à l’Autriche (Traité d’Aix la Chapelle mettant fin à la guerre de succession d’Autriche – 1748).
Au moment où arrive Napoléon, l’Europe est dirigée par les grandes familles royales, les maisons, toutes alliées les unes aux autres. Louis XIV n’a-t-il pas épousé sa cousine germaine ? Les empires qui subsistent (mongol, ottoman, chinois, japonais et... russe) sont tous hors d’Europe.

L’idée de paix – Jean-Pierre Bois
Professeur émérite d’Histoire contemporaine de l’Université de Nantes

Pourquoi Napoléon fait-il la guerre ? Pour faire la paix ! C’est la réponse logique mais il y a aussi une autre logique, celle de l’engrenage guerrier. Au moment où Napoléon prend le pouvoir, le système de paix issu du traité de Westphalie est révolu. Ce système, basé sur l’idée d’un équilibre européen entre 3 puissances continentales, n’est plus viable. En effet, à partir de 1763 (Traité de Paris), l’Angleterre est entrée dans le jeu et s’est installée comme puissance mondiale. En 1789, la France, à son tour, change la donne en appelant à la révolution contre les rois, au nom de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité.
Les principes de paix de la France révolutionnaire et de Napoléon ont évolué dans le temps :
-En 1797, la France se présente comme une grande nation qui protège ses petites sœurs.
-En 1802, on croit à la paix. « Peace for ever », célèbre-t-on à Londres. Mais... l’esprit de revanche demeure...
-En 1807, à Tilsitt, Napoléon parle de système fédératif pour le bonheur des peuples. Mais ce système exclut l’Angleterre. Le mot « fédération » est vide de sens. L’idée des cercles concentriques s’impose :
• Premier cercle : la grande nation avec ses 133 départements
• Deuxième cercle : Les petits royaumes donnés à la « famille »
• Troisième cercle : Les alliés, les parents, l’Autriche, la Russie...
• L’Angleterre qui ... «encercle » l’ensemble.
-En 1815, s’élabore un grand système fédératif européen... une Europe des rois.

En conclusion, il faut le reconnaitre. La diplomatie de Napoléon a été raisonnée à posteriori. Improvisée, pragmatique, elle a manqué de véritables théoriciens.

L’économie de la gloire – Robert Morissey
Professeur de lettres à l’université de Chicago, directeur du Centre France-Chicago, directeur du projet ARTF
L

« La gloire comme l’argent se recherche, se cultive, se place », disait Cicéron. L’appel à la vertu de Robespierre ne marchant plus, l’appel à la gloire est le levier choisi par Napoléon pour une nation éprise de vanité. Cette idéologie de la gloire, vecteur de rassemblement, contrecarre la notion d’intérêt, ressort principal du libéralisme prôné par Mandeville et Adam Smith. La gloire repose sur plusieurs piliers :
Pilier psychologique. La gloire est un comportement de désintéressement procédant du « pur amour », comme écrivait Fénelon dans Télémaque. Le roi idéal règne avec abnégation.
Pilier sociologique. « Chacun va au bien commun comme s’il allait vers son bien particulier », écrivait Montesquieu. Dans une monarchie qui a l’honneur et la gloire comme principes, on obtient une économie morale. La gloire n’est pas compagne de la servitude.
Pilier politico-moral. La notion de gloire, associée à la grandeur de l’homme, se présente comme un levier de dépassement individuel, d’appel à la transcendance.
Pilier esthétique. Avec l’appel à la gloire, le merveilleux laïc se substitue au merveilleux chrétien. La gloire devient le moyen de concilier l’ancien et le nouveau... elle suscite l’histoire romanesque.

L’économie de la gloire permet à la nation toute entière de s’élever sur cette vague de renommée. Elle permet de dépasser le traumatisme des guerres. Mais la gloire napoléonienne conduit à une impasse. Elle se heurte au problème international que crée l’humiliation constante des autres peuples.

Louis Perdereau