Talleyrand , Mirabeau et autres personnages à l’aube de la révolution - Les destins

Daniel CHARTRE
Membre de l’association ‘’Les Amis de Talleyrand’’
et du site Facebook éponyme

En 1789 la France était au bord de la banqueroute et Necker était un ministre aux  politiquement abois. Les réformes indispensables qu’il proposait étaient, comme celles que lui et ses prédécesseurs  avaient présentées,  soit soutenues, soit combattues  dans les salons parisiens où se réunissaient, selon leurs opinions, les hommes politiques en charge ou non des affaires et les membres de la famille royale : "Tous les prétendants aux ministères avaient chacun à leur disposition quelques maisons  principales de Paris dont ils faisaient les opinions et le langage» nous raconte Talleyrand.

Dans ses mémoires, au chapitre consacré au "Théâtre des affaires» Talleyrand nous dépeint très exactement le climat qui régnait alors dans la cette "société» qui  a joué un rôle non négligeable dans ce qui est arrivé où : "Tous les jeunes gens se croyaient propres à gouverner. On critiquait toutes les opérations des ministres. Ce que faisaient personnellement le roi et la reine était soumis à la discussion et presque toujours à l’improbation des salons de Paris. Les jeunes femmes parlaient pertinemment de toutes les parties de l’administration. ". Insistant  sur l’importance qu’a eu ce phénomène il conclue en disant "La puissance de ce qu’on appelle en France la Société a été prodigieuse dans les années qui ont précédé la Révolution et même dans tous le siècle dernier. ".Talleyrand et  Mirabeau ont fréquenté assidument ces salons, Talleyrand est même allé dans tous avoue-t-il "J’allais à peu près partout, avoue-t-il et pour un esprit tant soit peu porté à l’observation c’était un spectacle curieux…. ».

Louis XVI, en convoquant les états généraux, avait pour but de trouver un moyen de rétablir les finances du pays qui étaient au bord de la banqueroute. Mais les réformes économiques et financières engagées par la constituante, étaient, en raison du temps fort long qu’elles prirent pour être arrêtées, et à cause de débats aussi  houleux que passionnés, fort  éloignées de produire les effets qu’on en attendait

Le clergé cet ordre  riche, puissant et redoutable par la dictature spirituelle qu’il exerçait sur les consciences, devait logiquement être le soutien  d’un système  dont il était le principal bénéficiaire. Mais sa structure était hétérogène : Elle  était constituée en haut de l’échelle d’une majorité de prélats issus de la grande noblesse, qui devaient leur place non à leur qualité mais à leur naissance. Leur intérêt était donc de sauvegarder les privilèges fiscaux exorbitants qui, avec la dictature morale qu’ils exerçaient sur toute la nation, en  faisaient avec son immense richesse un état dans l’état.

Au bas de l’échelle hiérarchique il y avait une multitude de petits curés et vicaires qui vivaient chichement, et qui étaient bien souvent presque aussi pauvres que leurs ouailles ; ceux-là étaient ouverts aux idées libérales. Ce sont eux qui,  en rejoignant les premiers les députés du tiers état, ont commencé le détricotage du système social de l’ancien régime.

La noblesse, surtout celle d’ancienne souche, avait pour arrière-pensée de profiter de l’occasion pour limiter les pouvoirs du roi, de rendre à cet ordre son rôle de conseiller du souverain, de reconquérir la gestion des affaires et des ministères, dont Louis XIV les avait dépouillés au profit de la petite noblesse de robe issue des milieux de la finance et  de la bourgeoisie parlementaire.

Mais il y avait aussi certains membres de la noblesse, notamment parmi les plus jeunes, qui avaient suivi Lafayette en Amérique pour combattre aux côtés des "insurgent"  et ceux qui avaient été convaincus par les idées des  philosophes du "siècle des lumières’,’ qui militaient pour une monarchie plus libérale.

Cette noblesse,  acquise aux idées nouvelles, passait son temps à critiquer la gouvernance du roi, conspirait dans les salons pour faire renvoyer les ministres. Ce fut elle qui, en abandonnant lors de l’ouverture des états généraux les délibérations et les votes par ordre, et en rejoignant les députés du tiers état, mit louis XVI en difficulté. Cette catastrophe que fut la coalition des trois ordres contre le pouvoir royal était impensable pour le roi et ses  ministres  au moment où ils prirent la décision  de réunir les états généraux,  tellement ils étaient persuadés que, malgré ses critiques, la noblesse serait solidaire, ferait taire ses  dissensions et soutiendrai le roi. 

Elle a donné la toute-puissance au tiers état et  a pesé lourd sur le déroulement des évènements.

Le tiers état voulait mettre fin à cette injustice qui en faisait des citoyens de second rang, soumis à l’arbitraire royale, tout juste bons à payer la dîme, la taille, le gabelle et toutes les sortes d’impôts et taxe dont  il étaient accablés.

La réunion des états généraux fut pour Talleyrand et Mirabeau le tremplin d’une carrière politique qui, si elle fut brève et tonitruante pour Mirabeau, dura près de quarante ans pour Talleyrand. Examiner dans le détail les faits et leur déroulement, les actes et les paroles des deux hommes entre 1789 et le décès de Mirabeau, est chose impossible ici, tant les évènements qui se sont produits et les rebondissements sont nombreux.  M Michel Poniatowski dans son ouvrage intitulé "Talleyrand : Les années occultées 1789-1792 " paru chez Perrin en  donne un excellent compte rendu dont je vous recommande vivement la lecture.

Talleyrand refuse à juste titre l’honneur redoutable d’avoir avec Mirabeau et Lafayette " fait,  dirigé ou modifié la révolution française". Certes, il y a pris une part active et importante puisque son action a été déterminante. Mais la dérive constituante  ne peut être imputée à personne d’autre qu’au roi qui par sa faiblesse, ses hésitations et son manque d’autorité a perdu le contrôle des états généraux.

Le but premier que s’était donné l’assemblée constituante était de  remplacer le système en place, doter le royaume d’une constitution juste, plus équitable. Il n’était absolument pas question de renverser la monarchie mais de substituer à la monarchie absolue  dont Louis XIV avait poussé les limites à leur comble, une  monarchie constitutionnelle mais forte, ou  le  pouvoir exécutif serait exercé par le roi des Français qui choisirait  ses ministres (non responsables devant l’Assemblée), dirigerait la politique extérieure et pourrait, nonobstant le principe  de la séparation des pouvoirs, donner ou refuser sa sanction aux lois ; pour ce faire la constitution lui reconnaitrait un droit de véto suspensif( 4 ans au plus).

Le pouvoir législatif serait exercé par l’Assemblée unique, élue pour deux ans au suffrage censitaire. Celle-ci aurait  l'initiative et le vote des lois, établirait et contrôlerait l’impôt, déciderait de la guerre et de la paix, et se réunirait d’elle-même sans convocation. L’indépendance du pouvoir judiciaire était assurée par l’élection des magistrats.

 Parallèlement à cette tâche primordiale et délicate  elle entreprit  toute une série de réformes  qui bouleversèrent les fondements de la société.
En ce qui concerne le clergé elle supprime les dimes que celui-ci percevait, nationalise  les biens de cet ordre, supprime les ordres religieux réguliers hors éducation et œuvres de charité, abolit les vœux monastiques, crée une constitution civile du clergé et impose aux ecclésiastiques de prêter un serment de fidélité à la constitution les affranchissant ainsi de la tutelle de Rome.

Comme on le constate le travail effectué par la constituante entre la date de sa création et celle du décès de Mirabeau est considérable. Il ne s’est pas passé, aussi bien pour la constitution que pour les réformes sans de longs débats houleux et passionnés où Talleyrand et Mirabeau ont joué un rôle déterminant.

Par leurs discours, leurs propositions et contrepropositions constructives ils évitèrent que les délibérations ne débouchassent sur des décisions excessives. Ils se soutinrent mutuellement par des interventions  et des discours à la tribune de l’assemblée pour  les projets qu’ils jugeaient essentiels, ou pour influer sur ceux présentés par les autres députés qu’ils jugeaient dangereux qui risquaient de mettre en péril le système de monarchie constitutionnelle qu’ils voulaient instaurer. C’est, dans ce domaine, Mirabeau qui se montra, de loin le meilleur. Orateur  flamboyant, doué d’une voix de stentor et d’un tempérament de lutteur et  il sût, grâce sa fougue, à la clarté et la rigueur de ses argumentations, rallier les députés à sa cause. Talleyrand, orateur très moyen, préférait lui les négociations et les contacts informels aux grandes envolées et aux joutes oratoires.

Cependant, le domaine de prédilection de de nos deux personnages,  dans lequel ils désiraient exercer leurs talents et jouer un rôle important, est celui des finances. Mirabeau et Talleyrand ont de très solides connaissances en la matière, le premier grâce à son père dont il a étudié tous les ouvrages, le second en ayant occupé le poste d’agent général du clergé où il a beaucoup appris et où, grâce aux discours qu’il a prononcés et aux rapports qu’il a rédigés, il s’était fait remarquer du roi et surtout de Calonne qui l’admis,  ainsi que Mirabeau, dans son cercle de collaborateurs. 

Malheureusement  depuis plus de quinze ans les efforts entrepris par  les responsables des finances qui se succédèrent à un rythme soutenu : Necker, ( de 1776 à mai  1781),  d’Ormesson ( mai1781 à novembre 1783 Calonne dont Talleyrand et Mirabeau furent des  collaborateurs(novembre 1783 à avril 1787 ), Loménie de Brienne (mai 1787- aout 1788), puis à nouveau Necker de (août 1788- 11 juillet 1789, puis du 16 juillet 1789 à septembre 1790) échouèrent tous dans leurs entreprises de sauvetage.

Ce qui  qui motivait les actes de Talleyrand et de Mirabeau n’était pas, comme beaucoup trop d’historiens se plaisent hélas à l’affirmer une ambition sordide, destinée seulement à assurer leur enrichissement. Les deux hommes estimaient qu’ils étaient aptes servir le roi et leur pays en occupant de très hautes fonctions, Talleyrand ambitionnait même de devenir Ministre.

La disparition prématurée de Mirabeau a été très lourde de conséquences. Le tribun, orateur incomparable, fougueux, passionné, et le jeune prélat dont le goût pour les conversations informelles et les talents de négociateurs de diplomates s’éveillaient, n’ont  jamais voulu renverser la monarchie. Au contraire, ils souhaitaient en assurer sa pérennité en la transformant en une monarchie constitutionnelle.

En participant activement à l’élaboration d’une constitution et aux réformes entreprises, ils avaient tenté de sauver la monarchie. Hélas l’abolition des privilèges  et la saisie des biens du clergé et de la noblesse leur vaudront in aeternam le titre de traitres à leur classe sociale masquant dans le grand livre de l’histoire ce qu’ils ont fait de bien pour le peuple et pour la France

On ne peut que déplorer les funestes conséquences pour la France de la mort de Mirabeau, et la vanité des espérances les mieux fondées d’une  vie, que  ses qualités de meneur des foules et son intelligence promettaient d’être féconde et glorieuse, même si Chateaubriand qui n’était au fond qu’un aigri jalousant chez les autres  la notoriété et la  popularité qu’il n’a jamais eues les lui déniait, mais à laquelle ses excès en tous genres ont mis un terme aussi brutal que soudain. Mirabeau aurait probablement, comme Danton cet autre orateur légendaire de la révolution, fini sur l’échafaud.

La défiance du roi vis-à-vis de Talleyrand et de Mirabeau l’avait emporté sur la pertinence des avis et des conseils qu’ils lui prodiguaient. Mirabeau ne serait pas mieux arrivé que Talleyrand à dissuader le roi de s’enfuir. Cette trahison du souverain avait tellement indigné le peuple qu’il n’aurait pu empêcher son emprisonnement et la découverte dans "l’armoire de fer" de la correspondance e Louis XVI avec tous les acteurs de la Révolution, que ce soit Talleyrand et Mirabeau, qui valut à la dépouille  de ce dernier d’être  "dépanthéonisée".

Talleyrand qui avait compris qu’après le drame de Varennes la cause du roi était perdue, s’était quand à lui, sous le couvert d’une pseudo mission diplomatique, mis prudemment hors de portée de la vindicte populaire.

Le comte de Provence  réussit à quitter la France avec sa famille.

Lafayette dont l’étoile avait singulièrement pâli avait, quant à lui, préféré se faire capturer par l’ennemi, laissant lâchement son épouse affronter la colère du peuple et qui n’échappa que de peu à l’échafaud en raison de l’intervention  de son époux dans la Guerre de l'Indépendance de l’Amérique.

Philippe Egalité fut happé et broyé par la machine révolutionnaire qu’il avait contribuée à mettre en place et qui s’emballa à partir des massacres d’août 1792. ‘‘Elu" ou plutôt  désigné comme député à la convention, il vote la mort de Louis XVI en termes très durs : " Uniquement occupé de mon devoir, convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteront par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote la mort. ". Source : Georges Bordonove : "Les Orléans" Editions Perrin) Suspecté de menées royaliste après la désertion des armées de son fils aîné  le duc de Chartres, le futur Louis-Philippe,  il fut arrêté, jugé et guillotiné comme son cousin qu’il avait espéré remplacer sur le trône  .Ainsi finit lamentablement, méprisé de tous, cet agitateur inconscient qui  fut le principal responsable de la chute de la monarchie.

Dans les jours qui suivirent la mort du tribun le bruit a couru qu’il aurait été empoisonne et Talleyrand fut soupçonné d’avoir été le complice, voire même l’instigateur de ce crime. Fort heureusement cette accusation a été rapidement abandonnée tant elle était ridicule et dénuée du moindre fondement.  Même si la disparition  le débarrassait d’un concurrent sérieux dans la course à l’obtention d’un poste ministériel, elle le desservait plus qu’elle ne l’arrangeait.

Talleyrand avait besoin de Mirabeau car il n’avait pas l’aura, le charisme qui avaient fait du défunt l’idole du peuple, et qui constituaient un atout indispensable pour faire accepter par le peuple les réformes qu’il estimait les plus appropriées pour rétablir la stabilité.

Mirabeau avait besoin  de Talleyrand pour  faire passer les siennes, grâce à aux relations, aux talents de négociateur et de persuasion, aux compétences reconnues dans le domaine de l’économie et des finances  que l’évêque d’Autun s’était acquises dans les la haute société. Talleyrand n’était pas un meneur d’hommes, un lutteur comme Mirabeau qui aimait les affrontements directs et violents pour l’emporter. Il préférait la négociation et la modération verbale et, surtout,  ne possédait pas les talents oratoires du défunt. Il ne put prendre sa place sur la scène politique, laissant le champ libre aux éléments les plus extrémistes de la révolution.

Dans ses mémoires,  il est fort peu prolixe sur cette période. D’aucuns s’accordent à dire que ce laconisme est destiné à masquer sa responsabilité dans les dérapages sanglants qui se produisirent, alors qu’en réalité il a tout fait pour les éviter.

Mais en butte à l’irrésolution et la faiblesse de caractère du roi il s’est rendu compte de la vanité de ses efforts. Dans le dernier entretien qu’il eut avec le comte d’Artois avant le départ de celui-ci sur les chemins de l’émigration, il lui dit  que devant l’obstination du souverain à  préférer  les atermoiements  et les ménagements à l’affirmation de l’autorité royale "il ne devait pas s’étonner que, ne pouvant résister au torrent qui menaçait de tout entraîner nous nous jetions dans le courant des choses nouvelles" (source Vitrolles et Bacourt).

Contrairement à beaucoup de nobles qui emboitèrent le pas au frère du roi il résolut  " donc de ne point quitter la France avant d’y être contraint par un danger personnel ; de ne rien faire pour le provoquer, de ne point lutter contre un torrent qu’il fallait laisser passer , mais de me tenir en situation et à portée de concourir à sauver ce qui pouvait être sauvé, de ne point élever d’obstacle entre l’occasion et moi pour me réserver pour elle" En se  lançant dans l’aventure de la constituante, il a essayé de limiter les dégâts causé par cette faiblesse royale. Mais devant l’inconséquence de la décision de  louis XVI de fuir, il a compris que la partie était perdue et sachant que les preuves ses contacts avec le roi allaient le mettre en grand danger, il a  été contraint de quitter le pays.

 Cette fuite est, après l’abolition des privilèges et la nationalisation des biens du clergé, un des arguments retenus contre lui par la noblesse  puis par les historiens pour  le qualifier de traître invétéré. C’est absolument faux ! Talleyrand a toujours soutenu loyalement les gouvernants en place : " je n’ai abandonné aucun gouvernement avant qu’il ne se fut abandonné lui-même". C’est l’exacte vérité : La fuite du roi, l’incapacité du directoire, la volonté de Napoléon d’imposer sa loi à l’Europe, la démarche insensée de Charles X pour rétablir la monarchie absolue, sont  les raisons qui ont poussé Talleyrand à prendre ses distances avec des actes contraires à ses idées"Il ne convient pas à tout le monde de se faire écraser par les ruines d'un édifice qui va crouler" disait-il.

Talleyrand fut le personnage le plus important après Mirabeau, comme il fut plus tard, sous le régime impérial, le personnage le plus remarquable après Napoléon… Toutefois, la réputation qu’il acquit à juste titre dans ces temps troublés ne fut pas celle d’un caractère violent et extrémiste. Membre des deux clubs les plus en vue de l’époque (les Jacobins et les Feuillants), il ne  les fréquentait qu’irrégulièrement, non pour prendre part aux débats, mais pour faire la connaissance et étudier ceux qui y prenaient part, et, en usant de ses talents de négociateur,  pouvoir les influencer. Dans l’Assemblée Nationale, il avait toujours fait figure d’un élément modéré  qui a toujours proposé des mesures importantes et raisonnables au moment opportun.

On le considérait de ce fait comme pouvant  être ministrable.  L’élégance et la clarté de son style associées à sa grande tenue et à cette dignité dont il ne s’est jamais départi, en faisaient un personnage respecté en dépit de son libertinage, de son jeu effréné et de sa vénalité déjà notoirement connus. Même s’il n’a jamais caché qu’il désirait que s’instaure une monarchie constitutionnelle, et qu’il était disposé à faire tout ce qu’il pouvait pour y arriver, sans aller toutefois jusqu’au sacrifice de sa personne, il n’a jamais désavoué la Révolution.
La très grande brièveté des mémoires de Talleyrand sur les éléments qui s’y sont produits et le récit assez distancié qu’il en donne après une très bonne analyse des causes qui les ont engendrés, fait le jeu de ses détracteurs qui en concluent que c’est parce qu’il avait honte d’y avoir activement participé et partant, qu’il a des choses pires que l’abolition des privilèges, la nationalisation des biens du clergé, le serment des prêtres à la constitution et l’ordination d’évêques à  se reprocher.

Aux yeux de beaucoup Mirabeau et Talleyrand sont les coupables idéaux sur lesquels on peut faire peser la responsabilité des horreurs qui ont été commises  qui seraient la conséquence de leurs actes entre 1789 et 1791.  On peut leur reprocher beaucoup de choses, ils étaient ambitieux, dépourvus de scrupules avides d’argent, cyniques, spéculateurs, etc. ; oui ils étaient tout cela, mais pas plus que les autres. La période qui s’étend à la fin du règne de Louis XV à la fin de l’empire fut une des plus corrompues de l’histoire de  France ; et  mettre en exergue le comportement, certes  critiquable, de Talleyrand pour pouvoir mieux le clouer au pilori de l’histoire, en jetant un voile pudique sur les agissements identiques de beaucoup de ses contemporains, et non des moindres, ou en les relativisant est un déni de justice.

La meilleure défense de Talleyrand sur la responsabilité écrasante de fauteur de révolution qu’on veut lui faire porter se trouve dans ses mémoires, à la fin du chapitre qu’il consacre au duc d’Orléans. Je lui laisse la parole : "Si les historiens s’évertuent à chercher les hommes auxquels ils peuvent décerner l’honneur, ou adresser le reproche d’avoir fait, ou dirigé, ou modifié la Révolution française, ils se donneront une peine superflue. Elle n’a point eu d’auteurs, de chefs, ni de guides. Elle a été semée par les écrivains, qui, dans un siècle éclairé et entreprenant, voulant attaquer les préjugés ont renversé les principes religieux et sociaux, et par les ministres inhabiles qui ont augmenté la détresse du trésor et le mécontentement du peuple.
Il faudrait, pour retrouver la véritable origine et les causes de la Révolution, peser, analyser, et juger des questions de haute politique spéculative, et spécialement soumettre à un profond et habile examen, la question de la lutte entre les idées philosophiques et les préjugés, entre les prétentions de l’esprit et celles du pouvoir. Car si on n’admettait que les résultats mêmes de cette Révolution, on tomberait bientôt dans l’erreur, et on arriverait à confondre M. de Malesherbes et Mirabeau, M. de la Rochefoucauld et Robespierre".

Talleyrand a tout à fait raison. On ne peut rendre personne responsable de ce qui est arrivé.

A l’image de ces feux de forêts  qui, en prenant de l’ampleur,  finissent par générer leurs propres vents attisant l’incendie, la tornade de feu de la terreur  a été généré par le vent de surenchères provoqué par l’incapacité du roi à maitriser l’incendie qui a été allumé par la diffusion des textes des écrivains du siècle des lumières.

Le mécontentement général vis-à-vis d’un système monarchique rigide, à bout de souffle, refusant toute évolution qui aurait pu le sauver, a trouvé un milieu favorable dans a faiblesse du roi. Les premiers succès obtenus ont encouragé les plus excités à en demander toujours  plus. La capacité du roi  à gouverner que lui donnait la constitution promulguée en septembre 1791 n’était qu’une fiction. Louis XVI qui était loin d’être un sot s’en était parfaitement rendu compte. Il n’était qu’un roi nu, otage de son peuple à la merci du moindre incident. Pour sortir de cette position intenable il ne vit qu’une solution qu’il mit en œuvre, la fuite. L’indignation créée par cette  tentative de fuite fut le vent qui a provoqué l’embrasement de la terreur.

Mais sa plus belle plaidoirie, Talleyrand  l’a rédigée à la fin de sa vie. La sincérité de ses propos ne peut absolument pas être mise en doute. S’il a abandonné des souverains qu’il a servis successivement, c’est parce que  soir leur incompétence,  soit leur mégalomanie, soit enfin leur arrogance mettait en danger la France.

"Si j’ai commis des fautes et des erreurs pendant cette carrière trop longue peut-être, elles n’ont tourné qu’à mon désavantage personnel et qu’animé de l’amour le plus dévoué pour la France, je l’ai toujours servie consciencieusement, en cherchant pour elle ce que je croyais honnêtement lui être le plus utile. La postérité portera un jugement plus libre et plus indépendant que les contemporains sur ceux qui, placés comme moi sur le grand théâtre du monde à une des époques les plus extraordinaires de l’histoire ont droit pour cela même d’être jugés avec plus d’impartialité et plus d’équité. ".

Espérons qu’un jour son vœux soit réalisé et que la valeur de ses actes soit reconnue et appréciée à sa juste valeur.