Discours d’un pot de départ

Monsieur le Président
Mesdames et Messieurs les Maires, passés, présents et futurs
Chers amis


Quand on passe sa vie à écrire pour d’autres, on n’en sort évidemment pas indemne. C’est pourquoi, je vais laisser, comme souvent, quelqu’un d’autre parler pour moi, quelqu’un qui me sert de maître à penser depuis une quinzaine d’années.

C’est un type très bien, jugez-en :
Evêque défroqué et schismatique, marié avec une pétroleuse d’origine incertaine et non encore divorcée à ce moment-là.
Agioteur, concussionnaire, débauché, joueur, prébendier, prévaricateur, un peu traitre aussi :

Ceux qui me pratiquent l’auront compris : il s’agit de Charles Maurice de Talleyrand, Ministre des Relations Extérieures sous le Directoire, le Consulat, l’Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet.
Un peu comme quelqu’un qui aurait occupé le même poste au Gouvernement sous Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande, et pendant une durée comparable !

Mais il était aussi un fin connaisseur de la fonction publique territoriale : Ecoutez plutôt :
…il faut qu’il soit doué d'une sorte d'instinct, qui, l'avertissant promptement, l'empêche, avant toute discussion, de jamais se compromettre.
Il lui faut la faculté de se montrer ouvert en restant impénétrable ; d'être réservé avec les formes de l'abandon, d'être habile jusque dans le choix de ses distractions ; il faut que sa conversation soit simple, variée, inattendue, toujours naturelle et parfois naïve.
En un mot, il ne doit pas cesser un moment, dans les vingt-quatre heures, d'être fonctionnaire territorial.
Cependant, toutes ces qualités, quelque rares qu'elles soient, pourraient n'être pas suffisantes, si la bonne foi ne leur donnait une garantie dont elles ont presque toujours besoin.
Je dois le rappeler ici, pour détruire un préjugé assez généralement répandu:- non, la fonction publique territoriale n'est point une science de ruse et de duplicité.
Si la bonne foi est nécessaire quelque part, c'est surtout dans les transactions avec les politiques, car c'est elle qui les rend solides et durables. (Les transactions, pas les politiques)
On a voulu confondre la réserve avec la ruse.
La bonne foi n'autorise jamais la ruse, mais elle admet la réserve, et la réserve a cela de particulier, qu'elle ajoute à la confiance.

Lui, bien sûr, parlait du Ministre des Affaires Etrangères, mais, entre nous, je vous le demande, qui de nous ne s’est jamais retrouvé ministre d’une affaire qui lui était complètement étrangère ?
Il va plus loin :
Quand il dit « Un mécontent, c’est un pauvre qui réfléchit », il a de toute évidence une bonne connaissance du travail social.
Quand il dit « Pour faire des affaires, ce n’est pas du savoir-faire qu’il faut. C’est de la délicatesse qu’il ne faut pas », il a, visiblement, fréquenté quelques autres de nos partenaires.
Quand il affirme « Ce qui va sans dire, va mieux en le disant », il a pratiqué l’évaluation des politiques publiques.
Et quand il précise que le meilleur auxiliaire d’un diplomate, c’est son cuisinier, il a évidemment passé par le Secrétariat Général.
Pour ce qui est du management, il est tout aussi pertinent : « Là où tant d’hommes ont échoué, une femme peut réussir »
Pour ce qui est de la relation entre collègues « Ne dites jamais du mal de vous, vos amis en diront toujours assez ! »
Et pour les politiques publiques en général « Ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai » ou encore « Là où il y a un contrat, il y a aussi un canif ».

Les mœurs ne changent pas tant que ça en 200 ans, comme vous voyez !…

Je laisserai le mot de la fin à une dame charmante, quoique un peu bigote, duchesse, ce qui ne gâte rien, petite-nièce de Talleyrand (certaines méchantes langues prétendent que c’était aussi sa fille) :
« On fait ses adieux à ceux qui partent jusqu’au jour où on les fait à ceux qui restent »

Merci à toutes et à tous !