A Autun, sur les traces de Talleyrand


Les 19 et 20 Novembre 2005, l’occasion était belle de partir à la découverte de l’évêché d’Autun. Convoqués pour l’assemblée générale annuelle, les membres de l’association Les Amis de Talleyrand sont venus, par un froid glacial, arpenter les rues de la ville haute et visiter les lieux « habités » par le souvenir de Talleyrand.

En premier, le Musée Rolin, superbe hôtel de famille, du XVème siècle, agrandi par le chancelier Nicolas Rolin, mécène de sa ville natale. Les visiteurs l’abordent par l’ancienne prison de forme circulaire, datant du XIXème, attenante au Musée avant d’en devenir une extension. Le Musée Rolin est riche de collections gallo-romaines, de sculptures, de mosaïques, il présente un casque de parade en bronze martelé très rare, des souvenirs religieux à travers les vestiges de plusieurs abbayes et basiliques et notamment, un beau poème de Pectorios gravé sur un marbre blanc.

L’art Roman est évoqué à travers de belles sculptures provenant de la Cathédrale Saint Lazare toute proche. Du portail latéral, démoli en 1766, sont conservées des pièces du linteau dont « Eve » due au ciseau de Gislebertus, en position couchée, à la fois tentée et tentatrice et les remarquables figures des saintes Marie-Madeleine et Marthe, devant le Tombeau de Lazare - vaste reliquaire à échelle humaine, installé derrière le maître autel sous lequel les pèlerins passaient lors de leurs dévotions au saint ami de Jésus, détruit aussi en 1766.

La Vierge d’Autun, vierge à l’enfant emmailloté, pierre polychrome du XVème siècle, est saisissante de douceur avec ses yeux baissés et sa tendresse exprimée.

Enfin, le but de la visite du musée était l’exposition temporaire sur « Talleyrand ou le miroir trompeur ». La personnalité et l’action politique de ce personnage hors du commun sont abordées à travers le monde complexe de la caricature ; de nombreuses gravures, parfois anglaises, croquent cet homme brillant à l’ironie distante et à l’esprit subtil. Les caricatures présentées dans des grandes boites alternent avec des tableaux, l’habit bleu de grand chambellan de Talleyrand et aussi un magnifique bureau, type ministre, dit de Talleyrand au ministère des Relations extérieures. Mais il faut quitter nos deux guides érudits, Mme Chabard, conservateur en chef du Musée et M. Strasberg, conservateur des antiquités et objets d’art, pour nous rendre à l’hôtel de ville, (pour plus de renseignement sur cette exposition, voir l'article consacré à l'exposition.

Là, nous attend le conférencier, M. de Brabois, qui vient de publier un ouvrage intitulé « Talleyrand à Autun ». Le sujet passionne les Autunois, venus nombreux assister à cette conférence car il est méconnu, ou bien il est pomme de discorde. Il faut dire que l’abbé de Périgord nommé évêque d’Autun, le 4 janvier 1789, au siège d’un évêché existant depuis 313 n’a pas laissé un souvenir flatteur ; il tarde à venir voir ses ouailles, leur écrit avec compassion, désigne des grands vicaires, arrive enfin le 12 mars 1789, récite serment sur serment, se préoccupe plus de son élection au siège de député du clergé que de son diocèse, il préside un conseil épiscopal et au matin de Pâques, le 12 Avril, il rentre à Paris pour participer aux Etats Généraux et ne revient plus à Autun.

En quittant l’hôtel de ville, nous passons devant la belle grille du lycée fréquenté jadis par les frères Bonaparte, c’est un ensemble de beaux bâtiments construits par les Jésuites et dont la chapelle est devenue église paroissiale Notre-Dame. Par des ruelles étroites et bordées d’anciennes demeures, nous retrouvons l’hôtel des Ursulines qui nous accueille et nous réconforte par un bon dîner servi dans l’ancienne chapelle de ce couvent désaffecté devenu château-hôtel.

Enfin, vers 21 heures, la Présidente et son bureau nous rassemblent dans un salon annexe pour l’assemblée générale de l’association. Le bilan d’activité est riche d’événements : le salon Empire en automne 2004, la rencontre avec la Peel Society le 21 juin 2005, le voyage à Vienne qui a conduit 21 membres vers des lieux prestigieux avec visite de l’ambassade de France, des archives nationales pour y voir les actes des traités de Vienne et de Presbourg, le site de la bataille d’Austerlitz près de Brno en république tchèque actuellement.
Autre activité importante, cette année, le changement d’administration du site internet ; par souci de restructuration, il a été réécrit par un professionnel, il a fallu récréer les images, il appartient entièrement à l’association. Le site a été visité par 7.000 personnes, il est plus maniable, la présidente espère qu’il donnera toute satisfaction.

Monsieur Jacques Brun, trésorier, commente les comptes pour une période allant d’une assemblée générale à Chantilly à l’autre, celle d’Autun. Des membres demandent la présentation, à l’avenir, d’un exercice de 12 mois allant du 1er octobre au 30 septembre selon l’année universitaire. Il signale plus de 80 adhérents, un bénéfice sur le voyage de Vienne de 412 euros mais annonce une situation très déficitaire par rapport à l’année passée. La discussion s’engage et des membres souhaitent plus de rigueur dans la gestion des dépenses. Une discussion s’engage également sur la possibilité d’organiser l’assemblée générale le dimanche mais la préférence penche pour conserver le samedi.

Ensuite la Présidente propose deux modifications dans le bureau après la démission de M. Brun. M. Alexandre Belonoschkin accepte le poste de trésorier et Mme Annick Belonoschkin celui de trésorière adjointe. M. Pierre Combaluzier, secrétaire adjoint, devient secrétaire et M Patrick Prunier, secrétaire, absent ce jour, sera secrétaire adjoint en charge du forum. Les membres présents les félicitent.

La Présidente propose de prévoir une cotisation légère pour les jeunes, les étudiants et éventuellement pour d’autres personnes défavorisées soit 10 euros, principe accepté. Elle évoque ensuite les projets : le plus immédiat est le colloque de Bratislava, fin novembre, pour fêter le bicentenaire de la paix de Presbourg ; elle y donnera une conférence. L’an prochain, elle propose un voyage à Londres, fin juin début juillet, et souhaite le plus possible de participants. D’autres lieux sont évoqués : la Courlande, Dresde et Weimar, toute suggestion est possible !..

La Présidente propose aussi une modification des statuts sur quelques détails de bureau et de gestion bancaire ; elle promet de mettre les projets de modification des statuts sur le site. La séance est levée à 22h 30.


Le lendemain dimanche matin, notre guide érudit, Mr Strasberg, nous donne rendez-vous à 9h30 sur la place devant la cathédrale, à côté de la Fontaine St Lazare, charmant petit édifice à coupole et lanternon construit en 1543 et nous évoque sous un soleil pâle et froid, les diverses églises et édifices aujourd’hui disparus dont la première cathédrale Saint-Nazaire construite au Vème siècle.

Nous rentrons dans la cathédrale Saint-Lazare par le porche latéral, celui qu’emprunta Charles-Maurice de Talleyrand lors de son intronisation. Cette grande église à caractère clunisien fut construite au XIIème siècle pour accueillir les nombreux pèlerins venus se recueillir sur les reliques de Saint-Lazare, hôte et ami de Jésus.


Il faudrait citer les merveilles de cet ensemble dont la construction, démarrée en 1120 s’est terminée en 1146, l’intérieur, éclairé par les hautes fenêtres du chœur, est lumineux. Les chapiteaux, très souvent sculptés, prolongent des colonnes cannelées, ceux qui étaient trop hauts pour être vus aisément ont été déposés dans la chapelle capitulaire à hauteur des yeux. On remarque, en particulier; les trois mages endormis, représentant les trois âges de la vie, protégés par l’ange d’une couverture très ouvragée, le départ en Egypte est assuré par un bel âne tiré par un Saint Joseph très fatigué, tout cela est d’un réalisme très touchant.

 


Bien d’autres chapiteaux, des tableaux dont un de Ingres, des statues dont celles de Pierre Jeannin et de sa femme Anne Gueniot, un petit escalier très ouvragé , donnent vie à cet ensemble harmonieux. Nous ressortons, comme Talleyrand, par le portail central dont le célèbre tympan représentant le Jugement dernier figure parmi les chefs d’œuvre de la sculpture romane. Ce tympan, œuvre du sculpteur Gislebertus dont le nom figure à la partie supérieure du linteau, montre un Christ immense dans une mandorle, assis « en gloire » sur son trône entouré d’une multitude.

Les pèlerins achevaient leur trajet en sortant par ce portail et pouvaient espérer faire partie de la foule des élus comme ceux qui se pressent sur le tympan.

 

 

Dernier lieu « habité » par Talleyrand : l’archevêché où nous accédons par un portique très ancien et découvrons cet ensemble de logis du XVIIIème appuyé sur la tour Saint Léger du XIIème. Nous admirons la belle façade classique construite quelques années avant l’arrivée de Talleyrand, , nous voyons les fenêtres du logement d’hiver de Talleyrand, le bel escalier classique montant aux salons privés de l’évêque, la terrasse où il devait lire son bréviaire ! s’il en prenait le temps car l’on sait qu’il avait d’autres soucis en tête. Nous visitons les caves, cellier à voûtes, et nous terminons par le magnifique portail.

Il faut partir, nous remercions notre guide et les organisateurs qui nous ont permis de découvrir une très intéressante cité bourguignonne et de revivre un moment de son passé prestigieux.

23 novembre 2005

Pierre Guimbretière

Liens : La conférence de M. de Brabois