Journées parisiennes du patrimoine Talleyrand et Assemblée générale – Paris, 12, 13 et 14 octobre 2001

A l’occasion de la troisième réunion annuelle de l’Association des Amis de Talleyrand organisée à Paris, un programme de visites commentées des lieux de vie parisiens de Talleyrand a été établi par Philippe Maillard en complément de l’Assemblée Générale prévue elle-même dans un bâtiment hautement symbolique : l’Hôtel Talleyrand. Les adhérents de l’Association, ainsi que leurs invités, ont pu s’imprégner, durant près de trois jours, les 12, 13 et 14 octobre 2001, de la vie parisienne de Talleyrand et quasiment se mettre dans ses pas.

Vendredi 12 octobre 2001 après-midi

Le premier rendez-vous de ces promenades parisiennes était fixé le vendredi 12 octobre à l’Hôtel de Galliffet. Abritant actuellement les services culturels de l’Ambassade d’Italie, Talleyrand s’y est installé en 1797 lorsqu’il a été nommé ministre des Relations extérieures en remplacement de Charles Delacroix et sans doute un peu sur l’intervention de Madame de Staël. Etroitement imbriqué dans le tissu urbain, cet édifice a perdu un peu de son lustre mais il garde le charme d’un beau jardin sur lequel donne toujours le bureau qu’occupait Talleyrand. C’est dans ce cadre qu’il a donné une fête mémorable, dédiée officiellement à Joséphine, mais en réalité en hommage à Bonaparte après son retour victorieux d’Italie. Philippe Maillard nous en a conté les fastes et compté les frais !. Point de départ de sa riche carrière diplomatique, cet endroit était tout désigné pour ouvrir symboliquement le parcours d’une promenade faisant le tour de quelques uns des lieux où Talleyrand et sa famille ont vécu.

Les jalons suivants nous ont ramené chronologiquement en arrière sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse avec l’emplacement du Pavillon de Bellechasse, puis l’ Hôtel de Périgord où résida son frère Archambaud et l’Hôtel Amelot de Gournay, actuelle Ambassade du Paraguay. Ce beau bâtiment, dont la cour ovale ouvre sur le boulevard Saint-Germain, a conservé son unité architecturale. La visite s’est poursuivie par une incursion dans l’hôtel mitoyen qui abrite actuellement la Maison de l’Amérique latine. Son superbe jardin, qui communique avec celui de l’Hôtel Amelot de Gournay, illuminé par un soleil chaud et inattendu en octobre, nous a fait rêver.

La station suivante nous a fait découvrir la cour et l’escalier de l’Hôtel Bochart de Saron que Talleyrand a loué de 1789 à 1792, et qui abrite maintenant la prestigieuse maison d’édition Gallimard. La tentation de voir le jardin et la folie du XVIIIe au fond de celui-ci a conduit les intrépides adhérents à se faufiler par les caves pour les voir. Quelle récompense de découvrir cette oasis de calme et de beauté dans l’univers minéral de ce quartier de Paris !

La promenade devait se terminer symboliquement par la Rue de Talleyrand, percée plus tard il est vrai.
Le point final allait être ajouté par la visite impromptue de la cour de l’Hôtel de Monaco-Sagan qui abrite actuellement l’Ambassade de Pologne grâce à l’intervention de Christiane Collin, membre de notre Association, qui s’intéresse particulièrement aux relations affectives de Talleyrand avec la Pologne. C’est dans cet Hôtel qu’a été tourné le film « Le souper » racontant la rencontre de Talleyrand et Fouché début juillet 1815.

La journée s’est terminée par un dîner informel, pour les membres qui le souhaitaient, dans une brasserie Buffalo Grill à l’extrémité du boulevard Saint-Germain. Atmosphère décontractée et conversations conviviales autour de Talleyrand.

SAMEDI 13 OCTOBRE 2001.
ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE 2001 DE L’ASSOCIATION

Préparé de longue date par les démarches de Philippe Maillard auprès des Services culturels de l’Ambassade américaine, et en liaison avec les responsables de l’Association, ce rendez-vous annuel avait été prévu dans le prestigieux Hôtel Talleyrand, 2 rue Saint-Florentin, qui appartient maintenant aux Etats-Unis d’Amérique. L’Ambassade, dont le siège principal se trouve de l’autre côté de la place de la Concorde, y loge le Consulat et divers autres services. Les évènements du 11 septembre pouvaient faire craindre une remise en question de l‘accès à ce bâtiment mais heureusement il n’en a rien été. Après un contrôle rigoureux, tous les participants préalablement enregistrés ont pu entrer dans cet Hôtel et s’installer dans le grand salon de l'aigle où Talleyrand avait reçu Alexandre Ier, tsar de Russie.

Après l’accueil par Madame Candice Nancel au nom des Services culturels de l’Ambassade américaine, le Président de l’Association, André Beau, a ouvert la séance. Il a remercié les hôtes américains et salué l’entregent efficace de Philippe Maillard. Il a ensuite évoqué brièvement la présence de Talleyrand dans ces lieux. Il s’y était installé en avril 1812 et y a reçu les plus grandes personnalités françaises et étrangères. C’est là qu’il va s’éteindre, à l’âge de 84 ans, non sans avoir fait amende honorable auprès de l’église romaine. André Beau nous a rappelé les jugements contradictoires, à 30 ans d’écart il est vrai, de Lamartine qui soulignait l’ambiguïté de notre personnage. Après ce préambule historique le Président a rappelé l’ordre du jour, précisé dans les convocations.

Dans le rapport moral et d’activités, il a souligné les deux moteurs principaux de l’action de l’Association : le bénévolat passionné des membres les plus actifs (le bureau de l’association mais aussi les membres passionnés comme Philippe Maillard et Françoise Aubret) et le mécénat discret et altruiste qui se manifeste essentiellement au niveau du site Internet, principale vitrine de l’Association sur l’extérieur, qui repose largement sur le travail et les efforts de Pierre Guimbretière. Mentionnant le nombre important de questions pointues, voire parfois hors normes, de la part de correspondants extérieurs auxquels il s ‘efforce de répondre, le Président a évoqué surtout la mise sur Internet, donc à disposition de tout public, d’une bibliographie très complète et de nombreux articles, ou reproduction d’articles parus par ailleurs (avec bien sûr le consentement des auteurs s’il y a lieu), pouvant éclairer l’un ou l’autre aspect de la vie et de l’œuvre de Talleyrand. Des précisions statistiques très stimulantes ont du reste été fournies quant à la fréquentation du site (actuellement plus de 2500 connexions sur un mois provenant de plus de 50 pays).
Le Président a ensuite présenté lui–même le rapport financier puisque, depuis la démission officielle du trésorier, Marc du Pouget, en janvier 2001, il assure l’intérim de cette fonction. Les comptes sont très simples. Les avoirs en caisse représentaient 3799.22 F au début de l’exercice 2000/2001. Les recettes ont totalisé 2676.35 F et les dépenses 2189.91 F soit un excédent de 486.44 F  pour l’année.

Ensuite le Président a évoqué les autres points de l’ordre du jour. L'assemblée a voté à l'unanimité la nomination de Mme Françoise Aubret-Ehnert  en tant que secrétaire-adjointe. Le remplacement du trésorier n’a pas été réglé en séance, faute de volontaire présent déclaré. Le Président s’est déclaré prêt à assurer encore l’intérim tout en soulignant le caractère anormal de cette situation. Toutefois, il semble que des volontaires puissent se déclarer après la séance. Le montant de la cotisation pour l’exercice suivant a par ailleurs été fixé à 20 euros. Néanmoins, des financements additionnels, sous forme de subventions, devront être recherchés, notamment auprès des municipalités parisiennes. Enfin, il a été décidé de tenir l‘assemblée générale 2002 à nouveau à Paris, qui est l’endroit le plus commode pour les adhérents étrangers. La mairie du VI ème arrondissement sur la Place Saint-Sulpice serait prête à nous accueillir à cette occasion. En revanche la réunion annuelle de 2003 devra se tenir au château de Valençay pour le bicentenaire de son achat par Talleyrand.

Comme prévu, la séance s’est poursuivie par une communication de Philippe Maillard sur les demeures parisiennes de Talleyrand. Cette intéressante conférence fera l’objet ultérieurement d’une publication intégrale par ses soins et l’on se bornera donc ici à mentionner quelques points saillants.

En premier lieu, Philippe Maillard a souligné l’enracinement éminemment parisien de Talleyrand et de sa famille. Il a aussi précisé que les plaintes répétées de Talleyrand au sujet de son abandon ou de son rejet par sa famille étaient sans doute injustifiées et ne reflétaient probablement que son aigreur d’avoir été déchu de son droit d’aînesse en raison de son infirmité. Talleyrand, à Paris, a toujours habité près de sa famille, de ses parents ou de son frère Archambaud. La première partie de la communication a été consacrée à l’illustration de l’évolution rapide de la surface et de la population (550000 habitants à sa naissance, environ 900000 à la date de sa mort) de Paris aux XVIIIe et XIXe siècles. Les découpages administratifs et les modes de numérotation des immeubles ayant beaucoup fluctué (sans compter les transformations ultérieures de Paris), il en résulte parfois des difficultés pour localiser précisément certains édifices où a vécu Talleyrand.  Après ce préalable, Philippe Maillard nous a présenté un panorama chronologique des lieux de vie et plus tard du patrimoine étonnant amassé par Talleyrand à Paris et en Ile-de-France. Né en 1754 rue Garancière, il est ensuite resté en nourrice, dans un faubourg de Paris, jusqu’à l’âge d’environ 3 ans. Pensionnaire au Collège d’Harcourt vers 1762 (actuel lycée Louis le Grand), on le trouve ensuite 5 ans (de 1770 à 1775) au grand séminaire de Saint-Sulpice, détruit par la suite pour dégager la façade de l’église du même nom. Il a ensuite fait des études de théologie à la Sorbonne. Son premier logement indépendant sera le Pavillon de Bellechasse, rue Saint-Dominique. En 1789, il ira brièvement habiter à Versailles pour le début des Etats Généraux mais reviendra la même année à Paris où il louera l’Hôtel Bochart de Saron jusqu’en 1792. Il partira ensuite en Angleterre puis aux Etats-Unis d’Amérique, jusqu’en 1796, grâce à un passeport délivré par Danton, ce qui lui évitera la qualité d’exilé ! A son retour, il loge d’abord à Auteuil avant de s’installer à l’Hôtel de Galliffet en juillet 1797. En 1800, il passe sur la rive droite et s’installe à l’Hôtel de Créqui, rue d’Anjou, détruit par la suite. En 1808, retour rive gauche pour habiter l’Hôtel de Matignon-Monaco jusqu’en 1812 avant d’acheter l’Hôtel de la rue Saint-Florentin et de s’y installer. Philippe Maillard a enfin présenté l’état impressionnant de son patrimoine immobilier à cette époque non seulement à Paris mais aussi dans la région avec ses nombreuses résidences secondaires, en France et à l’étranger.

Cette conférence a été une excellente introduction à la visite in situ de l’Hôtel Talleyrand. Avec d’abord la projection d’une cassette vidéo sur les travaux de restauration entrepris dans ce bâtiment prestigieux, puis la visite guidée, par le consultant architecte adjoint des travaux, Monsieur Fabrice Ouziel, des salles déjà restaurées ou en cours de travaux. La demeure acquise par la famille Rothschild en 1838 après la mort de Talleyrand, a été remaniée et agrandie. Loué en 1948 puis acheté ensuite par le gouvernement américain, cet Hôtel, qui a été le siège de l’administration du Fonds Marshall de 1948 à 1955, est toujours sa propriété. Considéré comme un patrimoine historique, il fait l’objet d’une restauration minutieuse et ambitieuse. Au terme de la visite, un apéritif a été offert dans l’un des salons mettant une conclusion sympathique à un accueil particulièrement chaleureux de la part de nos hôtes américains.

Le groupe s’est ensuite dirigé vers l’église de l’Assomption (actuelle église polonaise) toute proche, rue Saint-Honoré. C’est là qu’avait été entreposée la dépouille de Talleyrand après sa mort. Un déjeuner polonais a été servi à la trentaine d’adhérents dans une petite salle dépendant du restaurant établi dans la crypte de l’église.

L’après-midi a été consacré à une autre promenade des lieux parisiens  Après la rue Saint-Florentin, le groupe était attendu à l’Hôtel de Matignon-Monaco, rue de Varenne que Talleyrand avait acquis en 1808 sous forme d’échange avec soulte. Nous y avons été accueillis par le Chef d’escadron Laurent Bitouzet, commandant militaire. La visite a été limitée à la cour et à une petite partie du rez-de-chaussée en raison de l’incendie du 1er septembre qui a fortement endommagé une partie du premier étage et contraint à une redistribution transitoire des bureaux. Nous avons néanmoins pu voir le magnifique grand escalier qui venait juste d’être restauré.

 La promenade s’est poursuivie par la Place Saint-Sulpice, emplacement de l’ancien grand séminaire, l’église Saint-Sulpice où Talleyrand a été baptisé, la Rue Garancière où il est né et la Rue Férou où il venait voir son amie, Mademoiselle Luzy, lorsqu’il était au séminaire.

Halte bienfaisante ensuite dans le jardin du Palais du Luxembourg, qui abrita successivement le Directoire puis la Chambre des Pairs, pour se reposer et se désaltérer.
Reprise ensuite du circuit, pour les volontaires, par l’ancien Collège d’Harcourt et la Sorbonne.
Une partie des membres a terminé la journée en partageant un dîner de spécialités françaises (sic) dans un petit restaurant sympathique Le Tournefort, situé dans la rue du même nom.

Dimanche 14 octobre 2001 matin

Visite organisée au Château du Marais, près de Dourdan dans l’Essonne, pour les adhérents motorisés. Splendide château avec une grande pièce d’eau en enfilade et des arbres à perte de vue. Ce château, où nous avons été accueillis par Madame Gaston Palewski et sa fille Madame de Bagneux, est attaché à la famille de Talleyrand. Une riche héritière américaine, Anna Gould, a épousé successivement deux arrière-arrière petits neveux de Talleyrand, Boniface, dit Boni, de Castellane, dont elle a divorcé, puis Hély de Talleyrand. Leur fille, d'abord comtesse James de Pourtalès, s’est mariée tardivement avec le ministre du général de Gaulle, Gaston Palewski. Le château abrite maintenant dans ses dépendances un petit mais riche musée Talleyrand et un musée Gaston Palewski. Pour clôturer la visite un apéritif nous a été servi dans la salle à manger du château. Enfin, les derniers survivants du groupe ont clôturé ces journées par un déjeuner pris en commun dans la petite auberge du Marais située sur la place du village, face à la porte du château.

A l’année prochaine.
 

                                                                        18 Octobre 2001. Jacques Bozzi